Mouralia est un village Malinké de 450 habitants environ. La population sédentaire est uniquement formée de Sisokos. Quant à la population flottante ou y trouve des représentants de toutes les races qui habitent les contrées voisines. Ce sont surtout des dioulas qui s’y rendent en grand nombre pendant la saison sèche pour y acheter de l’or. Je l’avais déjà visité en 1889. Il a peu changé d’aspect depuis cette époque. J’ai constaté toutefois avec plaisir que le chef avait fait reconstruire ses cases et son tata. Quelques habitants semblent vouloir en faire autant pour leurs demeures particulières. Du tata qui entourait autrefois le village il ne reste plus que quelques vestiges. Le village est toujours aussi sale et ses habitants sont toujours aussi malpropres. Mouralia fait partie du Diébédougou. C’est, dans cette région, le village le plus septentrional.
Aux environs de Mouralia et surtout au Sud et à l’Ouest du village, se trouvent les fameuses mines d’or du Bambouck. A cette époque de l’année, on commence à peine à y travailler. Ce n’est guère qu’en février que l’exploitation bat son plein. Elle dure jusqu’au mois de Juin, époque à laquelle l’eau vient à manquer : car là encore on ne connaît pour découvrir le métal précieux que le lavage des sables. Pendant l’hivernage, on ne se livre pas à ce travail, et cela pour deux raisons : la première est que les Noirs sont alors occupés aux travaux des champs, la seconde, qui est capitale, c’est que pendant la saison des pluies l’or que l’on trouve est en très petite quantité. Les indigènes prétendent, pour expliquer ce fait, que, pendant la saison des pluies, l’or se promène et qu’on ne peut l’attraper. Cette explication fantaisiste du manque d’or dans les puits, pendant l’hivernage, a cependant sa raison d’être. Voici quelles en sont les causes, à notre avis. Tout l’or que l’on trouve dans les marigots et les sables du Diébédougou provient des montagnes environnantes. Les quartz aurifères qui sont si abondants dans le Tambaoura, se désagrégent par les grandes pluies, et les paillettes de métal sont entraînées. A la baisse des eaux, elles se déposent dans le fond des marigots et sur les sables des vallées où on les récolte. Ce qui pourrait justifier ce que nous venons d’avancer, c’est ce fait, à savoir que là où l’on en trouve le plus, c’est précisément dans les racines, le chevelu des bambous où il est plus facilement arrêté.
L’or que l’on récolte à Mouralia se présente en paillettes. Les forgerons en confectionnent de gros anneaux de 12 à 15 grammes, et c’est ainsi qu’il se trouve dans le commerce. Les pépites sont excessivement rares, et la quantité qu’en contiennent certaines roches, comme les quartz, par exemple, est absolument infime.
Quand les récoltes sont terminées et que l’on estime que l’or « ne se promène plus », de tous les coins du Diébédougou on accourt à Mouralia. Le nombre des chercheurs peut être évalué à environ un millier, et en peu de temps, sur le terrain même que l’on exploite, s’élève un village en paille beaucoup plus considérable que Mouralia lui-même. Point n’est besoin de dire que ce sont les femmes et les enfants que ce travail regarde. Du reste, dans cet étrange pays, les hommes faits sont créés et mis au monde pour ne rien faire. Le procédé d’extraction employé est des plus primitifs : on se contente, comme je le disais plus haut, de laver les sables dans des calebasses. On comprend aisément combien doit être grand le déchet. A l’Ouest de Mouralia surtout, le sol est absolument bouleversé, creusé d’un grand nombre de puits d’où l’on extrait le sable aurifère, et fouillé dans toutes les directions. Le rendement est très peu lucratif, et un bon travailleur ne gagne pas plus, en moyenne, de 1 fr. à 1 fr. 30 par jour. Ils auraient plus de bénéfice à cultiver leurs lougans avec plus de soin et à en augmenter la superficie.
