La figure ci-contre peut donner une idée de cette disposition toute particulière. Ces feuilles sont très épaisses. Les trois nervures principales ne font jamais défaut. Les nervures secondaires sont en nombre variable suivant l’âge du végétal et surtout les dimensions des feuilles. Les nervures secondaires émettent elles-mêmes un grand nombre de filaments fort apparents et qui sillonnent le parenchyme de la feuille en venant aboutir presque en droite ligne aux bords. La face supérieure a une couleur verte foncée très prononcée. Elle est légèrement veloutée. La couleur de la face inférieure est verte très pâle. Elle est aussi légèrement veloutée. Enfin le pétiole d’un brun verdâtre à la base est d’un vert tendre à son sommet.
Les fleurs sont unisexuées, réunies sur un même spadice, les femelles à la base, les mâles au-dessus, non périanthées. Elles sont enveloppées dans une spathe peu ouverte, roulée en cornet et de couleur blanche légèrement jaunâtre. Le fruit est une baie globuleuse uniloculaire renfermant de deux à huit graines. Je dédie cette plante nouvelle à M. le professeur Heckel en la nommant Arum Heckeli.
Arum Heckeli Rançon.
Diabéré : Aroïdée comestible du genre Arum (feuille d’après nature).
(Dessin de A. M. Marrot).
La racine est un tubercule de la grosseur du poing environ, d’un brun noirâtre et ayant un peu la forme d’un oignon légèrement allongé. Sur ce tubercule viennent, quand la plante arrive à maturité, douze ou quinze turions environ dont les plus volumineux atteignent tout au plus la grosseur d’un œuf. C’est la partie comestible, et qui sert à la reproduction. Leur forme est celle du tubercule auquel ils adhèrent fortement. Leur couleur est aussi la même. La chair de ces turions est blanche, fortement aqueuse et compacte, elle rappelle celle de la pomme de terre ou plutôt de la patate. Leur odeur est légèrement vireuse.
Les semis de diabéré se font en juin et en juillet. Il suffit pour cela de placer les turions dans un trou creusé dans la terre à une profondeur d’environ dix à quinze centimètres. La récolte se fait en décembre. Vers la fin d’octobre ou au commencement de novembre, les habitants du Sandougou ont l’habitude de couper les feuilles à une hauteur de dix centimètres du sol environ pour faire grossir davantage les turions.
Le diabéré est un légume qui n’est pas à dédaigner même pour le palais délicat des Européens. Bouilli ou frit à la poële, il constitue un aliment d’un goût agréable. Je me souviens en avoir mangé avec plaisir en ragoût avec du mouton. Les indigènes le préfèrent bouilli et dans certaines régions, le Diaka, le Sandougou, le Tenda par exemple, ils en font une grande consommation. Dans ces derniers pays surtout on en consomme beaucoup, et les indigènes des pays voisins attribuent à l’abus qu’ils en font la maladie de peau et les nombreux goîtres dont sont atteints les habitants du Tenda. Nous y reviendrons plus longuement plus loin quand nous parlerons de ce pays.
A sept heures quinze minutes, nous traversons sans nous y arrêter le village de Diakaba. Le soleil commence à devenir brûlant, et la température chaude et humide est absolument intolérable.
Diakaba. — Diakaba est un village d’environ 600 habitants. Sa population est uniquement formée de Malinkés musulmans. Il est littéralement couvert de verdure et à part une grande quantité de papayers[14] il ne présente rien de particulier à signaler. Ce végétal croît là en pleine terre et n’a pas besoin de soins spéciaux. On le rencontre dans presque tous les villages du Sandougou. Son fruit, que tout le monde connaît, est savoureux et délicat et l’un des meilleurs desserts que l’on puisse rencontrer dans les pays chauds.
A un kilomètre et demi environ de Diakaba, nous traversons un assez gros village Peulh, Sidigui-Counda, qui disparaît littéralement dans une épaisse forêt de mil et de maïs.