Si maintenant nous considérons, au contraire, la croûte terrestre, nous trouverons dans la région Ouest et dans la plaine qui confine au Dentilia des argiles compactes en couches épaisses, produites par la désagrégation par les eaux des roches du terrain ardoisier. Par ci par là à l’Ouest, quelques marécages où l’on peut trouver des vases et des dépôts alluvionnaires de récente formation.
Dans la partie Est et centrale, nous avons bien en maints endroits des argiles ; mais c’est la latérite qui domine. Elle est produite par la désagrégation des roches cristallines qui forment le sous-sol du terrain secondaire. Les versants des collines sont dépourvus absolument de terre ou sable quelconque. Tout est entraîné par les grandes pluies d’hivernage. Sur les plateaux, la roche se montre à nu partout.
La profondeur à laquelle se trouve la nappe d’eau souterraine varie considérablement. Très éloignée de la surface dans la région des montagnes, elle est à quelques mètres seulement dans la plaine orientale et dans la région Ouest. Dans toute la région montagneuse, on ne se sert que de l’eau de puits pour tous les usages domestiques. Cette eau est délicieuse, cela se comprendra facilement si on réfléchit qu’elle a filtré à travers une épaisseur considérable de terrains ne contenant aucuns principes nuisibles.
Climatologie. — D’après ce que nous venons de dire, on comprendra aisément que le climat du Niocolo soit modifié par les dispositions orographiques et la nature du terrain que nous avons décrites plus haut. Sans doute le Niocolo appartient aux climats tropicaux, par excellence ; mais nous croyons qu’il ne doit pas être aussi insalubre. Nous sommes restés trop peu de temps dans cet intéressant pays pour donner ici une appréciation sérieuse et fondée sur des observations minutieuses. Nous ne pouvons donc émettre que de simples hypothèses qui découlent des principes généraux mêmes de climatologie.
La direction des collines de la partie Est met la portion centrale du Niocolo à l’abri des vents brûlants qui viennent de cette région, de même que les collines de la région Ouest l’abritent pendant l’hivernage contre les vents humides du Sud-Ouest. Ces simples dispositions orographiques suffisent pour tempérer singulièrement l’insalubrité du pays et le climat sous lequel il se trouve. D’autre part, l’orientation des vallées leur permet de recevoir directement la brise de Nord et de Nord-Est, ainsi que celles de Sud et de Sud-Est. Il en résulte évidemment que la température doit y être relativement moins élevée que dans les autres régions qui sont directement exposées aux vents brûlants de l’Est.
Quant à l’action de la masse d’eau souterraine sur la salubrité du pays, nous croyons que, vu son extrême profondeur, elle est de peu d’importance. Sans doute, dans les plaines argileuses et sur les bords du fleuve et des marigots, nous trouvons des marécages et des eaux croupissantes, mais nous croyons que le desséchement se faisant très rapidement, leur action nocive est de peu de durée.
Tout autre est le climat de la région Ouest ; là nous avons le climat chaud, par excellence, et tout ce qu’il faut pour que le pays soit d’une insalubrité remarquable. L’altitude est peu élevée. Tous les vents s’y font sentir et particulièrement le vent de Sud-Ouest. Les marais y sont nombreux et le desséchement n’y est jamais complet. Enfin la croûte terrestre, presque uniquement formée d’argiles imperméables, laisse s’amonceler et croupir à sa surface les eaux de l’hivernage. De plus, la masse d’eau souterraine y est à une minime profondeur et il en résulte une humidité extrême. Chaleur et humidité sont, on le sait, les deux éléments climatériques qui favorisent le plus l’éclosion des miasmes palustres. En résumé, nous estimons qu’il serait bon de faire de ce pays, au point de vue climatologique, une étude complète. On pourrait s’assurer ainsi qu’il jouit peut-être d’un climat plus sain ou plutôt moins malsain que celui des autres régions de cette partie de l’Afrique. D’après ce que nous venons de dire, cette hypothèse paraît vraisemblable.
Flore. — Productions du sol. — Cultures. — La flore du Niocolo diffère peu de celle des autres parties du Soudan. Pauvre sur les collines, la végétation n’est réellement riche que sur les bords du fleuve et des marigots. Là nous trouvons les grands végétaux qui caractérisent les régions des rivières du Sud : caïl-cédrats, fromagers, baobabs, Légumineuses de toutes sortes et absolument gigantesques. Mais il existe dans le Niocolo tout entier, du moins dans les régions Est et centrales, deux végétaux qui méritent une mention particulière. Le Karité (Butyrospermum Parkii) y est partout excessivement commun et ses deux variétés, Shée et Mana, s’y rencontrent. La première y est cependant plus fréquente. Les habitants tirent de la noix une assez grande quantité de beurre qu’ils vont vendre à Yabouteguenda et à Mac-Carthy.
On trouve ce végétal partout, dans le Niocolo ; mais c’est surtout aux environs de Sillacounda, Diengui, Dikhoy qu’il est particulièrement abondant. Toute la plaine de Sillacounda en est littéralement couverte et nous y en avons vu des échantillons qui atteignaient des proportions fort respectables. Le karité, dans cette région du moins, ne pousse pas en forêts compactes. Les pieds sont distants les uns des autres d’environ soixante mètres. Nous croyons que, trop rapprochés, ils se développeraient moins vigoureusement. Il y aurait là matière à créer une véritable richesse agricole, forestière et commerciale pour le pays. Mais il faudrait que ceux qui s’en occuperaient fissent tout par eux-mêmes : car jamais on n’arrivera à faire cultiver par le noir aucun autre végétal que ceux qui sont susceptibles de lui donner un rendement immédiat. On n’arrivera jamais à lui faire semer une seule graine de karité.
Les lianes à caoutchouc Saba (Bambara), et Laré (Peulh), sont aussi excessivement communes dans le Niocolo. On les trouve un peu partout, mais c’est surtout sur les bords du fleuve et des marigots qu’elles sont réellement abondantes. Elles y atteignent des proportions énormes, mais je doute que jamais un noir quelconque récolte un gramme de latex de Laré, quels que soient les moyens que l’on emploie et les arguments qu’on fasse valoir pour leur conseiller ce léger travail. Ce végétal serait également très facile à multiplier dans d’énormes proportions, mais, je le répète, on n’obtiendra jamais rien de l’indigène en dehors de ce qui sort de la routine.