Pour se servir de la poudre de Kinkélibah, on met dans une bouilloire autant de cuillerées à café de cette poudre qu’il y a de verres d’eau (4 grammes pour 250 gr. d’eau, 16 gr. pour un litre). On couvre bien et on laisse bouillir 15 minutes, on décante, on filtre, ou bien on boit le liquide tel quel au choix du malade.
La tisane doit être amère et jaunâtre. Si elle prenait une couleur brune, c’est qu’elle serait trop forte et il faudrait ajouter de l’eau, si elle devient jaune clair, c’est qu’elle est trop faible, alors il faut faire bouillir plus longtemps et ajouter au besoin de la poudre.
On prend un verre (250 grammes) de Kinkélibah dans les cas de fièvre bilieuse hématurique, le plus tôt possible ; puis, après 10 minutes de repos, un demi-verre (125 grammes), ensuite repos de dix minutes et enfin un autre demi-verre. Les vomissements se produisent alors, mais ils ne tardent pas à s’arrêter et à cesser pour toujours. On doit, du reste, faire boire du Kinkélibah à la soif du malade, durant tout le cours de la maladie, et pendant quatre jours au moins, en ne dépassant guère, toutefois, un litre et demi par jour.
Aucune nourriture ne doit être prise pendant toute la durée de la teinte ictérique, c’est-à-dire pendant les trois premiers jours. Le 4e jour, nourriture très légère et peu à la fois. Le mieux même le 4e jour est de ne prendre que du Kinkélibah comme boisson. Le R. P. Raimbault nourrit ses malades avec des œufs crus battus dans du rhum et du cognac. Il donne avec succès un purgatif, dès le commencement de l’accès ; c’est nécessaire en tout cas, quand la constipation intervient.
Le 4e jour au matin, en même temps que le Kinkélibah, il donne 0 gr. 80 de sulfate de quinine ; il continue ce fébrifuge autant que dure la fièvre, en diminuant chaque jour la dose, tout en continuant le Kinkélibah.
Il conseille de prendre un verre de Kinkélibah chaque fois qu’il y a embarras gastrique de nature biliaire, et considère comme un moyen sûr d’acclimatement, pour l’Européen, de prendre, chaque matin à jeûn, un verre de cette décoction. » (De l’emploi des feuilles du Combretum Raimbaulti Heckel, contre la fièvre bilieuse hématurique des pays chauds, par le Dr Edouard Heckel, professeur à la Faculté des Sciences et à l’Ecole de Médecine de Marseille. — Extrait du Répertoire de Pharmacie, juin 1891).
Nous avons expérimenté le Kinkélibah deux fois sur nous-mêmes à Nétéboulou, alors que j’étais atteint de rémittente bilieuse, et à Oualia contre l’accès bilieux dont nous avons parlé plus haut. Je m’en suis également servi à Mac-Carthy pour soigner plusieurs de mes hommes qui y furent atteints de fièvres intermittentes compliquées d’embarras gastriques prononcés. Je m’en suis toujours très bien trouvé et n’ai eu à enregistrer que des succès. Je me suis toujours attaché à suivre à la lettre les indications formulées par le R. P. Raimbault et j’ai toujours vu le médicament agir comme il vient d’être dit. D’après ce que nous avons observé, nous croyons donc que les feuilles de Kinkélibah jouissent de précieuses propriétés. Il est à n’en pas douter, tonique, diurétique et légèrement cholagogue. Il est de plus émétique au début, et, par l’emploi répété, empêche le retour des vomissements. D’après Heckel, ses propriétés toniques et diurétiques seraient justifiées par la présence du tannin et du nitrate de potasse. Quant aux autres actions, la composition chimique n’en donne aucune explication plausible.