— Oui, c’est moi.

Chedlïa notre servante, que nous avions emmenée jusqu’au fond de ce désert, nous entretenait parfois de Baba Youssef et de ses femmes, avec lesquelles, promptement, elle avait fait connaissance.

Les deux formes voilées qui peinaient derrière nos mules étaient ces fameuses voisines chez qui souvent elle passait la journée.

Le soir tombait, brusque et rose, noyant de brume mauve les dunes lointaines sur lesquelles se découpaient en silhouettes fines les caravanes de chameaux. Nefta aux cent coupoles apparaissait, tout orange, au-dessus de l’immensité fauve, dominant sa forêt de palmiers, la masse sombre de son oasis. Très au delà, le chott el Djerid aux horizons infinis, mer d’argent sans remous, étincelait sous les derniers rayons.

C’est l’heure où le désert s’anime : des files de bédouins revenant on ne sait d’où, se dessinent et ondulent sur les sables. Les femmes vont en procession vers l’oued puiser l’eau dans les grandes cruches, qu’elles ne portent pas sur l’épaule du geste antique et gracieux, mais qu’elles chargent péniblement sur leur dos, courbées en deux, comme de pauvres bêtes harassées.

Au milieu d’un nuage de poussière arrivent les troupeaux, bêlant, hennissant, cabriolant. Des centaines de chèvres turbulentes, d’ânes, de vaches, de chameaux se dirigent vers la ville. Dans les rues tranquilles, où les Arabes devisaient gravement, accroupis par groupes devant les portes, chacun s’affaire pour rentrer ses bêtes au logis. Il y a des courses folles après un cabri ou un veau indiscipliné. Les fillettes, les gosses, toute la marmaille s’en mêle avec des rires et des cris.

Nous étions arrivés près de notre demeure. Baba Youssef descendit de sa mule :

— Avec le salut !

— Avec le salut !

— Puisses-tu t’éveiller demain matin avec le bien !