— O Allah ! — soupire Zobéïda, en s’adressant à moi, — que les Françaises sont heureuses ! elles restent filles si cela leur plaît. Nul ne leur impose un époux…
J’essaie de donner à la conversation un tour plus gai, mais la princesse a visiblement l’esprit ailleurs, et la hennena impatiente ne manque pas de placer son mot à chaque occasion en lui rappelant son devoir.
Des fleurs superbes ornent la chambre, et, quand je pars, la princesse veut me les donner toutes. Je proteste :
— Mais non, il ne faut pas t’en priver.
— Oh ! — répond la hennena, — ne crains rien. Elle a « quelqu’un » pour lui en offrir matin et soir.
En sortant du palais, je croise Si Abd el Karim. Il a une belle et fibre allure, mais son regard est très doux. La princesse Zobéïda a tort de se plaindre…
— Louange à Dieu ! — s’est écriée Mabrouka la négresse, quelques jours plus tard, en venant voir Chedlïa. — Louange à Dieu ! Le mariage est consommé. L’avant-dernière nuit Si Abd el Karim a pénétré chez sa femme pendant son sommeil… La princesse Bederen’nour et toute la famille sont dans la joie. Louange à Dieu !
— Et la princesse Zobéïda, — demandai-je ?
— Une femme est toujours heureuse dans les bras de son époux. Louange à Dieu ! Il n’y a de Dieu que lui !