Parmi les animaux domestiques, nous citerons particulièrement les bœufs, moutons, chèvres, chiens, chats. Les bœufs sont très nombreux au Coniaguié. Chaque village en possède un troupeau de plusieurs centaines de têtes. Ils sont de grande taille et très vigoureux. De toutes les espèces que nous avons vues au Soudan, c’est assurément celle qui se rapproche le plus de notre bœuf de France. D’une façon générale, on peut dire que le bœuf du Coniaguié n’est pas domestiqué, mais simplement apprivoisé. Les troupeaux vivent dans les taillis qui avoisinent les villages, et, le soir, rentrent coucher auprès des cases. Habitués à ne voir que des individus absolument nus, l’aspect des boubous flottants que portent, en général, les noirs, a le don tout particulier de les irriter. Ils n’hésitent pas alors à vous charger. Leur chair est très bonne ; mais il faut une circonstance toute particulière, fête ou passage d’un chef, pour que les propriétaires se décident à en abattre une tête et, encore, faut-il la sacrifier à coups de fusil. C’est une véritable chasse qui est parfois féconde en accidents. Le lait des vaches n’est pas utilisé.
Les chevaux sont absolument inconnus, et les quelques ânes que l’on y rencontre y sont amenés par les rares dioulas qui y viennent commercer.
Les moutons et les chèvres y sont élevés en nombre relativement considérable. Leur chair est assez bonne et forme la base de l’alimentation animale des habitants.
Les chiens sont très communs et les chasseurs les dressent à poursuivre le gibier. Ils manquent absolument de nez.
Les poulets foisonnent dans tous les villages. Outre la petite espèce que l’on rencontre dans tout le Soudan, il existe encore au Coniaguié une variété qui rappelle nos grosses poulardes d’Europe. Ces volatiles sont très estimées dans les pays voisins. Il nous a semblé cependant que leur chair était plus dure et moins savoureuse que celle des autres espèces. Les Coniaguiés excellent dans l’art d’élever les chapons, et, il n’est pas de village qui n’en possède plusieurs centaines. La pintade franche y est aussi assez commune, mais elle y est généralement peu estimée. Outre la pintade grise que l’on trouve partout au Soudan en liberté, nous avons remarqué au Coniaguié une variété qui, par son plumage d’un blanc jaunâtre, diffère absolument de la première. Sa chair est tout aussi savoureuse. Citons enfin quelques canards de Barbarie et quelques canards armés qui portent aux ailes de formidables éperons.
Flore. Productions du sol. Cultures. — La flore du pays de Coniaguié varie sensiblement suivant les régions où on l’examine.
Dans les plaines qui avoisinent la Gambie et la rivière Grey, nous ne trouvons qu’une végétation pauvre. Quelques rares Joncées, mais des Cypéracées énormes qui atteignent des hauteurs étonnantes. C’est la brousse dans toute l’acception du mot. Par-ci par-là quelques rôniers difformes, et, sur les bords du fleuve, quelques rares palmiers d’eau. Dans les plaines, quelques arbres rabougris se montrent de loin en loin et donnent au pays l’aspect de steppes soudaniennes. Toute autre est la flore des vallées. Là, nous trouvons les grandes essences botaniques qui caractérisent les régions tropicales des Rivières du Sud. Les fromagers, les baobabs, les n’tabas, les caïl-cédrats, les Légumineuses gigantesques se montrent partout et y atteignent de colossales proportions. Sur les bords des marigots, ce sont surtout les bambous et les télis que l’on rencontre le plus fréquemment. Les lianes à caoutchouc et à Vahea sont partout fort nombreuses. Sur les flancs des collines et sur les plateaux, la flore devient moins puissante, mais elle est encore très riche. Les Graminées y constituent un excellent fourrage pour les animaux, et, à chaque pas, nous rencontrons de superbes karités des deux variétés shee et mana. Ces végétaux sont surtout très abondants sur le plateau du Coniaguié, et nous en avons vu de nombreux échantillons dont le tronc atteignait en grosseur celle du corps d’un homme vigoureux. L’oranger et le citronnier n’existent pas, que je sache, dans cette partie du Soudan. Par contre, il y existe une grande variété de ficus.
Les plantes cultivées y sont les mêmes que dans tout le reste du Soudan. Les lougans y sont très bien entretenus et très riches. On y trouve en quantité le mil, les arachides, le riz, le maïs. Autour des villages, on cultive surtout le tabac, les tomates, l’oseille, etc., etc. Le fonio y occupe de vastes lougans. En résumé, toute cette partie du pays Coniaguié peut être considérée comme une vaste exploitation agricole. Du reste, dans tous les pays voisins, elle a la réputation d’être excessivement fertile.
Populations ; Ethnographie ; Ethnologie ; Sociologie. — Le pays de Coniaguié est habité par trois races différentes. On y trouve, en effet, des Malinkés, des Peulhs et des Coniaguiés. Ces derniers sont de beaucoup les plus nombreux et sont, en vertu du droit de premiers occupants, les maîtres du sol. Relativement à son étendue, ce pays est très peuplé, si toutefois l’on ne considère que la partie qui est habitée. Tous les villages sont situés sur le plateau dont nous avons parlé plus haut. Aussi sont-ils fort rapprochés les uns des autres, et, à peine distants de deux ou trois kilomètres au plus. Les espaces compris entre chaque village sont partout cultivés et forment de riches lougans. La population totale du pays, si nous y ajoutons celle de quelques petits villages isolés dans la brousse et dont nous n’avons pu avoir les noms, peut s’élever à environ 7,000 ou 8,000 habitants dont les quatre cinquièmes sont Coniaguiés et le reste Malinké et Peulh.
1o Peulhs. — Les Peulhs sont les moins nombreux. Ils ne forment que cinq villages dont la population peut s’élever à environ quatre ou cinq cents habitants au plus. Voici les noms de ces villages :