Le Sintédougou est placé depuis 1887 sous le protectorat de la France. Il dépend du cercle de Bafoulabé. La situation y est excellente et il est absolument inféodé à notre cause. Il paye, sans récrimination aucune, le faible impôt que nous lui demandons.
La récolte de l’or est, pendant la saison sèche, la principale occupation de ses habitants. C’est à Kénieba, Saougou et Mokaiabana que se trouvent les principaux gisements. Là, le rendement est relativement faible, car l’eau vient souvent à manquer et l’on ne peut plus alors laver les sables. A Faraba, au contraire, on en récolte des quantités relativement considérables. Lorsque la Falémé, en se retirant, à la fin de l’hivernage, a laissé à découvert une assez grande étendue de terrains, les habitants creusent des puits sur les bords et en lavent la vase et les sables. Ces puits ont tout au plus deux mètres de profondeur. Un homme travaillant toute la journée gagne environ deux francs par jour, tandis que, dans les mines de l’intérieur, il ne gagnerait pas plus de soixante centimes. C’est la principale, pour ne pas dire l’unique ressource du pays.
26 janvier. — Je passai deux bonnes journées à Sansando et quittai cet hospitalier village le 26 janvier, à quatre heures et demie du matin, par une température des plus agréables. La route se fit rapidement. A un kilomètre et demi du village nous traversons le marigot de Koukokolendi-Kô : un peu plus loin, celui de Soroncolenkilé et, enfin, à cinq heures quarante-cinq, nous traversons, sans nous y arrêter, le village de Dioulafoundoundi. Le jour commence à poindre. Le soleil se lève brillant derrière la cîme du Tambaoura.
Dioulafoundoundi est un village qui n’a pas plus aujourd’hui de trois cents habitants. Son nom veut dire : « le petit Dioulafoundou », sans doute pour ne pas le confondre avec le village de Dioulafoundou, qui est situé dans le Konkodougou. Il fut construit par les premiers Sisokos qui quittèrent le Konkodougou après la conquête de ce pays par les Couloubalys et les Tarawarés. Ancienne résidence du chef, ce pays, depuis le départ de ce dernier, a vu sa population diminuer considérablement, et la plus grande partie de ses cases tomber littéralement en ruines. Il n’existe plus que quelques vestiges de l’ancien tata, qui devait être assez fort. Le chef actuel est le propre frère de Diourouba-Sisoko, le chef du Sintédougou. Il était déjà venu me saluer à Sansando.
A environ un kilomètre et demi du village, nous traversons le marigot de Diombokho et, à six heures trente, nous faisons halte dans le petit village de Soukoutola.
Soukoutola est un village d’environ deux cent cinquante habitants. C’est le dernier village du Sintédougou au Nord. Jamais je n’ai rien vu de plus sale, de plus mal entretenu, de plus Malinké, en un mot, que ce village, dont les cases et le tata tombent littéralement en ruines. Les habitants ne se donnent même pas la peine de reconstruire les toits en paille qui recouvrent leurs habitations. Ils sont d’une malpropreté repoussante et complètement abrutis, dans le sens exact du mot.
Pendant que je me reposais sous un magnifique fromager, l’arbre à palabres du village, un marabout vint me saluer et me rappela les circonstances dans lesquelles il m’avait connu. Je l’avais rencontré, en 1889, à Guénou-Goré, où il assistait de ses conseils le chef de ce village Foali qui nous avait rendu de réels services et nous était très dévoué. Je ne manquai pas de lui demander des nouvelles de son ami et il me répondit qu’il avait été bien éprouvé cette année. Il avait perdu trois de ses femmes, et la moitié de son village était morte d’une maladie qu’aucun médicament ne pouvait guérir. Lorsqu’en arrivant à Bafoulabé, j’appris combien nos troupes avaient été décimées, dès le début de la campagne, par une épidémie terrible dont la nature n’est pas encore établie d’une façon définitive, j’ai bien regretté de ne pas l’avoir su plus tôt, car je n’aurais pas manqué de me rendre à Guénou-Goré afin de constater s’il n’y avait pas quelque lien de parenté entre ces deux épidémies.
A 6 h. 45 nous nous remîmes en route ; dix minutes après, à un kilomètre du village, nous traversons le marigot de Yaranbouré qui, en cette région, forme la limite entre le Sintédougou et le Diébédougou. Peu après, nous franchissons une petite colline du haut de laquelle nous voyons se dérouler devant nous le plus splendide des panoramas. C’est la vallée de Batama. Le coup d’œil est féérique : à notre droite, toute la chaîne du Tambaoura ; à gauche, la plaine immense qui s’étend jusqu’à la rive droite de la Falémé ; en face, enfin, barrant la vallée dans le nord, le contrefort de la chaîne centrale qu’il nous faudra gravir pour arriver à Yatéra. Par une pente douce nous arrivons dans l’immense plaine. La route longe, à un kilomètre à peine, le Tambaoura, et, à huit heures dix minutes, nous arrivons enfin à Mouralia, où nous allons passer la journée.
De Sansando à Mouralia, la route suit une direction générale Nord et la longueur de l’étape est d’environ dix-sept kilomètres. On rencontre pour la parcourir de réelles difficultés. Citons d’abord les marigots dont la traversée demande de grandes précautions. Celui de Yaranbouré avec ses bords à pic et son lit de vase n’est pas d’un accès facile et demande une grande prudence. Ailleurs, la route est profondément ravinée et peu praticable pour les animaux.
Au point de vue géologique, toujours les mêmes terrains. De Sansando à Dioulafoundoundi, les argiles et la latérite alternent ; mais c’est cette dernière qui domine. A partir de Dioulafoundoundi et jusqu’à Soukoutola, nous rencontrons des argiles et du terrain ferrugineux. En quittant Soukoutola, et, après avoir traversé un vaste marécage, on arrive sur un plateau de latérite de plusieurs kilomètres de longueur où se trouvent de beaux lougans. De ce point à Mouralia, quand on est descendu dans la vallée du Batama, nous n’avons plus que de l’argile dans la plaine et des roches ferrugineuses au pied du Tambaoura. Enfin, autour de Mouralia, nous retrouvons la latérite et les sables aurifères apparaissent ; mais c’est surtout à l’Ouest du village que se trouvent les mines les plus importantes. — La végétation est peu riche et peu variée. Toute cette contrée est excessivement riche en karités de la variété Shée surtout. Citons encore quelques rares fromagers et quelques lianes à caoutchouc sur les bords des marigots. Les lougans sont, en général, maigres et mal entretenus.