Pendant toute la durée de leur traitement, ils sont soumis à la discipline la plus sévère. Ils ne peuvent et ne doivent rien faire en dehors de leurs camarades. Ainsi, si l’un d’eux se permet de chanter, seul, par exemple, immédiatement le surveillant lui inflige une correction ou simplement le force à chanter pendant trois ou quatre heures sans interruption. Ils doivent tout faire ensemble, manger, chanter, jouer, aller à la promenade, etc., etc.

Celui qui est opéré le premier est appelé le chef des circoncis de l’année, celui qui l’est le dernier doit servir de domestique aux autres pendant toute la durée de leur claustration. Ainsi, c’est lui qui leur porte leur calebasse de couscouss, qui va chercher l’eau nécessaire aux pansements, etc., etc. Il n’y a pour cela aucune considération de caste ou de famille. Tous sont égaux pendant ce laps de temps.

A proprement parler, il n’y a pas un âge fixe auquel se pratique la circoncision. Tout d’abord cela serait assez difficile ; car le noir ignore son âge, celui de sa femme et celui de ses enfants. Il est des garçons qui ne se laissent opérer que peu de temps avant leur mariage, c’est-à-dire de 20 à 25 ans, il en est d’autres, au contraire, qui le sont plus jeunes. Mais d’une façon générale, on peut dire que c’est de 14 à 17 ans que se pratique généralement sur les hommes cette opération ethnique.

2o Circoncision chez la femme. — Toutes les peuplades de la Sénégambie et du Soudan, à l’exception toutefois des Ouolofs, pratiquent aux femmes, quand elles atteignent l’âge de puberté, une opération analogue à la circoncision chez les garçons. On y procède habituellement, après l’apparition des premières règles, jamais avant. Il existe même certaines familles Malinkées et Ouassouloukées chez lesquelles les femmes ne sont soumises à cette opération que lorsqu’elles ont eu leur premier enfant.

Chacun sait que les négresses ont les petites lèvres fort développées. Tout le monde a entendu parler plus ou moins du « tablier des hottentotes ». L’opération première et son véritable but étaient de sectionner cette partie de leurs organes génitaux. Mais l’opération étant toujours mal faite on en est venu à couper également tout ou partie du clitoris. Telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui, elle consiste donc à supprimer toute la partie des petites lèvres qui dépasse les grandes et à faire l’ablation complète ou partielle du clitoris. Voici comment cela se pratique.

La patiente est étendue sur le dos, les jambes fléchies sur les cuisses et les cuisses relevées et perpendiculaires à l’axe du corps. Un billot, généralement un pilon à couscouss, est placé sous le sacrum pour faire fortement saillir le pubis. Ces préparatifs achevés, l’opérateur, qui est toujours une femme de forgeron, procède à l’opération à l’aide d’un petit couteau à lame très mince, très étroite et bien aiguisée. L’opération est faite avec si peu de soins que le clitoris est toujours sectionné en partie ou en totalité. Chez les Bambaras, c’est une condition sine quâ non de bonne opération. Ils sont imbus de cette idée que si elle n’était pas ainsi pratiquée ils mourraient inévitablement. Aussi ne verra-t-on jamais un Bambara épouser une Ouolove parce que, disent-ils « la Ouolove a un dard qui, s’il les piquait au ventre, les ferait infailliblement mourir. »

Les filles ou femmes qui viennent d’être opérées sont soumises aux mêmes pratiques que les garçons jusqu’à ce qu’elles soient guéries. Par exemple, elles ne sortent que deux fois par jour, le matin et le soir, pour se baigner. Elles sont surveillées par les matrones et doivent dormir étendues sur le dos, les jambes légèrement écartées.

La circoncision, aussi bien pour les femmes que pour les hommes, se pratique généralement un mois et demi ou deux mois avant l’hivernage. Mais il n’y a rien d’absolument fixe à ce sujet. C’est l’occasion de grandes fêtes, tam-tams, coups de fusil, danses, etc., etc., et d’agapes monstres. Chez les Bambaras et les Malinkés, qui font usage de boissons fermentées, c’est une des plus grandes soûleries de l’année. On fabrique, pour la circonstance, d’énormes calebasses de dolo (bière de mil), et l’on ne cesse de boire que lorsqu’il n’y a plus rien à absorber ou que tout le monde est ivre-mort.

Chez les musulmans, qui ne font point usage de boissons alcooliques, on se contente d’engloutir force calebasses de couscouss et de dévorer moutons, bœufs, poulets et chèvres. Dans certains villages toutes les provisions y passent.

J’avais l’intention de ne rester qu’un jour à Dialafara, mais je fus obligé d’y passer encore la journée du 31 janvier ; car l’accès de fièvre que j’avais eu la veille m’avait tellement affaibli que j’aurais été absolument incapable de faire l’étape.