Je suis assez bien logé, malgré tout, sur la place principale du village, en face l’arbre à palabres qui disparaît littéralement sous une gigantesque liane Saba.
Le village est construit sur un petit monticule qui s’élève au pied du Tambaoura et qui domine une plaine où se trouvent de superbes karités.
Le Tambaoura, dont Dialafara est la capitale, est un petit État Malinké qui doit son nom à la chaîne de montagnes aux pieds de laquelle il s’étend. C’est un des pays les plus riches en or du Bambouck. Il a pour chefs des Sisokos. Mais on y trouve aussi d’autres familles Malinkées. D’après la légende il fut d’abord peuplé par des Keitas, des Guétas, des Dabos et des Tarawarés. Ces quatre familles Malinkées vinrent s’y établir à peu près à l’époque de la grande migration de Koli-Tengrela. Les Sisokos ne vinrent que plus tard et soumirent les premiers à leur autorité. Ils furent conduits à la conquête de ce pays par Bandé-Maka, un des nombreux fils de Moussa-Sisoko. Depuis cette époque, ils y ont toujours régné en maîtres. Le Tambaoura a été placé sous le protectorat de la France par le gouverneur Faidherbe, en 1858. Il fait partie actuellement du cercle de Khayes et acquitte assez régulièrement l’impôt qui lui est demandé. Il est peu peuplé et n’a que dix villages qui ne comptent pas plus de 2,500 habitants. En voici les noms par famille :
1o Villages Sisokos : Dialafara, Bouroudela, Kama, Diokéba, Galadio.
2o Village Keita : Salingui.
3o Village Guéta : Samafaradala.
4o Village Dabo : Dangara.
5o Villages Tarawarés : Boubou, Sokoto.
La densité de la population, dans le Tambaoura, n’est pas plus de 1,5 habitant par kilomètre carré.
A peine suis-je installé dans ma case, que les frissons que j’avais éprouvés tout le long de la route ne font qu’augmenter. Je suis obligé de me coucher aussitôt. Toute la journée, j’ai eu une forte fièvre, et ce n’est que le soir que, me sentant un peu mieux, je pus rédiger mes notes. Je suis arrivé à Dialafara un bien mauvais jour pour un malade. C’est, en effet, aujourd’hui que rentrent dans leurs familles les jeunes filles qui ont été circoncises. Aussi, jusqu’à la nuit, ce n’a été dans le village que chants, cris, beuglements, tam-tams, coups de fusil. Le soir, j’en avais la tête absolument brisée. De plus, il fait un véritable temps d’hivernage. Chaleur lourde et orageuse, et pluie abondante dans la soirée. Elle est venue à temps pour mettre en fuite le tam-tam et me permettre un peu de reposer pendant la nuit.