Le Badon est, comme on le voit, fort bien arrosé. Dans la plupart des marigots que nous venons de citer, l’eau coule en toute saison, et, d’après les renseignements que nous avons pu nous procurer, il en est qui ne tariraient jamais, même dans les années les plus sèches. Cela tient, croyons-nous, à ce qu’ils communiquent entre eux presque tous par des branches secondaires et même avec la Gambie et le Niocolo-Koba dont ils suivent les variations. Leurs bords à pic et le manque de vases que l’on peut constater aisément pour la majorité d’entre eux, suffisent pour prouver qu’ils sont doués, du moins pendant la saison des pluies, d’un courant rapide.

Comment se fait-il alors qu’arrosé comme il l’est, le Badon soit si stérile. Il faut l’attribuer, je crois, à deux causes principales. La première, c’est que le terrain dont il est formé est excessivement perméable en certains endroits. Les eaux d’inondation y séjournent fort peu et n’ont pas le temps d’y déposer assez de limon pour le fertiliser. Dans d’autres endroits, au contraire, la croûte terrestre, formée d’argiles, est imperméable ; les eaux y séjournent bien longtemps, mais quand, sous l’action de la chaleur solaire, elles se sont évaporées, le terrain qu’elles découvrent se dessèche rapidement. On ne trouve plus qu’une argile durcie absolument impropre à la culture. Du reste, ce que nous disons plus loin de la constitution géologique de cette région, suffira amplement pour expliquer d’une façon plus précise le peu de fertilité de son sol.

Orographie. — Au point de vue orographique, le Badon pourrait être rattaché au système général du Niocolo, dont il n’est, pour ainsi dire, que le prolongement. Il est difficile, malgré tout, d’y trouver un système méthodique, bien défini, et qui lui soit absolument propre. Le terrain y est cependant très accidenté. Ce n’est, du Niocolo-Koba à la Gambie, qu’une suite de collines séparées par de profondes vallées. La hauteur de ces collines ne dépasse guère 50 à 60 mètres, et elles sont disposées avec un certain ordre qui nous permet de donner une idée à peu près exacte du relief du terrain. Nous avons d’abord la chaîne de hauteurs qui, sur sa rive droite, longe la Gambie dans presque tout le cours de ce fleuve. De cette chaîne, partent des collines qui suivent les deux rives des marigots tributaires de la Gambie et qui vont mourir dans l’angle formé par cette dernière et le Niocolo-Koba. Ces collines peu élevées laissent entre elles de profondes vallées au fond desquelles coulent les marigots.

Nous pourrions répéter pour le Niocolo-Koba ce que nous venons de dire pour la Gambie. Dans tout son cours, cette rivière est longée également par deux séries de collines qui viennent se terminer dans le désert de Coulicouna et qui, à l’Est, se raccordent à la chaîne montagneuse qui sépare cette contrée des plaines du Badon-Est et du Dentilia-Ouest. De petites élévations de terrain peu importantes s’en détachent et suivent les rives des marigots tributaires du Niocolo-Koba.

Toutes ces collines sont formées de roches absolument abruptes. La terre végétale y fait absolument défaut et la végétation y est excessivement rare.

Outre ces chaînes de collines dont nous venons de parler, on rencontre fréquemment dans le Badon de ces monticules isolés dont nous avons déjà eu maintes fois l’occasion de parler. Là ils sont formés par des amoncellements de roches que recouvre une mince couche de terre ou de sables formés par la désagrégation des roches sous l’influence des pluies d’hivernage. La colline sur laquelle est construit le village de Sibikili appartient aux élévations de terrain de cet ordre.

Les collines du Badon ont des flancs absolument à pic, surtout dans la partie comprise entre Sibikili et la Gambie par Badon. Aussi la terre et l’humus y font-ils absolument défaut. Ils sont entraînés par des pluies d’hivernage. Les versants sont profondément ravinés, et, de loin, on peut juger de la profondeur de ces excavations. En résumé, il n’y a pas, comme on le voit, dans le Badon, de système orographique dans le sens absolu du mot. On n’y trouve que des collines disposées d’après un certain ordre commun dans toute cette région. Malgré cela, et étant donnée surtout la nature du terrain ainsi que l’orientation des reliefs du sol, on peut rattacher l’orographie de ce pays à celle du Niocolo avec laquelle elle présente de grandes analogies.

