L’eau des puits de la région Sud et de la région Sud-Est est moins bonne. Disons tout d’abord qu’on la trouve à une profondeur moins grande, 12 à 15 mètres environ. Là, la disposition des couches varie un peu. Nous trouvons, en effet : 1o une première couche de latérite que recouvre parfois une couche assez épaisse d’humus ; 2o couche rocheuse formée de grès et de quartz, et, en quelques endroits très rares, de gneiss ; 3o couche d’argiles ; 4o couche de sables non constante et toujours peu épaisse ; 5o enfin une couche d’argiles limoneuses sur laquelle repose la masse d’eau souterraine. Il résulte de ces dispositions que l’eau de ces puits a souvent un aspect blanchâtre et un goût terreux très prononcé. Malgré cela, bouillie et filtrée, elle est encore potable. Comme on le voit par la description qui précède, le sol du Ouli appartient au système géologique du Ferlo et du Bondou dans le Nord. Au Sud, c’est le commencement des terrains que nous retrouverons dans le Sandougou et le Ouli.

Sol.Production du sol.Cultures. — La constitution géologique du sol nous apprend quelle doit être la flore du Ouli. En effet, au Nord, nous ne trouvons, ainsi qu’à l’Est, que des essences absolument rachitiques. Seuls, à l’Est, les bords de la Gambie sont couverts d’une belle végétation. Mais c’est à peine si elle s’étend à quelques centaines de mètres du fleuve. Pas de futaies, on dirait que le sol n’est pas assez fort pour nourrir ce qui vit à sa surface. Arbres tordus, aux formes bizarres, étranges, herbes maigres, minces, ténues, brûlées par le soleil avant d’être arrivées à leur complet développement, tel est l’aspect que présentent ces deux parties du Ouli. Au Nord, les Acacias, les Mimosées abondent. C’est avec quelques Ficus tout ce que nous trouvons de plus important à signaler. Nous retrouvons absolument la flore pauvre du Bondou.

A mesure que nous avançons dans le Sud, elle se modifie profondément, et, déjà, aux environs de Goundiourou et de Siouoro, nous voyons apparaître des végétaux d’une taille plus élevée. On rencontre quelques rares Caïl-Cédrats[10] et quelques belles Légumineuses ; mais il faut arriver jusqu’à Sini pour voir se développer la belle flore des tropiques. Déjà aux environs de ce village, nous trouvons quelques beaux Ficus, et à Sini même, dans la cour du chef, se dresse un superbe N’taba (Sterculiacée). A partir de Sini, la végétation devient de plus en plus puissante, Caïl-Cédrats, N’tabas, Ficus, Bambous gigantesques, Légumineuses énormes y viennent à merveille, et lorsque l’on arrive sur les bords de la Gambie, on est stupéfait en voyant les dimensions que prennent les végétaux qui y croissent. En résumé, la flore du Ouli tient à la fois de celle de la région des steppes Sénégambiennes et Soudaniennes et de celle des régions tropicales des rivières du Sud.

Les productions du sol, dans de semblables conditions, doivent varier considérablement. Dans les régions du Nord et de l’Est, à part Tambacounda, Licounda et Goundiourou, le reste du pays est peu cultivé. La région Est est absolument inhabitée, stérile et inculte. Les villages du Nord sont entourés de lougans de mil[11]. Les variétés qui ne demandent que des terres faibles y sont surtout cultivées. Outre le mil, nous y rencontrons encore le maïs, mais en petites quantités, enfin quelques rares lougans d’arachides, bordés par de nombreux pieds d’oseille indigène. Dans les petits jardins qui entourent les villages, se trouvent de belles plantations de tabac, de tomates indigènes. Mentionnons aussi quelques lougans de coton. — Autrement plus riches sont les cultures dans la région du Sud. Lougans immenses de mil, d’arachides[12] se rencontrent à chaque instant. Les variétés de mil les plus riches y sont cultivées surtout aux environs des villages Peulhs. Les arachides y abondent et sont très estimées dans le commerce. Le coton forme un des principaux produits du pays et on en récolte assez pour que les tisserands soient occupés, toute l’année, à fabriquer ces petites bandes d’étoffes qui, dans ces régions, servent de monnaie pour les transactions commerciales. Citons encore le maïs, en général peu cultivé, enfin le riz dont les plantations commencent à apparaître à Tambacounda et à Nétéboulou, mais qui n’a pas encore l’importance que nous lui verrons dans le Sandougou. Autour des villages, on cultive du tabac, tomates, gombos[13], oseille, et Cucurbitacées les plus variées, diabérés, oussos, indigo, etc., etc. Comme on le voit, les cultures sont assez variées dans le Sud du Ouli ; mais la production n’est pas encore ce qu’elle pourrait être. Cela tient à ce que là, comme partout ailleurs, au Soudan, le noir est esclave de la routine et des préjugés superstitieux de sa race. Aussi est-ce toujours, malgré tout ce que l’on peut dire, les mêmes procédés tout à fait primitifs et absolument insuffisants, qu’ils emploient.

