Limites. — Frontières. — De même que les autres pays noirs, le pays de Badon n’a pas de limites bien définies. Cependant on peut à peu près lui assigner les limites suivantes : Il est compris entre les 14° 25′ et 15° 15′ de longitude Ouest et les 13° 14′ et 12° 47′ de latitude Nord. Sa plus grande dimension est Est-Ouest et mesure environ 120 kilomètres. Sa plus grande largeur est Nord-Sud et mesure environ 55 kilomètres. Sa superficie est environ de 6.000 kilomètres carrés.
Il est limité au Sud par la Gambie, à l’Ouest, au Nord et au Nord-Est par le Niocolo-Koba qui lui forment des frontières naturelles. Au Sud-Est et à l’Est, sa frontière est représentée par une ligne fictive qui, partant de la Gambie, à la naissance du Koussini-Kô, se dirige au Sud-Est jusqu’au marigot de Koumountouro-Kô. De là, elle remonte au Nord jusqu’au Sacodofi-Kô, où elle oblique vers l’Ouest pour se diriger vers le Niocolo-Koba.
Il confine à l’Ouest au pays de Gamon, dont le sépare le Niocolo-Koba, au Sud, au Niocolo dont le sépare la Gambie et la partie Sud-Est de la ligne fictive dont nous venons de parler. A l’Est, il touche au Dentilia et au désert de Coulicouna. Enfin, au Nord-Est, il est voisin du Bélédougou, et au Nord, il est séparé du Tiali par un vaste territoire inculte et inhabité. Comme on le voit, le Badon est un grand rectangle fort allongé dont les grands côtés orientés Est-Ouest sont formés au Sud par la Gambie et au Nord par le Niocolo-Koba. Les petits côtés orientés Nord-Sud sont formés à l’Ouest par le Niocolo-Koba et à l’Est par la ligne fictive qui le sépare du Dentilia.
Aspect général du pays. — Le Badon est une contrée absolument aride, dont l’aspect général est plutôt celui d’un pays de montagne que celui d’un pays plat. Du Niocolo-Koba à Badon, la capitale, on ne voit que des collines absolument dénudées que séparent de profondes vallées où coulent les marigots tributaires du Niocolo-Koba. Dans les vallées, la végétation est plus riche surtout sur les bords des marigots et l’aspect du pays est plus riant. On y rencontre quelques beaux végétaux ; mais, en général, le pays est absolument désolé et on peut y faire des kilomètres et des kilomètres sur des plateaux rocheux, arides et où rien ne pousse qu’une herbe fine et rare et quelques végétaux rachitiques et rabougris.
Ce n’est qu’aux environs de Sibikili que le pays change un peu d’aspect. La végétation plus riche indique que l’on s’est rapproché de la Gambie. Malgré cela, elle est loin d’être aussi belle qu’elle ne l’est ordinairement sur les rives de ce fleuve. C’est que là ses berges sont rocheuses, arides, et que l’humus fait absolument défaut. De Sibikili à Badon, nous retrouvons les collines et les plaines que nous avons mentionnées plus haut. Deux marigots seulement où coule une eau claire et limpide traversent le sentier et, rompant la monotonie de la route, présentent sur leurs rives quelques essences botaniques.
De Badon au Dentilia, c’est la désolation dans toute l’acception du mot. Jamais pays plus triste, jamais désert plus complet. De ce que nous venons de dire, nous pouvons conclure que le Badon est un pays absolument aride. La terre végétale ne se montre absolument qu’aux environs des villages, et encore la partie qui peut être cultivée est-elle de très petite étendue. On verra dans la suite de ce travail que les conditions géologiques du sol peuvent seules être mises en cause pour expliquer cette épouvantable stérilité.
Hydrologie. — A ce point de vue, le pays de Badon est complètement compris dans le bassin de la Gambie, et en partie dans celui du Niocolo-Koba, tributaire de ce grand fleuve. Les marigots y sont fort nombreux et beaucoup d’entre eux ne tarissent jamais. L’eau y coule en plus ou moins grande quantité en toutes saisons.
La Gambie du marigot de Koussini au Niocolo-Koba coule dans le pays de Badon environ pendant 80 kilomètres. L’hydrographie de ce fleuve pendant ce long parcours est à peine connue. Il n’a été fait à ce sujet aucun travail, et, tout ce que l’on en sait, ce n’est que par renseignements qu’on a pu l’apprendre. Le cours en est excessivement rapide, et, en maints endroits, ce fleuve est barré par des rapides qui en rendent la navigation impossible pour les chalands même les plus légers ; mais en toutes les saisons les pirogues y peuvent circuler. Il n’y a pas, à proprement parler, de barrages véritables. En maints endroits, cependant, se trouvent des amoncellements de roches qui laissent entre elles des passages praticables pour les pirogues, mais où le courant est d’une violence et d’une rapidité extrêmes.
Le régime des eaux du fleuve est le même que dans les autres parties de son cours. Les eaux, très-basses pendant la saison sèche, sont excessivement profondes pendant la saison des pluies. Aussi les berges sont-elles rongées et, en général, absolument à pic. Le fleuve coule dans la plus grande partie de ce trajet entre deux rangées de hautes collines qui le longent à peu de distance. Ce n’est qu’après avoir quitté le Niocolo qu’il coule dans une plaine basse et marécageuse qui fait partie du pays de Damentan. Les berges sont, en général, formées de terrains argileux ou de roches, et le fond est ou de roches, de sables siliceux, d’argiles, ou encore formé de petits cailloux roulés de quartz et de grès ferrugineux, produits de la désagrégation des roches et conglomérats que l’on rencontre dans les terrains au milieu desquels li coule.
Dans le Badon, la Gambie ne peut être traversée à gué qu’à Tomborocoto, à environ dix kilomètres de Badon dans le Sud-Sud-Est. Ce gué n’est guère praticable que de janvier à mai, et encore ne peut-on y parvenir qu’avec beaucoup de précautions. Son lit est encombré de roches excessivement glissantes qui rendent l’opération délicate et pénible surtout pour les animaux. Aussi le courant y est-il excessivement violent. Les hommes sont obligés de se munir de solides bambous pour guider leurs pas et pour pouvoir résister au courant qui ne manquerait pas de les entraîner. En cet endroit et aux basses eaux, les berges de la Gambie ne sont pas trop escarpées, mais la vase qui les couvre les rend très-glissantes. Son cours y est coupé dans chaque tiers environ, par un ilot formé de sables et de roches qui y ont été roulées par les eaux. Elle forme donc, pour ainsi dire, deux bras : un grand, le principal, du côté de Badon, qui peut avoir environ deux cent cinquante mètres ; un petit du côté de Niocolo, dont la largeur ne dépasse pas cent mètres. La largeur de l’ilot est de vingt-cinq mètres à peu près. Ce qui nous donne, pour le gué entier, une largeur totale de 375 mètres au plus. Au mois de janvier, il n’y a pas plus de quarante à cinquante centimètres d’eau aux endroits les plus profonds, et à la fin d’avril le gué est à sec dans presque toute sa largeur, sauf sur la rive de Badon, où persiste un chenal d’environ dix mètres de large sur cinquante de profondeur. De même dans le petit bras, l’eau y coule encore pendant toute la saison sèche, mais en très-petite quantité. C’est à peine s’il y en a alors en cet endroit une profondeur de plus de quinze à vingt centimètres.