Tous les marigots et rivières dont nous venons de parler suivent le régime des eaux de la Gambie. Seules les deux rivières Balé et Niocolo-Koba sont navigables pendant quelques kilomètres seulement à leur embouchure, pendant les hautes eaux et pour des embarcations d’un faible tirant d’eau.
Pour les usages domestiques, dans la plupart des villages du Tenda et à Gamon on ne se sert que d’eau de puits. Ces puits sont peu profonds en général, car on trouve la nappe d’eau souterraine à six ou huit mètres au-dessous du sol. L’eau que l’on en tire est blanchâtre sous une faible épaisseur, elle contient en petite quantité des matières terreuses dont il est facile de la débarrasser en la laissant reposer et en la décantant ensuite. Elle ne contient d’ailleurs aucune matière nuisible. Ces puits, qu’il faut nettoyer fréquemment, donnent en quantité suffisante l’eau nécessaire aux besoins des habitants.
Orographie. — Le Tenda et le pays de Gamon sont plutôt des pays de plaines que de montagnes. L’orographie en est des plus simples, car les reliefs de terrain y sont peu considérables. On ne rencontre, pour ainsi dire, pas de collines dans le Tenda, proprement dit, et c’est à peine si le terrain s’élève un peu dans la région nord-est.
Nous trouvons, au contraire, dans le pays de Gamon quelques rares chaînes de hauteurs qui sont presque toutes parallèles à la Gambie et dont la direction est orientée Est-Ouest. L’aspect du pays change sensiblement, et, aux plaines fertiles du Tenda, ont succédé des plateaux ferrugineux absolument arides. Ces hauteurs peu élevées n’atteignent guère que vingt à vingt-cinq mètres d’élévation et sont les derniers contre-forts du massif rocheux qui limite à l’ouest le désert de Coulicouna. Dans le Tenda les marigots et la rivière Balé coulent en plaines ; dans le pays de Gamon, au contraire, ils coulent, ainsi que le Niocolo-Koba, entre deux rangées de petites collines orientées pour la plupart Nord-Est Sud-Ouest. Ces collines sont également peu élevées et absolument arides.
On rencontre encore dans le Tenda et le pays de Gamon quelques-unes de ces collines isolées si communes dans tout le Soudan et dont nous avons eu fréquemment l’occasion de parler dans le cours de ce travail.
Mentionnons enfin en terminant de nombreuses petites collines argileuses isolées que l’on trouve par ci par là notamment aux environs des villages. Elles sont, en général, recouvertes d’une couche épaisse de latérite et très fertiles. C’est sur une colline de cette nature que s’élève le village de Gamon. Elle peut avoir environ trois kilomètres de large sur six de long. C’est là que se trouvent pour la plupart les lougans des habitants. Son versant ouest est assez rapide, mais son versant sud-est s’affaisse par une pente douce d’environ deux kilomètres de longueur. A son point le plus élevé, cette colline n’a pas plus de quinze mètres de hauteur. Elle est constamment balayée par les vents de Nord et de Nord-Est, et elle est abritée contre les vents de Sud et de Sud-ouest par la rangée de collines qui longe la rive droite de la Gambie et dont l’élévation est plus considérable.
Constitution géologique du sol. — La constitution géologique du sol du Tenda diffère peu de celles des autres pays du Soudan Français. Ce sont toujours les mêmes éléments et les mêmes terrains. Le terrain ardoisier alterne avec les terrains à quartz et à roches ferrugineuses. La latérite y est abondante, surtout dans le Tenda proprement dit. C’est à la période secondaire qu’il convient assurément de rattacher la formation de ces régions.
Les bords de la Gambie sont formés de terrain purement argileux en grande partie. On rencontre bien en quelques endroits des bancs de quartz et de grès, mais ils sont assez clairsemés et de peu d’étendue. Par ci par là se trouvent dans cette vaste plaine, qui s’étend depuis le confluent du Niocolo-Koba jusqu’aux collines du Ouli, quelques marécages à fond de vases reposant sur un substratum d’argiles absolument compactes et imperméables. Au-dessous de cette couche on trouve le terrain ardoisier bien caractérisé par des schistes, parmi lesquels le schiste lamelleux domine. A partir du point où il se termine au Nord, le terrain ardoisier alterne avec la latérite et de vastes plateaux rocheux où abondent les grès, les quartz et les conglomérats ferrugineux à gangues d’argiles siliceuses. A deux kilomètres environ de Bady nous ne trouvons plus que de la latérite. Elle forme un véritable îlot d’environ 30 kilomètres de longueur sur 20 à 25 de large, et c’est dans cet espace restreint que s’élèvent les quelques villages du Tenda. A partir de la rivière Balé nous n’avons plus que du terrain ardoisier jusqu’aux environs de Gamon où la latérite reparaît de nouveau. Quelques plateaux rocheux formés de grès et de quartz simples et ferrugineux émergent bien en quelques endroits ; mais ils sont, en général, de peu d’étendue. De Gamon au Niocolo-Koba rien que des roches et plateaux ferrugineux arides.
Les collines du pays de Gamon sont en majeure partie formées de grès, de quartz et de conglomérats. Les schistes y sont assez rares. Le granit et le gneiss y font toujours défaut. La terre végétale y est peu abondante, car le peu qui s’y forme par suite de la désagrégation des conglomérats et des roches cristallines est entraîné dans les plaines par les pluies torrentielles de l’hivernage. — On ne trouve guère d’humus que sur les bords des marigots du Tenda. Il se forme là par suite de la décomposition des matières végétales qui y abondent. Il manque absolument sur les bords des marigots du pays de Gamon qui sont, en général, peu boisés.
Climatologie. — Le climat du Tenda et du pays de Gamon ne diffère pas sensiblement de celui des autres contrées du Soudan. C’est le climat des pays tropicaux par excellence. L’hivernage y commence un peu plus tôt que sur les bords du Sénégal, et la saison sèche y est plus courte que dans les régions plus septentrionales. La température y subit les mêmes variations et l’atmosphère y est plus longtemps saturée d’humidité. De plus, le paludisme s’y fait sentir davantage et nul doute que l’Européen ne s’y débilite rapidement s’il était forcé d’y résider longtemps. En résumé, cette région est peu faite pour des organismes habitués à vivre dans des climats tempérés. La partie la moins malsaine serait peut-être le village même de Gamon, par le seul fait qu’il est relativement à l’abri des vents humides du Sud et du Sud-Ouest.