28 janvier. — La nuit a été très fraîche, il a fait une forte brise d’ouest. Légère pluie vers quatre heures du matin. Au lever du jour, ciel couvert et bas. Soleil voilé pendant deux heures environ, il tombe de temps en temps quelques gouttes de pluie. Température assez bonne, buée épaisse à l’horizon. Les préparatifs du départ sont lestement faits et, à six heures précises, nous nous mettons en route, il fait à peine jour, tant le ciel est couvert. Nous marchons rapidement ; à 6 h. 30, nous franchissons un premier contre-fort du Tambaoura et, à 6 h. 50, nous traversons le marigot de Sansan-Kô, dont le lit est formé de quartz et de sables aurifères. La même roche se trouve sur ses rives, et quand nous y passâmes, il commençait à s’y élever quelques huttes de chercheurs. Ce placer est surtout exploité par les habitants de Yatéra. Dix minutes plus loin et nous sommes au petit village de Malaoulé.

Malaoulé est un village d’environ 150 habitants. Il est uniquement habité par les captifs de Cané-Mady, chef de Yatéra : ils cultivent là ses lougans pendant la saison des pluies et extraient l’or du Sansan-Kô pendant la saison sèche. Il est situé dans une petite vallée, comprise entre deux contreforts du Tambaoura.

A 7 h. 30 nous franchissons le contrefort qui limite au Nord cette petite vallée, et à 8 h. nous sommes à Koudoréah, où nous faisons une halte d’un quart d’heure.

Koudoréah est un village Malinké de 350 habitants. Inutile de dire que c’est la quintessence de la malpropreté. Il ne possède pas de tata extérieur. Les cases du chef sont entourées d’un petit tata fort mal entretenu, comme tout le village du reste. Koudoréah est situé sur un plateau rocheux où l’on rencontre par ci par là quelques ilots de terre végétale. A quelques centaines de mètres du village, nous arrivons sur la crête du versant Nord de ce plateau qu’il va falloir descendre. Ce passage nous prend environ trois quarts d’heure, pendant lesquels nous n’avons marché qu’à travers les rochers les plus escarpés. Enfin tout se passe sans incidents et à 9 h. 15 nous sommes à Guibourya.

La route de Yatéra à Guibourya suit une direction Nord et la distance qui sépare ces deux villages est environ de 13 kilom. 500. Elle est littéralement hérissée d’obstacles et de difficultés. Je n’en ai jamais rencontré de plus mauvaise. Le passage du marigot de Sansan-Kô est très facile. Il n’en est pas de même des contreforts du Tambaoura que l’on a à franchir. A 2 kilom. 1/2 de Yatéra, il faut descendre dans un profond ravin, par un sentier abrupt, absolument transformé en escaliers. Ce passage a environ 800 mètres de longueur. A trois kilomètres de Malaoulé, nous trouvons un second passage aussi difficile. Il mesure à peu près un kilomètre de longueur. Mais celui qui, de tous, offre le plus de dangers, surtout pour les animaux, c’est celui de Koudoréah. Ce n’est qu’une succession de véritables falaises qu’il faut escalader, des sentiers hérissés de roches glissantes où on n’avance qu’à grand peine et en prenant mille précautions. Tout cela est absolument à pic.

Au point de vue géologique, nous avons fort peu d’argiles ; dans les vallées, presque partout la latérite alterne avec le terrain ferrugineux. Les collines sont surtout formées de quartz, de roches et de conglomérats. Mentionnons également quelques grès. Les schistes font absolument défaut. Pas de trace de terrain ardoisier.

La flore y est d’une pauvreté remarquable, surtout sur les plateaux et les montagnes. Elle est un peu plus riche dans les vallées, mais pas plus variée. Mentionnons particulièrement de nombreux karités, des lianes à caoutchouc, fromagers, nétés et quelques caïls cédrats. Les flancs des collines sont, en général, couverts de bambous.

Guibourya, où nous faisons étape, est un village Malinké de 500 habitants environ. C’est le dernier village du Diébédougou, dans le Nord. Il est construit au milieu d’une vaste plaine que limite au Nord la chaîne principale du Tambaoura et au Sud le versant du plateau de Koudoréah. Il est un peu moins sale que la plupart des villages Malinkés, mais toute sa partie moyenne est en ruines. De telle sorte qu’il est divisé en deux parties égales. Il ne reste plus que des vestiges de l’ancien tata qui l’entourait. Le tata du chef est assez bien entretenu, il en est de même de deux autres petits tatas particuliers. Il fait une journée assez agréable comme température, mais triste. Le ciel est couvert, le soleil voilé. Forte brise d’Ouest. Nous sommes en plein petit hivernage. Nous ne tarderons pas à avoir quelques pluies.

Notes sur le Diébédougou. — Le Diébédougou, que nous venons de traverser, est l’Etat Malinké le plus important du Bambouck. Il se compose de deux provinces, le Diébédougou à proprement parler et le Kouroudougou. Sa superficie est environ de 2500 kilomètres carrés et il est relativement très peuplé. Il ne comprend pas moins de 51 villages dont la population forme un total d’environ 18,000 habitants. La densité est à peu près de 7,2 habitants par kilomètre carré. Dans sa partie Est, qui est traversée par le Tambaoura, c’est un pays de montagnes, et sa partie ouest, qui touche à la Falémé, est un pays de plaines. Il est médiocrement arrosé par des marigots qui sont pour la plupart tributaires de la Falémé ou du Bafing. Le Tambaoura en cette région forme la ligne de partage des eaux entre les bassins de ces deux rivières. Voici la liste de ses villages :

Kassama (résidence du chef du pays.).Dangoutakolé.Oundouman.
Salingui.Yateria.Betea.
Kolobo.Malaoulé.Batama.
Kéniéko.Bambadigua.Sitakili.
Lagola.Anguira.Koulaya.
Linguékoto.Diakouba.Bokobokoto.
Kobokoto.Kama.Gounganko.
Koudoréah.Faracounda.Mali.
Guibourya.Kouffara.Diomfare.
Diantissa.Dialadiou.Diodan.
Bourama.Sékoto no 1.Kegnoto.
Kembélé.Sékoto no 2.Médina.
Fabakaya.Sékoto no 3.Dembala.
Dialakegui.Sansanko.Sagala.
Guénobanta.Sébédougou.Dabara.
Kénédiguato.Goudofara.Balou.
Yatia.Mouralia.Sekonomata.