Faune.Animaux domestiques. — La faune est moins riche que dans bien d’autres parties du Soudan. A l’Est, dans cette partie du Ouli déserte qui confine au Tenda, on trouve l’éléphant assez fréquent. Seules les populations du Tenda se livrent à sa chasse, qui est assez fructueuse. Ils mangent sa chair et échangent les défenses d’un ivoire très fin et d’excellente qualité, contre le sel, les kolas, étoffes, etc., etc., qu’ils trouvent soit à Mac-Carthy, soit à Bathurst. Le sanglier y est très abondant, mais on ne le chasse pas. Les habitants, étant musulmans pour la plupart, ne mangent pas sa chair. Dans le fleuve et les marigots, les hippopotames vivent en grand nombre. Ils sont également l’objet d’une chasse suivie. Les habitants en mangent la chair et vendent les défenses. Dans les autres parties du Ouli, on rencontre parmi les carnassiers : le guépard, le lynx, le chat-tigre. Parmi les animaux, nous citerons la gazelle, la biche, le singe vert, le rat Daman et quelques rares Hyrax. L’antilope fait absolument défaut. — Mentionnons enfin une grande variété d’oiseaux de toutes sortes aux plumages les plus variés et les plus colorés. La perdrix grise, l’outarde, la tourterelle, le pigeon, la caille de Barbarie sont les principaux oiseaux que l’on y peut chasser pour leur chair : elle est assez bonne.

Les animaux domestiques y sont relativement nombreux et l’objet de soins particuliers. Les Ouolofs et les Peulhs élèvent une grande quantité de bœufs, petits mais de bonne qualité. Le Malinké, proprement dit, n’en élève que fort peu. Je n’ai jamais pu savoir pourquoi. « Ils ne savent pas faire », disent-ils. Par contre, on trouve dans leurs villages, en grande quantité, chèvres, moutons etc., etc. Les poulets abondent dans toutes les régions et il est même quelques villages qui élèvent quelques canards de Barbarie. Les chiens sont très nombreux. Dans tous les villages, ce sont les agents les plus actifs de la voirie. Les chats sont en bien plus petit nombre. Le noir, en général, n’aime pas cet animal.

Populations.Ethnologie. — Le Ouli est loin d’être aussi peuplé que le voudrait son étendue. Cela tient à la fois aux guerres antérieures qu’il a eu à soutenir contre les Sissibes du Bondou, à sa mauvaise administration et à la passion qu’ont pour les captifs les Malinkés qui le gouvernent. Il est habité par des Malinkés proprement dits, des Malinkés Musulmans, des Ouolofs, des Peulhs et des Sarracolés. Le territoire appartient aux Malinkés. Sa population peut s’élever au grand maximum à dix mille habitants environ, soit deux habitants par kilomètre carré.

1o Malinkés proprement dits. — Si l’on en croit la légende, les premiers Malinkés qui habitèrent le Ouli y vinrent à la suite de Siré-Birama-Birété, l’un des lieutenants de Soun-Djatta, le grand héros du Manding. Cette première invasion se perd dans la nuit des temps, et il nous est impossible de lui assigner une date quelconque. Ils quittèrent les bords du Niger et vinrent se fixer dans cette partie du Soudan dont ils avaient entendu vanter la fertilité et la richesse en gibier. On ne trouve plus trace dans le pays de ces premiers colons et tout porte à croire qu’ils en ont été chassés par les Malinkés qui s’y trouvent maintenant et qu’ils franchirent la Gambie pour aller se fixer dans le Ghabou, aujourd’hui Fouladougou, d’où les chassèrent dans cette seconde partie du siècle les Peulhs de Moussa-Molo et de son père. La seconde migration Malinkée est de date plus récente. Elle eut lieu à la suite des guerres perpétuelles que leur faisaient les almamys du Bondou. Les Ouali ou Oualiabés, les chefs actuels du pays, habitaient autrefois le Bondou sur les deux rives de la Falémé aux environs des villages actuels de Tomboura et de Sansandig. Continuellement en butte aux attaques des Almamys, qui, sous prétexte de religion, les pillaient et les rançonnaient sans merci, ils émigrèrent en masse et un beau jour vinrent se fixer avec plusieurs autres familles dans le Ouli, d’où ils chassèrent les premiers habitants. Ils sont depuis restés les maîtres du pays. Autour d’eux, vinrent dans la suite se fixer d’autres familles qui émigrèrent du Bambouck. C’est ainsi que dans le Ouli, outre les Oualiabés, nous trouvons des Camaras, des Damfas, des Bamés, N’Dao, Nanki, Guilé, Néri, Diata. Ces derniers habitaient jadis les bords de la Falémé, au village de Kakoulou. Paté-gaye, fils de l’almamy Maka-Guiba du Bondou vint un beau jour sans aucun motif attaquer leur village et s’en empara. Ceux des habitants qui échappèrent au massacre ou ne furent pas faits captifs quittèrent le pays et vinrent fonder le village de Tambacounda. Quand ils arrivèrent dans le pays, ils ne trouvèrent là qu’une seule case, un seul captif qui y faisait ses lougans. Ils lui demandèrent l’hospitalité et ainsi s’éleva le village de Tambacounda du nom du captif qui les avait recueillis. Counda en Mandingue du sud signifie village : Donc, Tambacounda veut dire : « village de Tamba ». Ces Malinkés sont encore appelés Contoucobés ; mais leur nom véritable est Diata. La plupart des familles qui vinrent dans le Ouli, à la suite des Oualiabés, habitent actuellement les mêmes villages et se sont presque fondues entre elles. D’autres, au contraire, et c’est le petit nombre, ont formé des villages particuliers. Voici, du reste, les noms des villages Malinkés proprement dits du Ouli avec les noms des familles qui les habitent.

Plusieurs villages de Malinkés, proprement dits, sont actuellement en ruines et inhabités. Les habitants sont allés se fixer dans les autres villages. Ce sont :