Les Malinkés du Ouli sont ce que nous les avons toujours vus partout : sales, puants, dégoûtants, fainéants et ivrognes. Ils n’ont qu’une pensée, qu’un but, ne rien faire et s’enivrer. Aussi, pour atteindre ce but, ne cherchent-ils qu’une chose, avoir, par tous les moyens possibles, assez de captifs pour faire cultiver leurs lougans. Je ne crois pas exagérer en disant, qu’à part les grandes familles, les autres sont plus ou moins captifs les unes les autres. Avant qu’ils soient soumis à notre autorité c’étaient des pillards de première classe. Tambacounda avait, sous ce rapport, une célèbre réputation. Le malheureux dioula qui s’y aventurait y était toujours dévalisé et souvent roué de coups. Depuis qu’ils nous obéissent, la sécurité règne dans le pays.

Les villages sont mal entretenus et tombent en ruines. Toujours, par paresse, les tatas ne sont plus que des décombres. Ils sont, du reste, devenus inutiles depuis notre occupation. Les rues des villages sont absolument dégoûtantes, et, si les chiens ne se chargeaient pas de les nettoyer, ce serait partout une véritable infection. Il y a sous ce rapport beaucoup à faire. En résumé, le Malinké est fort peu intéressant quand on l’étudie chez lui.

2o Malinkés musulmans. — Outre les Malinkés dont nous venons de parler, il en est d’autres que l’on désigne sous le nom de « Marabouts » parce qu’ils pratiquent la religion de l’Islam. Sont-ce bien des Malinkés convertis simplement à la religion du prophète ? nous en doutons ? Ils n’ont absolument rien du Malinké, ni les mœurs, ni les habitudes, ni même la saleté. Leurs traits sont fins et rappellent ceux du Peulh ou du Toucouleur. Ils n’ont rien du visage simiesque du Malinké. En outre, leurs villages sont plus propres, mieux entretenus et diffèrent absolument de ceux des Malinkés proprement dits. Sont-ce des Mandingues, des représentants de la race mère. Nous ne le croyons pas davantage. Nous serions plutôt portés à admettre que ce sont des métis Toucouleurs et Malinkés. Tout semblerait le prouver. Ce sont des musulmans fanatiques, comme le Toucouleur dont ils portent le costume. Ils sont fins et rusés et affectent dans leurs vêtements une grande propreté.

Nous ne faisons là, du reste, qu’une simple supposition. Ils ont des origines si diverses qu’il est bien difficile de préciser leur histoire. Ils forment, en effet, une population fort hétérogène, venue de différents pays du Soudan. D’après les renseignements que nous avons pu recueillir ce seraient des dioulas venus du Manding, du Bambouck ou d’ailleurs et qui, ayant fait fortune, se seraient fixés dans le pays, attirés par sa fertilité, et y auraient ainsi fondé les villages qu’ils habitent aujourd’hui. Voici les noms de ces villages avec indication des familles et pays d’origine :

Nétéboulou. (Sinatés-Niagatés)Guidioumé.
Passamassi (Baio)Bambouck.
Soutouko (Diabaio)Bambouck.
Badia-Counda (Badia)Manding.
Dalésilamé (Cammagatés)Manding.
Limbanboulou (Diakankés)Diaka.
Baro-Counda (Baro)Bambouck.
Medina-Couta (Camara)Bambouck.
Piraï (Camara)Bambouck.
Samé (Camara)Bambouck.
Kérouané (Baio)Bambouck.
Soutouko-Niacoué (Badia)Manding.
Biroufou (Dabo)Bambouck.
Fodé-Counda (Sinatés-Niagatés)Guidioumé.
Dassalam (Cammagatés)Manding.

Pendant la guerre contre le marabout Mahmadou-Lamine, beaucoup d’entre eux prirent parti pour lui, et, après sa défaite, ne revinrent pas dans le pays. D’autres, au contraire, s’enfuirent à son approche, et disparurent également. Il en est résulté que l’on rencontre surtout dans le Sud du Ouli quantité de villages en ruines qui même ne tarderont pas à disparaître complètement. Voici les noms des principaux de ces villages.

Mamacoto Mountogou Makadian-Counda.
Canapé Boutoundi Dougoutabassi.
Morecounda Soumacounda Dembaboulou.
Sabouciré Kouakan Fadiga-Counda.

Ces musulmans jouissent dans le Ouli d’une liberté absolue. Ils obéissent au chef Malinké, dont ils reconnaissent l’autorité qui ne se fait jamais beaucoup sentir, du reste. Ils cultivent en paix, et, entre temps, font du commerce.

Il existe aussi dans le Ouli deux villages de Diakankés. Ce sont : Dialacoto, le seul village de la partie Est, et Limbanboulou. Dialacoto, à vrai dire, vu son éloignement, ne fait partie que nominativement du Ouli. Ses affaires sont dans le Tenda, plutôt. Une partie de sa population se compose de Malinkés, proprement dits. Les Diakankés sont de fougueux musulmans. Ils vivent tranquilles dans leur village et un peu à l’écart de leurs voisins.