La chaîne de collines du Tambaoura qui traverse tout le Bambouck du Nord-Ouest au Sud-Est, peut être comparée, dans son ensemble, à une véritable arête de poisson dont le corps serait formé par la partie centrale, la queue par la partie Nord, et la tête par le massif du Koukodougou. Dans sa partie centrale, en effet, le Tambaoura émet, à l’Ouest et à l’Est, de nombreux contreforts qui forment les systèmes orographiques du Bambougou, du Kouroudougou, du Diébédougou et du Kamana. Elle traverse le Tambaoura, le Diabeli et le Diébédougou. Au Sud, elle s’épanouit en un massif, un nœud que l’on peut regarder comme une véritable dilatation du Tambaoura. Cette partie du système orographique du Bambouck porte le nom de Kouroudougou. De ce massif se dirige, vers le Sud, une série de collines, d’arêtes qui viennent mourir dans le Dialloungala. Ce sont ces collines, ces arêtes qui forment le système orographique du Koukodougou. La direction de ces collines est en éventail, de l’Est à l’Ouest et tournée vers le Sud. En certains points, elles se rejoignent, se confondent pour former de véritables massifs secondaires, dont les principaux seraient ceux de Dumbia à l’Est, de Tombé au Sud-Est, et de Kéniéba au Sud-Ouest. Ces massifs secondaires sont réunis entre eux par une chaîne ininterrompue de collines relativement élevées et absolument à pic.
Véritable falaise de 150 à 200 mètres de hauteur, elle forme de Tombé à Kéniéba une muraille d’où naissent, au Sud, les vallées que laissent entre elles les collines émanées du Kouroudougou. Deux trouées seulement permettent, au Sud, de franchir cette gigantesque barrière. Ce sont les trouées de Tombé et de Linguékoto. La route y est très mauvaise pour les piétons, comme pour les animaux. Au Nord, nous trouvons également deux passages : l’un à l’Ouest, par la vallée de Batama et le col de Dioulafoundoudi, l’autre à l’Est par Kobato et Dioulafoundou. Cette dernière route est exécrable et présente de grandes difficultés.
Dans sa partie Nord, la chaîne centrale du Tambaoura se divise en deux branches principales dont l’une, dirigée à l’Est, traverse le Niambia et le Natiaga et vient se rejoindre aux collines qui longent la rive gauche du Sénégal. La seconde, la plus importante, continue la chaîne origine et vient se terminer après avoir traversé le Niagala au plateau du Félou non loin de Médine. Elle émet de nombreux contre-forts à l’Est et à l’Ouest dans le Niambia, le Natiaga, le Kamana et le Niagala ; un de ces contre-forts se termine non loin de Khayes par la montagne de Paparaha. Le plateau sur lequel est construit Médine fait aussi partie de ce système orographique auquel se rattachent, du reste, les collines de toute cette partie du Soudan.
Le Tambaoura a dans toute sa longueur l’aspect d’une véritable falaise à pic, absolument abrupte, stérile et inhabitée. Son plateau est absolument dénudé, et ses flancs profondément ravinés. Les grandes pluies d’hivernage entraînent, en effet, dans les plaines, le peu de terre végétale qui pourrait s’y former. En certains endroits, les roches qui le forment sont disposées en assises régulières, en d’autres, au contraire, c’est un chaos absolument indescriptible. Les éléments géologiques que l’on y trouve sont des plus variés ; mais ce sont les grès, les quartz et les schistes qui y dominent. Les conglomérats ferrugineux se rencontrent de préférence au pied de cette immense falaise. Toutes ces roches contiennent plus ou moins de fer. Le granit y est peu abondant. On ne l’y trouve jamais en bancs prolongés, mais simplement sous forme de blocs erratiques, isolés au milieu des grès ou des quartz. La plupart des roches du Tambaoura sont usées, limées par les eaux et souvent affectent les formes les plus étranges et les plus fantastiques.
Je fus très bien reçu à Mouralia, et le chef, qui m’avait de suite reconnu, me fit mille prévenances et ne nous laissa manquer de rien. Je passai dans son village une excellente journée. Tous les dioulas qui s’y trouvaient vinrent me saluer et parmi eux il s’en trouvait quelques-uns que je connaissais depuis longtemps déjà pour les avoir rencontrés à Khayes, Bakel ou Médine. Dans la soirée, j’envoyai un courrier à Yatéra pour y annoncer mon arrivée pour le lendemain.
27 janvier. — Nuit très chaude. Brise de Nord-Est. Ciel bas et couvert. Chaleur lourde. Au lever du soleil, ciel couvert. Quelques gouttes de pluie. Chaleur étouffante. C’est le petit hivernage qui commence. Ma santé est toujours aussi précaire et j’ai presque tous les jours des accès de fièvre que la quinine n’arrive même plus à combattre. Il est temps que j’arrive dans un centre européen. Je n’en puis plus.