Les fleurs sont énormes, suspendues à l’extrémité des jeunes rameaux par un pédoncule de vingt-cinq à trente centimètres de longueur. Le calice en est coriace, caduc, gamophylle, pentamère, chargé en dehors de poils cotonneux. La corolle est blanche à cinq pétales très épais et très résistants. Étamines biloculaires, indéfinies, monadelphes ; ovaire à cinq carpelles, multiovulés. Cette fleur exhale une odeur assez douce qui rappelle assez celle de l’Althæa.

Le fruit a la forme d’un jeune melon vert, velu et allongé. Il est porté sur un long pédoncule et il pend à l’extrémité des jeunes rameaux au bout desquels il s’insère. C’est une capsule indéhiscente et il faut un choc assez violent pour la briser. Ce fruit renferme trente à quarante graines entières, réniformes, pourvues d’un épisperme dur et noirâtre, d’un embryon huileux, et de cotylédons plissés. Ces graines sont noyées dans une pulpe blanc-rougeâtre abondante et d’un goût légèrement acide. De nombreux filaments d’un rose tendre la traversent. La face interne de la capsule en est également absolument tapissée. Ce fruit, dont les singes sont très friands, est connu en France sous le nom de pain de singe.

Nous savons que le baobab est très employé non seulement par les indigènes, mais aussi par les Européens. Nous avons vu que les fibres que renferme son écorce servaient aux noirs pour fabriquer leurs cordes et qu’ils utilisaient parfois son bois pour la construction de leurs pirogues. Je me rappelle avoir lu, dans je ne sais trop quel livre, qu’ils l’employaient aussi pour fabriquer des cercueils. Jamais, de mémoire d’homme, dans n’importe quel village indigène du Sénégal ou du Soudan, le cadavre d’un noir n’a été enfermé dans un cercueil quelconque pour être inhumé. L’auteur faisait sans doute allusion à ce fait que, dans certaines régions, le Djolof, par exemple, on avait l’habitude de creuser dans le tronc des baobabs la sépulture des griots. Cette caste si méprisée y est, de ce fait, exclue des cimetières communs. On jugera par là combien sont grandes les dimensions que peut atteindre ce végétal.

C’est surtout dans l’alimentation et dans la thérapeutique que certaines parties du baobab, les feuilles et les fruits particulièrement, sont employées.

Les jeunes feuilles vertes et fraîches sont utilisées pour fabriquer les sauces destinées à assaisonner le couscouss. Desséchées et pulvérisées, elles donnent une poudre qui, sous le nom de Lalo, est mêlée aux aliments et sert de condiment. Cette poudre, légèrement astringente au goût, a, de plus, une odeur absolument nauséabonde. Bouillies, ces feuilles servent à confectionner des cataplasmes excessivement émollients. Les bains de feuilles de lalo jouissent également, à un haut degré, de cette propriété. Elle est évidemment due à la grande quantité de mucilage qu’elles contiennent ; je me suis très bien trouvé, en maintes circonstances, de m’en être servi.

Le fruit est de beaucoup le plus employé, et c’est la pulpe qui entoure ses graines qui est principalement active. En temps de disette, les indigènes en font une grande consommation, et il est pour eux une précieuse ressource. Le pain de singe est très commun dans tous les villages et on le trouve en abondance sur tous les marchés. Il est considéré par les indigènes comme le médicament antidysentérique par excellence. Il est mélangé aux aliments mêmes. Ainsi le noir se nourrit souvent de farine de mil et de lait caillé. On désigne ce mélange sous le nom de Sanglé. Lorsqu’il est atteint par la dysenterie, il mélange le pain de singe à cette bouillie. La pulpe, desséchée et réduite à l’état de farine, s’expédiait autrefois en Europe sous le nom de terre sigillée de Lemnos ou terra Lemnia. D’après Heckel et Schlagdenhauffen (de Nancy), l’action de cette pulpe serait due, dans la dysenterie, à l’abondance des corps gras, qui, suspendus par les matières gommeuses, peuvent constituer un léger laxatif et émollient. L’écorce pilée et les graines torréfiées sont aussi usitées contre cette affection, mais dans les cas graves. Elles sont également préconisées contre les hémorrhagies, les fièvres intermittentes et la lientérie. Leur action est alors due, vraisemblablement, au tannin spécial qu’elles renferment. Constatons en terminant que tous les médecins qui se sont servis du baobab sont unanimes à en reconnaître les bons effets et ne lui ont trouvé aucun inconvénient.

Kinkélibah (Combretum Raimbaulti Heckel : rameau floral).

Kinkélibah. — Un autre végétal non moins précieux, dont nous avons été à même de constater sur nous-mêmes la bienfaisante action, se trouve en grande quantité notamment sur les plateaux élevés du Sandougou. C’est le Kinkélibah (Combretum Raimbaulti Heckel), famille des Combrétacées. Très commun dans les Rivières du Sud, on le trouve encore dans le Cayor, où les Ouolofs lui donnent les noms de Sekhaou et Khassaou. Avec ses rameaux ils construisent des greniers dans lesquels ils conservent leur mil et leurs haricots. Ces greniers sont appelés Lakhass, nom que, dans cette région, on donne encore parfois au Kinkélibah, qui est son nom en langue Soussou. Il croît dans les terrains sablonneux et pierreux. On ne le trouve jamais au bord de la mer. Il fleurit de mai à juin. Voici la description qu’en donne le professeur Heckel, de Marseille : « Cet arbuste, plus ou moins touffu suivant l’âge, et dont la tige peut atteindre un décimètre de diamètre, devient alors tout blanc et tranche beaucoup sur les arbres et arbustes qui l’environnent ; aussi, est-ce à cette époque qu’il est le plus facile de le reconnaître. Son fruit caractéristique se dessèche en même temps que les feuilles et tombe avec elles pendant la saison sèche. Son ombrage agréable est très recherché. Il donne souvent abri pendant la nuit aux caravanes de l’intérieur. Ce végétal est muni d’une racine pivotante, dont les ramifications se terminent par des nœuds à radicelles, d’où naissent de nouveaux rejets. Une des tiges s’élève au-dessus des autres pour former un arbrisseau (jamais un arbre) avec branches étendues dans tous les sens, mais plutôt horizontales que verticales. La tige du Kinkélibah est lisse et blanchâtre, elle porte des rameaux opposés. Son bois est blanc, dur et serré. »

Les feuilles fraîches ou sèches sont particulièrement utilisées. Les indigènes des Rivières du Sud les emploient avec succès dans les cas de fièvres bilieuses simples ou inflammatoires, de rémittentes bilieuses et de bilieuses hématuriques. C’est au révérend père Raimbault, missionnaire apostolique à la côte occidentale d’Afrique, que l’on doit d’avoir attiré l’attention du monde scientifique sur ce précieux végétal, et ce sont les savants professeurs Heckel et Schlagdenhauffen qui l’ont les premiers étudié et analysé. Voici comment, d’après le père Raimbault qui l’a fréquemment utilisé et toujours avec succès, on le doit employer. « Le Kinkélibah est administré sous forme de tisane. Les feuilles sont employées en décoction. On les fait bouillir pendant un quart d’heure environ soit fraîches, soit desséchées. Sous ce dernier état, les feuilles pilées peuvent se conserver pendant plusieurs années avec les mêmes propriétés.