CHAPITRE XVIII
Damentan
Tenda et Gamon
Le Tenda et le pays de Gamon. — Frontières, Limites. — Aspect général du pays. — Hydrologie. — Orographie. — Constitution géologique du sol. — Flore, productions du sol, cultures. — Faune, animaux domestiques. — Populations. — Ethnographie. — Organisation politique. — Rapports avec les pays voisins. — Rapports avec les autorités françaises.
Bien que le Tenda et le pays de Gamon soient deux pays absolument distincts, bien qu’ils n’aient entre eux aucun lien politique ou administratif, il est d’usage de les accoler ainsi. Nous suivrons donc cet usage pour la description physique du pays, nous réservant de faire ensuite des chapitres particuliers pour ce qui les intéresse aux autres points de vue.
Le Tenda, en y comprenant le pays de Gamon, forme un petit État qui, sans être étendu et considérablement peuplé, a cependant pour nous, au point de vue de notre influence en Gambie, une réelle importance. Aussi en donnerons nous une description aussi complète que possible sous tous les rapports.
Frontières, limites. — Les frontières du Tenda, à l’encontre de celles des autres pays que nous avons visités, sont assez nettes. Ses limites extrêmes sont à peu près comprises entre les 15° 30′et 14° 45′ de longitude Ouest et les 12° 55′ et 13° 17′ de latitude Nord. Au Sud, il est borné par la rivière Gambie, à l’est par le Niocolo-Koba, affluent de la Gambie, au Nord par une ligne fictive qui, partant du Niocolo-Koba au point où cette rivière reçoit le marigot de Situdiouma-Kô, se dirige au nord-ouest jusqu’aux environs de Gamon, passe entre ce village et celui de Bokko dans le Diaka, s’infléchit un peu vers le sud jusqu’à la mare de Tioké, et, enfin, de ce point se dirige franchement au sud vers la Gambie, qu’elle atteint au point où se jette le marigot de Dialakoto. Du reste, dans tout ce parcours, elle suit le marigot qui forme la frontière ouest du Tenda.
Le Tenda confine au sud au pays de Damentan dont le sépare la Gambie, à l’ouest au Diaka et au Ouli, au nord au Diaka et au pays désert qui le sépare du Tiali, enfin à l’est et au sud-est au pays de Badon.
Aspect du pays. — L’aspect général du pays est tout différent suivant que l’on parcourt la région sud ou la région nord. Toute la région sud, qui avoisine les rives de la Gambie, est d’une tristesse inimaginable. Ce n’est qu’une vaste plaine absolument stérile, couverte par les eaux pendant l’hivernage, desséchée pendant la bonne saison et couverte alors d’une végétation de nature absolument palustre. Par-ci par-là, quelques arbres rares et rabougris émergent au-dessus d’une brousse épaisse dont les Carex et autres Cypéracées forment les principaux éléments. Ces derniers végétaux prospèrent là à merveille et y atteignent des dimensions telles que chevaux et cavaliers y disparaissent complètement. Les sentiers y sont à peine visibles, cachés au milieu des herbes qui les recouvrent et transformés en véritables fondrières par les hippopotames et les éléphants qui abondent dans toute cette région. Cette plaine s’étend jusqu’au Ouli. A mesure qu’on s’élève dans le nord, le terrain devient plus accidenté, mais ce n’est qu’à sept kilomètres environ des rives du fleuve que l’on commence à apercevoir les premières ondulations du sol. Dans la région nord, le pays change absolument d’aspect, et nous y retrouvons ces plaines et ces petites collines qui caractérisent le Soudan dans sa partie Est. Là, le sol est éminemment fertile. Dans chaque vallée, se trouve un petit village qui est toujours entouré de belles cultures. Nulle part, je n’ai vu un petit coin de terrain aussi gai et aussi bien cultivé que cette riante vallée qui s’étend de Bady au marigot de Barsancounti, lequel se trouve à trois kilomètres et demi environ au nord-est de Iéninialla. Ce n’est qu’une suite ininterrompue de beaux lougans qu’arrosent de petits marigots dont les rives sont couvertes d’une luxuriante végétation. Toute la partie de la région nord qui confine au Diaka est également très riche. C’est là où s’élevaient autrefois les principaux villages du Tenda. La guerre a malheureusement presque complètement dépeuplé ce pays.