Flore. Productions du sol. Cultures. — La flore est peu riche et peu variée. Nous retrouvons là les mêmes essences que l’on trouve partout au Soudan, et, en plus, quelques-uns des végétaux que l’on ne rencontre que dans les rivières du Sud. Légumineuses, Combrétacées, Cypéracées, Sterculiacées, Malvacées, sont les principales familles qui y soient représentées. Sur les rives de la Gambie, on trouve de beaux rôniers et sur les bords des marigots quelques palmiers. Nous mentionnerons tout particulièrement le Karité dont on trouve de nombreux échantillons dans le Tenda surtout. La variété mana y est bien plus commune que la variété Shée. Dans les marigots situés entre Bady et Gamon abonde le Belancoumfo. Nous pourrions citer encore un grand nombre de végétaux, mais ce serait répéter ce que nous avons déjà dit. Les habitants exploitent en petite quantité le Karité, et ils ne fabriquent guère de beurre que ce qu’il leur faut pour leur consommation.

Le Malinké du Tenda se livre particulièrement à la culture. J’ai cru remarquer que les hommes s’y adonnaient plus volontiers que dans les pays voisins. En tout cas, leurs lougans sont toujours et partout très bien entretenus. On y trouve en abondance tout ce que les Noirs sont habitués à cultiver ; le mil, l’arachide, le maïs, les haricots, le fonio, le riz y sont très abondants, et il est rare qu’il y ait jamais de famine. Autour des villages on voit de nombreux petits jardins où sont cultivés avec succès courges, calebasses, tomates, tabac, oseille et ces délicieux petits oignons dont est si friand l’Européen appelé à vivre dans ces régions désolées. Ce n’est guère que dans le Tenda que j’ai vu cultiver sur une grande échelle cette Aroïdée dont les turions sont connus sous le nom de Diabérés et que les indigènes mangent avec tant de plaisir et en si grande quantité. Les procédés de culture employés y sont les mêmes que ceux des autres pays du Soudan et l’étendue de terrain ensemencée chaque année ne dépasse pas le cinquième de ce qui pourrait être cultivé.

Faune. Animaux domestiques. — La faune est peu variée. Nous citerons parmi les animaux nuisibles : la panthère, le guépard, le lynx, le lion, le chat-tigre, etc., etc. Parmi les animaux sauvages, mais non nuisibles, nous mentionnerons tout particulièrement, les antilopes, biches, gazelles, singes et surtout l’hippopotame et l’éléphant que l’on trouve en grand nombre dans les plaines avoisinant la Gambie. Les gens du Tenda s’adonnent fréquemment à la chasse de ces grands animaux et elle est souvent fructueuse. L’ivoire qu’ils récoltent ainsi est échangé à Mac-Carthy ou à Yabouteguenda contre de la poudre, du sel, des kolas, des étoffes, etc., etc. Il n’en vient jamais à notre comptoir de Bakel, bien qu’il ne soit guère plus éloigné que la colonie anglaise.

Les habitants du Tenda sont des apiculteurs émérites. Tout autour des villages, les arbres sont couverts de ruches et la quantité de miel et de cire qui s’y récolte est relativement considérable. Le miel est consommé sur place et la cire, mise en pains, est vendue à Mac-Carthy. Les ruches dont se servent les Malinkés du Tenda sont en bambous ou en chaumes de Graminées tressés. Elles ont à peu près la forme de cet engin de pêche dont on se sert en France pour prendre les goujons dans les eaux courantes et qui ressemble à une bouteille. Les abeilles pénètrent dans l’intérieur par une ouverture. La cavité est cloisonnée et c’est sur ces cloisons que les abeilles construisent leurs rayons. La forme de ces ruches est celle d’un cône. Pour retirer le miel, il suffit d’enlever la ruche de l’arbre et de soulever le fond qui est mobile. Tous ne savent pas procéder à cette opération et se préserver des piqûres. Il en est dont le seul métier est de récolter le miel, moyennant une modique redevance.

En leur qualité de Malinkés, les habitants du Tenda se livrent relativement peu à l’élevage. Aussi leurs troupeaux sont-ils bien moins nombreux qu’ils pourraient l’être. On trouve cependant dans les villages des bœufs, des moutons et surtout beaucoup de chèvres. Les poulets y sont aussi très communs.

