Climatologie. — Nous n’aurons que quelques mots à ajouter à ce que nous venons de dire sur l’hydrologie, l’orographie et la constitution géologique du sol du Dentilia, pour faire connaître quel doit être son climat. Par sa latitude et sa longitude, ce pays se place naturellement dans les climats chauds. Le régime de ses eaux, le peu de profondeur de la nappe souterraine en font un foyer de paludisme. Et si nous ajoutons que, vu la presque imperméabilité de son sol, les eaux qui tombent à sa surface n’étant pas absorbées, finissent par croupir et ne disparaissent que lentement, par évaporation due à la chaleur solaire, on sera convaincu que ce pays est peu habitable pour une race humaine autre que celle qui le possède. Le blanc ne s’y pourrait pas acclimater. Disons, en plus, que rien ne le protège contre l’action des vents. Son système orographique est presque nul, aussi est-il exposé, sans aucune défense, aux vents brûlants d’Est et de Nord-Est pendant la saison sèche, et, pendant l’hivernage, aux vents humides et malsains du Sud et du Sud-Ouest. Son climat ne diffère, en un mot, de celui des autres parties du Soudan qu’en ce que la saison des pluies y est plus longue que dans les régions septentrionales.
Flore. — Productions du sol. — Cultures. — La Flore du Dentilia est peu riche, surtout dans les plaines argileuses de l’Ouest et de l’extrême Est. Ce n’est que dans les terrains à latérite que la végétation est un peu plus active. Les bords des marigots sont également très favorisés sous ce rapport.
Le karité, qui est très rare dans les plaines de terrain argileux, est, au contraire, très abondant dans les terrains ferrugineux et à latérite. Nous en avons vu dans la plaine de Médina-Dentilia qui atteignaient des dimensions fort respectables. Beaucoup étaient en fleurs. Il y aurait là une source énorme de richesse pour le pays ; mais il faudrait avoir affaire à d’autres gens qu’à des Noirs et surtout à des Malinkés. D’une façon générale, on peut dire que ce végétal est très abondant dans les régions qu’il habite.
Les lianes à caoutchouc (Vahea), qui manquent absolument dans la région Ouest, sont très abondantes dans le reste du pays et surtout le long des marigots. On les trouve également sur les plateaux rocheux et ferrugineux. Mais elles sont moins développées dans ces sortes de terrains que dans le limon qui couvre les bords des marigots.
Mentionnons encore quelques palmiers le long des cours d’eau, quelques caïl-cédrats et surtout une énorme quantité de fromagers un peu partout. Quand nous y sommes passés, au mois de janvier, ils étaient en fleurs. Les Légumineuses sont assez rares. Nous avons remarqué cependant quelques nétés et quelques mimosées. Ces dernières se rencontrent surtout dans les plaines désertes et incultes de l’Est et de l’Ouest. Le gommier y est inconnu.
On peut dire que, dans le Dentilia, tout ce qui était cultivable est cultivé. Partout où le sol a permis de faire un lougan, le noir l’a fait. Mais c’est surtout autour des villages qu’ils sont nombreux et bien entretenus. Tout ce qui entre dans l’alimentation du noir y est cultivé, mil, arachides, maïs, etc., etc. Peu de riz, le terrain n’étant pas propice à la culture de ce végétal, mais, par contre, de beaux champs de coton et d’indigo. Autour des villages se trouvent de nombreux jardinets entretenus avec soin et où les femmes et les enfants cultivent des oignons et du tabac, dont les Malinkés sont, nous le savons, très friands.
Les lougans sont cultivés en sillons quand la quantité de terre végétale le permet ou bien en petits monticules d’environ 40 centimètres de diamètre. Toutes ces précautions sont prises pour permettre aux eaux de séjourner plus longtemps autour des semis. Ils sont parfaitement entretenus et on n’y voit aucune mauvaise herbe. Aussi les récoltes sont-elles toujours fort abondantes.
Faune. Animaux domestiques. — La Faune du Dentilia diffère peu de celle des autres pays du Soudan. Ce sont toujours les mêmes animaux. Parmi les carnassiers, le lion, la panthère, la hyène, le lynx, le chat-tigre. Les animaux non nuisibles sont représentés par les antilopes de toutes variétés, biches, gazelles, bœufs sauvages, etc., etc. Enfin, dans les régions de l’Est et de l’Ouest, on rencontre encore l’hippopotame et l’éléphant. Ce dernier commence à y devenir fort rare. Le sanglier, par contre, y est très commun. Les pintades et les perdrix grises y sont très nombreuses et leur chair est excessivement savoureuse.
Les Malinkés du Dentilia sont de grands éleveurs de bestiaux et chaque village possède un troupeau de bœufs fort nombreux. On y trouve les deux espèces, la grande et la petite ; mais la première y est plus commune que la seconde. Citons encore les moutons, chèvres et poulets, qui abondent dans tous les villages.
Populations. Ethnographie. — La population du Dentilia, sauf trois villages, est uniquement formée de Malinkés : les Diakankés y sont peu nombreux. D’après la tradition, il a été colonisé par une seule famille, les Damfakas. Venus du Manding dans le Bambouck, lors de la seconde grande migration Malinkée, avec Noïa-Moussa-Sisoko, ils se fixèrent d’abord dans le Bambougou et de là émigrèrent dans le Dentilia qu’ils peuplèrent peu à peu. La légende dit qu’étant allés un jour à la chasse aux bœufs et aux éléphants, plusieurs guerriers de cette famille avaient poursuivi à travers le Diébédougou, le Bafé et le Sirimana, un troupeau de ces gros animaux. Ils avaient traversé la Falémé aux environs du petit village de Kolia et étaient arrivés ainsi au centre du Dentilia alors complètement inhabité. Captivés par la fertilité relative du terrain et surtout par sa situation isolée qui leur permettrait d’échapper aux envahisseurs qui continuaient à venir de l’Est, ils étaient revenus par le Konkodougou dans leur pays et avaient entraîné à leur suite toute leur famille, malgré tout ce qu’avait pu faire Moussa-Sisoko pour les retenir. On dit même que celui-ci, voulant les retenir de force, avait saisi par l’oreille le chef des Damfakas, mais que ce dernier, ne voulant plus habiter le Bambougou et désirant à toutes forces s’affranchir de toute domination, fit un mouvement si brusque pour se délivrer des mains de Moussa, que son oreille resta entre les doigts de ce dernier. Ce que voyant, tous les membres de la famille s’enfuirent avec leur chef, et, guidés par leurs chasseurs, arrivèrent dans ce Dentilia, sans encombre, où ils se fixèrent. Depuis cette époque, on chante dans presque tous les tam-tams, pour perpétuer le souvenir de ce fait, une sorte de complainte dont les premiers mots sont : « Tu ne t’en iras pas, je te tiens par l’oreille ». Je n’ai jamais pu obtenir la traduction du reste. Cette légende m’a été racontée dans le Bambouck par un vieux griot de Nanifara (Bambougou).