Constitution géologique du sol. — Au point de vue géologique on peut dire, surtout en ce qui concerne son ossature, que ce pays de Badon appartient tout entier à la période secondaire. L’analogie des roches que l’on y trouve permet de supposer qu’il fait partie du même soulèvement que ce dernier. Les terrains d’alluvions y sont moins fréquents. Par contre, on y rencontre uniquement les roches qui caractérisent les terrains de cette période. Issu des soulèvements de la période secondaire, le Badon a dû être ensuite recouvert par les eaux, lorsque la croûte terrestre a été assez refroidie pour que les vapeurs contenues dans son atmosphère puissent se condenser. Il ne saurait y avoir aucun doute à ce sujet, les roches usées, limées, aux formes bizarres et déchiquetées qu’on y trouve, en sont une preuve suffisante. Cette période a dû être très longue, à en juger par les traces qu’elle a laissées et qui sont encore évidentes, malgré les milliers d’années écoulées. C’est sans doute à l’époque à laquelle ces eaux se sont retirées qu’il faut rattacher la formation de ces collines isolées, rocheuses, qui, dans cette mer immense, devaient former autant de récifs en ilots, dont l’étendue augmentait au fur et à mesure que le niveau des eaux qui les couvraient jadis baissait, tout en y apportant, chaque année, de nouveaux éléments.

Si on considère le sous-sol dont est formé le Badon, on y trouve deux sortes de terrains : le terrain ardoisier, caractérisé par des schistes de toutes variétés, schistes lamelleux, schistes ardoisiers et schistes micacés. C’est particulièrement le terrain des vallées. En second lieu nous avons un terrain que nous désignerons sous le nom de terrain secondaire et dont les roches principales sont les quartz, les grès, simples ou ferrugineux et les conglomérats de même nature formés de ces deux roches agglutinées dans une gangue silico-argileuse. Les collines en sont presque uniquement formées. Les terrains les plus anciens de la période primaire font absolument défaut. Nous n’avons jamais rencontré, en effet, ses roches caractéristiques, gneiss et granit, et ses roches métamorphiques. De même les terrains tertiaires ne s’y montrent nulle part. Malgré toutes nos recherches, nous n’en avons, en effet, jamais trouvé la moindre trace sous quelque forme que ce soit. Il y existe bien une roche qui contient une faible proportion de carbonate de chaux, mais elle n’existe nulle part en bancs importants. On la trouve à fleur de terre sous forme de petits blocs de la grosseur du poing au maximum. Sa couleur est blanc jaunâtre et sa composition permet de la rattacher à cette catégorie de roches formées par des débris de coralliens, débris que les eaux en se retirant ont dû déposer là et qui, dans la suite, ont été agglutinés par des argiles siliceuses. Cet élément géologique se rencontre en maints endroits au Soudan, notamment dans les environs de Badumbé. On en retire par la cuisson une chaux de qualité inférieure qui, à défaut d’autre, a été utilisée pour nos constructions. Elle est loin de valoir la chaux provenant des coquilles d’huîtres qui sont si abondantes sur les bords de certaines parties du cours du Niger.

Si maintenant nous considérons, au contraire, la croûte terrestre, nous constaterons trois sortes d’éléments géologiques : dans les vallées, des argiles compactes épaisses, formées par la désagrégation aquatique des roches qui composent le terrain ardoisier, et contenant en certains endroits une notable quantité de silice ; par ci, par là sur les bords des marigots, des vases et des dépôts de formation alluvionnaire récente, mais peu étendus et peu épais. La latérite enfin y est peu abondante. On ne la trouve guère qu’aux environs de Badon et de Sibikili. Elle est due à la désagrégation des roches cristallines qui forment le sous-sol du terrain secondaire. Enfin, sur les plateaux, la roche se montre à nu, et on n’y rencontre aucune trace de terre végétale. Le peu qui s’y forme, par suite de la désagrégation des roches et du terreau qui provient des détritus végétaux, est entraîné par les eaux.