Populations.Ethnographie. — Relativement à son étendue, le Tenda, en y comprenant le pays de Gamon, est fort peu peuplé. C’est à peine s’il compte de trois à quatre mille habitants répandus dans neuf villages : Bady, Iéninialla, Dalésilamé, Niongané, Sansanto, Bamaky, Kénioto, Talicori, Gamon. La population du Tenda, proprement dit, ou Tenda-Touré, comme on l’appelle, est presque uniquement composée de Malinkés.

Les premiers habitants du Tenda furent des Malinkés de la famille des Sania qui émigrèrent du Bambouck sous la conduite de Fodé-Sania, un des lieutenants de Noïa-Moussa-Sisoko. Ils quittèrent leur chef en même temps que les Sania du Kantora dont ils sont, du reste, parents ; mais pendant la route, une partie de la caravane, attirée et captivée par la richesse en gibier du pays et par la fertilité du sol, se sépara des autres et se fixa dans le Tenda-Touré. Ce sont encore les Sania qui sont les chefs du pays. Ils ne fondèrent que deux villages, Bady et Bamaky. Bady est encore aujourd’hui la résidence du chef du Tenda-Touré. Le chef actuel se nomme : Faramba-Sania. C’est un vieillard absolument impotent, abruti par l’abus des liqueurs alcooliques.

Peu après l’installation des Sania dans le Tenda vinrent se fixer auprès d’eux bon nombre d’autres familles malinkées qui émigrèrent soit du Bondou, soit du Bambouck, soit des bords de la Falémé pour se soustraire aux attaques incessantes des almamys pillards du Bondou. Enfin, il y a une trentaine d’années, quelques familles, à la suite de la conquête du Ghabou et de la majeure partie du Kantora par Alpha-Molo et son fils Moussa, le chef actuel du Fouladougou, vinrent encore se réfugier dans le Tenda et demander l’hospitalité aux Sanias. Malgré ces émigrations successives et souvent nombreuses, la population du Tenda n’a jamais été plus nombreuse qu’elle ne l’est maintenant. Cela tient à ce que ce pays a toujours été en butte aux attaques des almamys du Bondou et qu’ils l’ont souvent pillé et ravagé. Nous y reviendrons plus loin.

Il n’y a plus guère maintenant dans tout le Tenda-Touré que deux villages qui ne soient pas musulmans. C’est Bady et Bamaky, c’est à dire les villages des Sanias, les chefs du pays par droit de premiers occupants. Ils ont conservé les habitudes d’intempérance de leurs ancêtres et sont grands amateurs de gin, tafia, absinthe, dolo, en un mot de toute espèce de liqueurs alcooliques. Ils ne diffèrent en rien de leurs congénères du Kantora, du Ouli, du Bambouck, etc., etc. Comme ceux que nous avons visités partout, les Malinkés, proprement dits, du Tenda-Touré sont voleurs, pillards, menteurs, ivrognes, dégoûtants, et leurs villages sont d’une saleté repoussante. Les Musulmans sont moins abrutis que leurs congénères ; leurs villages sont plus propres et mieux entretenus. Ils sont également moins paresseux et s’adonnent plus volontiers au commerce et à l’agriculture. Aussi leurs lougans sont-ils généralement bien cultivés, leurs récoltes sont meilleures et plus abondantes. On sent qu’il règne, en un mot, dans leurs villages, un bien-être qui est absolument inconnu chez leurs voisins.

L’islamisme a fait dans le Tenda-Touré de rapides progrès. Déjà bien avant le prophète El Hadj Oumar, la majorité de la population professait la foi musulmane. Cette religion qui convient si bien aux mœurs et aux aspirations naturelles de la race noire a fini par être adoptée par tous ceux qui vinrent se grouper autour des Sanias. Il n’y a que cette famille qui soit restée fidèle à son culte pour l’alcool, et encore, s’ils ne sont pas musulmans de fait, ils le sont certainement de cœur. S’ils ne font pas Salam, c’est uniquement parce qu’ils ne pourraient pas s’enivrer à leur aise. Tout dans leurs actes, soit publics, soit domestiques, indique qu’ils se sont déjà inclinés devant le Koran, et, au Tenda comme dans tous les autres pays Bambaras et Malinkés, du reste, les conseillers les plus influents des chefs, ceux dont les avis font autorité, sont toujours des marabouts renommés par leur piété et leur austérité.