— Ouvrez la fenêtre pour donner un peu d’air, et surtout qu’on vide la chambre de Mah’bouha, et la laisse tranquillement reposer !

… Peu à peu la respiration de la jeune femme se régularise. La température devient normale, et la septième nuit après ses couches je la retrouve vaillante et guérie pour la fête des relevailles.

Elle est accroupie sur le lit auprès de son bébé. Ses belles-sœurs ont pris soin de la parer, et ont orné la chambre de rideaux en chebka[12] et de coussins neufs. Des parfums brûlent dans les « canouns ».

[12] Dentelle arabe.

Les invités arrivent en grandes toilettes : satins brodés, rubans, paillettes, fleurs artificielles… On leur sert un repas sur une longue table basse chargée de couscous, méchouis, crèmes et pâtisseries. Dans un coin, les musiciens aveugles accordent leurs instruments. Il y a un violoniste, un joueur de luth, un chanteur et un joueur de darbouka.

Si Omar, le jeune père, a bien fait les choses pour la naissance de son premier-né, malgré sa grosse déception que ce ne soit pas un fils, mais simplement une petite Aziza…

Après le festin, les femmes s’accroupissent autour de la pièce sur les divans et des matelas, et toute la nuit elles restent là, causant et écoutant le concert dont les rythmes mélancoliques s’enchaînent sans répit. De temps à autre une invitée se lève sur la prière de ses voisines et se met à danser.

Ses hanches et son ventre ondulent lentement, son cou se désarticule en un curieux mouvement giratoire, et sa gorge opulente sautille sous la gebba, tandis qu’elle se voile le visage de ses deux mains…

Les enfants se sont endormis dans tous les coins, et malgré leur plaisir les femmes sentent la fatigue alourdir leurs membres et leurs paupières. Mais l’aube pointe, et le dernier acte de la fête ranime les invitées très lasses.

Mah’bouha, l’heureuse maman, est revêtue d’un superbe costume bleu pâle, brodé d’or. Une « taguïa » étincelante coiffe sa chevelure comme au jour des noces, son visage est plus fardé qu’à l’habitude, et l’on charge de bijoux ses bras, ses doigts et son cou.