A partir de Gamon et jusqu’au Niocolo-Koba, c’est la désolation dans toute l’acception du mot. C’est la véritable steppe soudanienne avec ses roches nues et sa végétation rachitique. Le pays y est d’une aridité remarquable, et c’est à peine si, sur les bords des marigots, on rencontre quelques rares bambous, quelques rares essences botaniques qui sont l’apanage des terrains pauvres en humus. Les bords de la Gambie y sont comme partout couverts d’une luxuriante végétation, mais qui s’étend à peine à deux cents mètres à l’intérieur des terres.

Hydrologie. — A ce point de vue le Tenda et le pays de Gamon appartiennent tout entiers au bassin de la Gambie. C’est de ce fleuve, en effet, que sont tributaires tous les marigots que l’on y rencontre et c’est elle qui reçoit également deux petites rivières, le Niocolo-Koba et la rivière Balé, qui arrosent ses régions sud-est et nord-est. Il n’y a que fort peu de marigots qui se jettent directement dans la Gambie et encore sont-ils de maigre importance. Presque tous se rendent soit à la rivière Balé, soit au Niocolo-Koba ou plutôt, ce qui serait plus exact, se réunissent pour former ces deux rivières. Beaucoup de ces marigots communiquent entre eux ou bien même communiquent avec le Nieri-Kô ou avec des marigots qui appartiennent au bassin de ce dernier.

La Gambie sert de limite sud au Tenda pendant environ cinquante-cinq kilomètres de son cours, du confluent du Niocolo-Koba à la naissance du marigot de Dialakoto qui sépare le Tenda du Ouli. Cette partie de son cours n’a encore été l’objet d’aucune étude sérieuse. Je doute même qu’elle ait jamais été parcourue par un explorateur quelconque. On ne s’est guère jusqu’à ce jour avancé plus loin que le barrage de Kokonko-Taloto, ou l’embouchure de la rivière Grey. Golberry reconnut, en effet, le confluent de cette dernière avec la Gambie, mais il n’a pas fait, de son cours entre ces deux points une étude hydrologique qui mérite d’être signalée. Tout ce que nous en pouvons dire, c’est en interrogeant les hommes du pays et particulièrement les chasseurs d’éléphants et d’hippopotames que nous l’avons appris. Sa largeur moyenne serait au moment des plus basses eaux de trois à quatre cents mètres au maximum. Pendant la saison des pluies elle doublerait et triplerait même en certains endroits. En toutes saisons, son courant est excessivement rapide. Son impétuosité augmente considérablement au commencement de la belle saison, alors que, rentrée dans son lit, la Gambie reçoit les eaux des affluents et des marigots qui l’alimentent. Mais à la fin de la saison sèche on ne trouve plus guère de courant que là où le fleuve trouve un obstacle à son cours, un petit barrage à franchir. — Elle coule entre deux rives à pic et le niveau de sa masse d’eau, du jour où il est le plus élevé à celui où il est le plus bas, varie de douze à quatorze mètres environ. Les rives sont couvertes d’une riche végétation, mais elle ne s’étend pas à plus de deux cents mètres au delà du fleuve. Plus loin c’est la brousse et le marais, surtout sur la rive droite. Pendant la saison des pluies, alors que ses eaux ont atteint leur niveau le plus élevé, elle serait navigable pour les chalands en bois à fond plat, et, pendant la saison sèche, les pirogues seules pourraient la remonter. On n’y rencontre pas, à proprement parler, de barrages ; mais son lit est en maints endroits obstrué par des quantités considérables de roches qui changent son cours en véritables rapides. Ailleurs ce ne sont que des bancs de sables très fins ou bien encore son fond est constitué par ces petits cailloux ferrugineux, ronds, qui proviennent de la désagrégation des conglomérats. Il n’y a guère que le gué de Voumbouteguenda, où nous l’avons traversée entre Damentan et Bady qui soit réellement praticable. Encore ne l’est-il absolument que pendant trois mois de l’année, janvier, février et mars. La crue du fleuve commence à se faire sentir dans le courant du mois d’avril, et elle atteint son maximum vers le milieu de septembre. Pendant la saison des pluies, ses eaux sont jaunâtres et charrient une grande quantité de matières terreuses. Pendant la saison sèche, au contraire, elles sont d’une limpidité parfaite et ne contiennent qu’une quantité insignifiante de matières organiques. A cette époque de l’année c’est une eau potable de qualité supérieure et qui est propre à tous les usages domestiques. On peut la boire sans la filtrer et sans en être le moindrement incommodé. Mais, pendant l’hivernage, on ne peut s’en servir qu’après l’avoir fait reposer, puis décanter et filtrer.

Ainsi que nous l’avons dit plus haut, la Gambie ne reçoit dans le Tenda aucun marigot qui mérite d’être mentionné. Par contre, deux rivières assez importantes lui apportent le tribut de leurs eaux, la rivière Balé et le Niocolo-Koba.

