La population de ces différents villages est uniquement formée de Malinkés appartenant à la famille des Sisokos. Il est bien entendu que nous ne nous occupons là que de la famille à laquelle appartient le pays. Nous ne parlons nullement des captifs. Les chefs de village appartiennent tous à cette ancienne famille. Les Sisokos du Diébédougou descendent, par les femmes, de Noïa-Moussa-Sisoko, le grand colonisateur du Bambouck. Ils ont donc usurpé un nom qui ne leur revenait pas de droit. La légende nous apprend, en effet, que la seule fille qu’eut Moussa se maria avec un Couté, qui en eut cinq fils qui s’établirent dans le Diébédougou. C’étaient : Sountou-Bouri, Sountou-Ali, Kandio, Sila-Maka et Famalé. Famalé fut le chef de cette nouvelle colonie et, depuis cette époque, tous les chefs du Diébédougou prirent le nom de Famalé.

Le Diébédougou est placé sous le protectorat de la France et dépend du cercle de Bafoulabé. L’autorité du chef est vigoureusement contrebalancée par celle du chef de Yatéra, Cané-Mady-Sisoko, qui réunit autour de lui la plus grande partie des villages du Diébédougou. Ils vivaient presque en état d’hostilité ouverte lorsqu’en 1889 le capitaine Quiquandon, agissant conformément aux ordres de M. le commandant supérieur du Soudan Français, les réconcilia et fit jurer obéissance à Famalé par tous les chefs des villages dissidents. Il n’y eut que le village de Kénioto qui s’y refusa, malgré tout ce que nous fîmes pour le ramener à de meilleurs sentiments. Il fallut le bombarder et le brûler. Les habitants s’enfuirent, mais peu après vinrent à Guénou-Goré dans le Konkodougou faire leur soumission. Ordre leur fut donné d’aller habiter à Kassama ; mais l’année suivante ils furent autorisés à reconstruire leur village. Depuis cette époque, les affaires se sont de nouveau brouillées et, actuellement, Gané-Mady est regardé, même par l’autorité française, comme le chef, sinon de droit, mais de fait d’une partie du Diébédougou. Ainsi c’est lui qui est chargé de faire rentrer l’impôt des villages qui lui obéissaient jadis et qui ont recommencé à méconnaître l’autorité de Famalé. Pour le bien du pays, il serait bon que cet état de choses fût promptement modifié et que le vrai chef du pays soit rétabli dans tous ses droits et prérogatives. Je me hâte de dire que Mané-Mady ne fait rien de contraire au serment qu’il a prêté et qu’il est le plus humble des sujets de Famalé. Kassama est la résidence de ce dernier. C’est un gros village où le docteur Collin, un des premiers explorateurs du Bambouck, s’était établi en 1887, lorsqu’il est allé prospecter ce pays au point de vue commercial. Les officiers français y sont très bien vus et Famalé serait très heureux si nous y établissions un poste militaire. Pendant le séjour que nous y avons fait en 1889, il a souvent, devant nous, manifesté ce désir au capitaine Quiquandon, le chef de notre mission.

29 Janvier. — Je quittai Guibourya à 5 h. 45 du matin par une température très douce. Il a plu une partie de la nuit. A un kilomètre et demi du village environ, nous traversons le marigot de Gara-Kô et à 7 h. 45 nous faisons halte au petit village de Kéniéti, où j’avais promis de m’arrêter.

Kéniéti est un petit village de Malinkés de la famille des Fofanas. Il n’a pas plus de 150 habitants et fait partie du petit État de Diabéli. Il est construit au pied du Tambaoura, comme, du reste, tous les villages de cette région, et est démuni de tata. Seules les cases du chef sont construites dans une petite enceinte qui est en assez bon état. Le reste du village est assez mal entretenu. Hier, le chef m’avait envoyé son frère à Guibourya pour me saluer et m’inviter à aller passer la journée dans leur village. Je le remerciai et lui promis que, ne pouvant pas y rester aussi longtemps, je m’y arrêterais en passant. A peine étions-nous arrivés que ce brave homme vint me saluer et fit apporter du couscouss pour les hommes. Je les laisse manger et n’absorbe que deux verres d’un excellent lait. A huit heures nous nous remettons en marche, après avoir chaudement remercié le chef de sa bonne réception et lui avoir fait un petit cadeau.

En quittant Kéniéti, nous traversons, à environ un kilomètre du village, un second village en construction. Ce sont les habitants du premier qui, se trouvant à l’étroit, s’agrandissent de ce côté. Une heure après, nous sommes à Guénobanta, où nous ferons étape aujourd’hui. Un peu avant d’y arriver, on traverse un petit marigot, le Yagoudoura-Kô, sur les bords duquel se trouvent de belles plantations de tabac.

De Guibourya à Guénobanta, la route ne présente absolument aucune difficulté. Elle longe tout le temps le flanc Ouest du Tambaoura et traverse une vallée absolument plane qui s’étend de la montagne à la Falémé. La direction est Nord et la distance qui sépare ces deux villages est de 15 kilomètres environ.

Au point de vue géologique, nous n’avons presque partout que de la latérite. Les argiles ne se montrent qu’aux environs des marigots, mais en petites bandes fort étroites. Pas de schistes. Par contre rien que des quartz fortement colorés en rouge par de l’oxyde de fer. Les roches et conglomérats ferrugineux sont peu abondants. Le Tambaoura est là uniquement formé de quartz qui sont aurifères en certains endroits.

La flore est peu variée. Toujours beaucoup, beaucoup de karités (variété Shée). Les lianes à caoutchouc sont rares. A signaler encore quelques beaux caïl-cédrats, nétés, baobabs et fromagers. Les mimosées ont fait leur apparition et en maints endroits sont fort communes.

Guénobanta est un village de Malinkés Sisokos dont la population est tout au plus de trois cents habitants. Il est situé au pied du Tambaoura, sur un petit monticule peu élevé. Il ne possède pas de mur d’enceinte. Seules, les cases du chef sont entourées par un petit tata en assez bon état. Il est fort mal entretenu et cela tient à ce que les habitants sont des Malinkés d’abord, et, en second lieu, à ce qu’ils passent tout leur temps à chercher l’or dans les environs. C’est la résidence du chef du Diabéli.

Le Diabéli est un petit Etat Malinké situé aux pieds du Tambaoura. Il appartient à la famille des Sisokos, qui y forment quatre villages.