Sidigui-Counda. — Sidigui-Counda est un village de 400 habitants environ. Il est habité par des Peulhs récemment émigrés du Fouladougou. Ils se livrent là paisiblement à l’élevage et à la culture de leurs champs. Il est construit en paille et argile comme tous les villages Peulhs, du reste. Chaque chef de case a ses cases séparées de celles des autres et les intervalles sont semés de mil, arachides, tabac, oseille, etc., etc.

A quatre kilomètres de Sidigui-Counda nous arrivons au village de Saré-Fodé, où Guimmé-Mahmady me quitte en me souhaitant un bon voyage.

Saré-Fodé. — C’est un petit village Peulh de 350 habitants environ. Nous y faisons la halte et y prenons quelques minutes de repos sous un petit appentis que recouvrent de belles Cucurbitacées. La population en est uniquement formée de Peulhs. A peine avions-nous mis pied à terre que le chef vint me saluer et m’apporta pour me rafraîchir plusieurs calebasses d’un bon lait fraîchement tiré dont nous nous régalâmes mes hommes et moi. Nous nous remîmes en route par une chaleur torride.

A peu de distance nous traversons le petit village Peulh de Saré-Bourandio, le dernier du Sandougou oriental et, six kilomètres plus loin, nous trouvons enfin Saré-Demba-Ouali, le premier village du Sandougou oriental, où j’avais décidé de faire étape ce jour-là.

Saré-Demba-Ouali. — C’est un village Peulh d’environ 550 habitants. Il a absolument l’aspect des autres villages que nous venons de traverser et la route qui y conduit depuis Saré-Bourandio, traverse une forêt de bambous de trois à quatre kilomètres de largeur, et, de ce fait, est difficile à pratiquer.

Je fus bien reçu dans ce village de simples cultivateurs. Pas de tapage, pas d’ostentation, mais simplement une bonne hospitalité franche et généreuse. Par exemple, le logement laissait un peu à désirer et je pus là me convaincre que les cases Peulhs étaient bien loin d’être confortables. Rien cependant ne me manqua et mes animaux, mes hommes et moi, nous eûmes à foison de tout ce que l’on peut trouver dans un village noir. Le chef, Demba, est un homme jeune, actif et sachant faire respecter son autorité, chose rare chez les peuples Soudaniens. Je me souviens encore avec quel ton il intima à l’un de ses notables l’ordre de se taire parce qu’il s’était permis de l’interrompre pendant qu’il parlait. Almoudo, mon interprète, qui est cependant un autoritaire, en était absolument étonné.

Vers quatre heures de l’après-midi, je reçus la visite du frère de Maka-Cissé, le chef du Sandougou occidental, qui venait me faire part du chagrin que je lui avais fait en n’allant pas camper dans son village distant de quelques kilomètres seulement de Saré-Demba-Ouali, dans le Sud. Il craignait de m’avoir mécontenté. Je le rassurai complètement et achevai de calmer ses alarmes en lui faisant cadeau d’une douzaine de kolas blancs, pour lui bien prouver que j’étais son ami. On sait qu’au Soudan Français, pour prouver à quelqu’un toute l’estime que l’on a pour lui, il suffit de lui faire cadeau de quelques kolas blancs. Il comprit d’autant mieux que je ne pouvais aller chez lui, quand je lui eus dit que j’étais très pressé et que je ne pouvais ainsi m’écarter de ma route. Il partit tranquille et satisfait et, le lendemain, à Oualia, il vint de nouveau me voir et m’apporter un bœuf pour mon déjeuner et celui de mes hommes.

La nuit, malgré la chaleur étouffante, se serait bien passée, si je n’avais eu à repousser sans cesse les attaques multiples d’une véritable nuée de puces et de punaises qui vinrent m’assaillir et m’empêchèrent littéralement de fermer l’œil. Ces insectes pullulent littéralement dans tous les villages Peulhs, et leurs habitants, vrais nids à parasites de toutes sortes, n’en semblent nullement incommodés. Il n’en a pas été de même pour nous. Nous en avons fait, mes hommes et moi, la pénible expérience. Aussi, dès le point du jour, tout mon monde était-il debout et les préparatifs du départ rapidement faits.

2 novembre 1891. — A cinq heures cinquante minutes du matin, nous quittons Saré-Demba-Ouali. Une rosée abondante et fraîche inonde la brousse qui est fort haute dès que nous sommes sortis du village. Heureusement que le chef a eu la précaution de faire marcher devant nous quatre de ses hommes qui, armés de grands bambous, frappent à tour de bras sur les herbes et font ainsi tomber les gouttes d’eau. Sans cette prévenance nous n’aurions pas fait deux cents mètres sans être trempés jusqu’aux os. Quarante minutes après avoir quitté Saré-Demba-Ouali, nous arrivons au petit village Ouolof de Tabandi.

Tabandi. — C’est un village d’environ 500 habitants. La population en est entièrement Ouolove. Elle a émigré du Bondou pour fuir les exactions des Almamys Sissibés et de leur famille. Tabandi ne le cède en rien en malpropreté aux villages Peulhs et Malinkés. Il est tout aussi mal entretenu et ne possède aucun moyen de défense, ni tata, ni sagné. Il est entouré de lougans bien cultivés et jusque dans les cours des habitations on trouve de jolis jardins de diabérés, tomates, oseille et oignons. Les Ouolofs, du reste, cultivent beaucoup plus et mieux que les autres peuples du Soudan. Cela tient sans nul doute à ce qu’ils font tout par eux-mêmes et qu’ils n’ont pour ainsi dire que quelques rares captifs. Nous faisons la halte sous un superbe N’taba et les notables et le chef viennent me saluer. Ils me demandent de passer la journée dans leur village, et, à mon grand regret, je suis forcé de refuser leur invitation, étant attendu à Oualia et ne pouvant m’attarder ainsi dans chaque village. Ces braves gens voudraient après la récolte retourner dans le Bondou, leur pays natal, mais ils redoutent encore les exactions des Sissibés. Je les rassure du mieux que je puis, à ce sujet, et m’efforce de leur faire comprendre que, grâce à nous, leur situation dans le Bondou ne sera plus ce qu’elle était autrefois. Je leur serre la main et remonte à cheval. A sept heures quarante minutes nous arrivons enfin à Oualia, où nous allons passer la journée.