Le Niokolo-Koba n’a pas, à proprement parler, de source ; il est formé par l’apport d’un grand nombre de marigots qui drainent les eaux d’infiltration de la partie Nord du pays de Badon ou qui viennent du Tiali et du Niéri. C’est une jolie petite rivière où l’eau coule en toutes saisons. Ses berges sont taillées à pic, comme celles de tous les cours d’eau de cette région. Sa largeur, qui n’est guère que de 30 à 40 mètres pendant la saison sèche, atteint 250 à 300 mètres pendant l’hivernage. Son lit est formé de sables et de roches dans la plus grande partie de son cours. Les marigots qu’elle reçoit arrosent plutôt le pays de Gamon que le Tenda proprement dit. Ces marigots sont fort nombreux. En voici les principaux : Si nous remontons le cours de la rivière, nous trouvons tout d’abord, à peu de distance de son embouchure, le marigot de Kéré-Kô, qui reçoit lui-même le marigot de Diéfagadala. qui passe à Gamon. Un peu plus haut se trouvent le Sourouba-Kô et le Firali-Kô, que l’on traverse en allant de Gamon à Sibikili. En amont du confluent de ce dernier avec le Niocolo-Koba se trouve l’Oussékiri-Kô et plus haut l’Oussékiba-Kô, tous les deux de peu d’importance. Enfin le Condouko-Boulo, lequel reçoit le Saramé-Kô. Tous ces marigots reçoivent un grand nombre de marigots secondaires sans aucune importance.

La rivière Balé se jette dans la Gambie à environ trente kilomètres en aval du confluent du Niocolo-Koba. Comme cette dernière, elle n’a pas une source propre, elle est formée par l’apport des eaux d’un grand nombre de marigots qui lui viennent du Niéri, du Tenda et du Diaka. Elle reçoit, en outre, un grand nombre de marigots assez importants qui communiquent entre eux pour la plupart ou qui communiquent avec des marigots tributaires du Niéri-Kô ou du Niocolo-Koba. Le cours de la rivière Balé est excessivement sinueux, et, pendant la saison sèche, il est peu rapide. Sa largeur est d’environ dix mètres pendant la saison sèche et trente à quarante mètres pendant la saison des pluies. Ses berges sont à pic et formées d’argiles grasses et très glissantes qui les rendent difficilement accessibles. Son lit est encombré de racines, de feuilles et de vases qui forment une couche excessivement épaisse. Aussi le passage en est-il très difficile surtout pour les animaux. Tandis que les eaux du Niocolo-Koba sont d’une grande pureté, celles de la rivière Balé sont, au contraire, en toutes saisons, absolument souillées. Elles contiennent une grande quantité de matières terreuses et de détritus végétaux. Aussi pourrait-il être dangereux d’en faire un usage prolongé. Pour s’en servir sans en être incommodé, il faut avoir grand soin de les bien filtrer et encore ne sont-elles jamais, malgré cette précaution, d’une limpidité parfaite. Cela tient évidemment à la nature des couches de terrain qui composent son lit. De plus, ses berges sont excessivement boisées ; outre les grands végétaux qui les couvrent, des lianes gigantesques forment au-dessus de son cours, en s’attachant aux arbres, un dôme sous lequel on est absolument à l’abri des rayons du soleil.

Dans le Tenda, la rivière Balé reçoit deux marigots assez importants :

1o Le Barsancounti-Kô, large, vaseux, dont le courant est pendant la saison sèche à peine sensible. Il passe à environ quatre kilomètres de Iéninialla, au nord-est, et reçoit lui-même le Nafadala-Kô, que l’on traverse à environ huit cents mètres à l’ouest de ce village en venant de Bady ; 2o Le Sékoto-Kô, peu large mais très profond et vaseux. Tous ces marigots renferment un grand nombre de pieds de Belancoumfo, dont les habitants se servent journellement comme purgatif. Aux environs des villages leurs bords, qui sont couverts généralement de vastes marais, sont transformés en belles rizières d’un grand rapport et dont les Malinkés ont un soin tout particulier.

Non loin du confluent de la rivière Balé avec la Gambie et à dix kilomètres en aval environ, se trouve le confluent du marigot de Tamou-Takou-Diala, que l’on rencontre à environ un kilomètre et demi à l’est du village de Sansanto. Ce marigot peu important n’est remarquable que par la quantité vraiment prodigieuse de palmiers qui croissent sur ses bords. A cinq kilomètres environ en aval de ce dernier nous trouvons le marigot Fayoli-Kô divisé en deux branches qui passent non loin de Bady, l’une à l’est et l’autre à l’ouest de ce village. Nous citerons enfin en terminant le marigot de Dialacoto, qui sépare le Tenda du Ouli, et qui est ainsi appelé du nom du village qui est situé non loin de son cours et qui borne la frontière du Ouli dans cette région.

Le Tenda, comme on le voit, est assez fortement arrosé. C’est à n’en pas douter à cette condition qu’il doit la grande productivité de quelques-unes de ses régions. Cette fertilité serait bien plus grande si les habitants savaient mettre à profit, en les canalisant et en les faisant servir à irriguer leurs champs d’une façon méthodique, ces nombreux cours d’eau dont le sort les a dotés.