CHAPITRE VI

Départ de Oualia. — Passage du Sandougou. — Cissé-Counda-Teguenda. — Countiao. — Cissé-Counda. — Arrivée à Koussalan. — Grande fatigue éprouvée pendant la route. — Description de la route du Sandougou à Koussalan. — Koussalan, sa population, son chef. — Beaux lougans. — Le mil. — Le maïs. — Le tamarinier. — Départ de Koussalan. — Carantaba. — Beaux jardins d’oignons. — Calen-Foulbé. — Calen-Ouolof. — Description de la route de Koussalan à Calen-Ouolof. — Le Laré ou Saba, liane à caoutchouc. — Je reçois une lettre de M. l’Agent de la Compagnie française à Mac-Carthy. — Nuit sans sommeil. — Les moustiques. — Départ de Calen-Ouolof. — Rosée abondante. — Yola. — Couiaou. — Lamine-Sandi-Counda. — Medina-Canti-Countou. — Arrivée à Lamine-Coto. — J’y trouve M. Joannon, agent de la Compagnie française à Mac-Carthy. — Réception amicale. — Arrivée à Mac-Carthy. — Description de la route de Calen-Ouolof à Mac-Carthy. — Le riz et les rizières. — Le rônier. — Installation et séjour à Mac-Carthy. — Réception sympathique. — Arrivée de MM. Frey et Trouint, agents de la Compagnie. — Nombreux achats en prévision de mon voyage au Kantora, à Damentan et aux pays des Coniaguiés. — Nous sommes tous malades. — Départ retardé.

Malgré une nuit sans sommeil et une grande faiblesse, je pus quitter Oualia le 3 novembre à six heures du matin. Ousman-Celli avait tenu à m’accompagner et à assister en personne avec quelques-uns de ses hommes au passage du Sandougou, afin que tout se passât régulièrement ; à six heures trente nous traversons le petit village de Saré-Demboubé, qui dépend de Oualia, et, à six heures cinquante, nous sommes sur les bords du Sandougou. Le passage commence immédiatement. A l’aide des pirogues tout se fait rapidement et sans accident. Seul, le cheval de Sandia nous donna quelque ennui, car ne voulant pas entrer dans l’eau qui est très profonde, il fallut l’y précipiter. Tenu alors par la bride, par son palefrenier assis dans la pirogue, il nagea vigoureusement et atteignit sans encombre l’autre rive. Je passai le dernier quand tout eût été terminé et que j’eus bien constaté que rien ne manquait. Pendant toute la durée de l’opération je fus obligé de rester assis sur la berge tant était grande la lassitude que j’éprouvais. Ousman-Celli ne me quitta pas un instant et insista même encore pour que je restasse chez lui plus longtemps afin de me reposer et me rétablir complètement. Malgré le désir que j’en avais, je refusai et le remerciai de sa bonne hospitalité. Enfin, à 7 h. 45, je pus me remettre en route, bien que j’eusse encore des nausées et de fréquents vertiges.

Nous n’avions pas quitté la rive droite depuis dix minutes que nous traversions le petit village de Cissé-Counda-Teguenda. Il peut avoir environ cent cinquante habitants, tous Malinkés Musulmans, et il est entouré de beaux lougans de mil. Au moment où nous les avons traversés les travailleurs étaient occupés à en courber les tiges en deux, sans doute pour lui permettre de mieux mûrir. Elles sont si élevées, qu’ils sont obligés, pour en attirer à eux l’extrémité, de se servir d’un long bambou terminé par un crochet.

Deux kilomètres après avoir quitté Cissé-Counda-Teguenda, nous traversons le marigot de Countiao M’Bolo, transformé à cette époque de l’année en véritable rivière. Nous rencontrons à ce moment le fils du chef de Koussalan, que son père envoie à notre avance pour nous souhaiter la bienvenue. Je lui serre la main et le remercie de sa prévenance. Je fus d’autant plus satisfait de cette démarche qu’on m’avait dit à Oualia que je serais mal reçu à Koussalan. Le fait d’être venu au-devant de moi me prouva le contraire et je poursuivis la route complètement rassuré sur l’accueil qui m’attendait.

Dix minutes après avoir traversé le marigot de Countiao nous arrivons au village qui lui a donné son nom.

Countiao. — C’est un village de Malinkés musulmans dont la population peut s’élever à quatre cents habitants environ. Il tombe littéralement en ruines et on y voit encore les derniers vestiges d’un tata en pisé qui devait être assez sérieux. Bien que je ne fus à cheval que depuis trente-cinq minutes au plus, je suis forcé de mettre pied à terre. Je suis littéralement à bout de forces, à peine me suis-je installé sous un superbe N’taba pour y prendre un peu de repos que je suis pris de violents vomissements. A plusieurs reprises j’expectore une notable quantité de bile et, soulagé, je puis me remettre en route sans avoir pu goûter au lait que le chef du village était venu m’offrir pour me désaltérer.

Deux kilomètres plus loin nous laissons sur notre droite le gros village Malinké musulman de Cissé-Counda. Il s’élève au fond d’une petite vallée absolument couverte de lougans d’arachides et m’a paru bien construit, bien que le tata qui l’entoure tombe en ruines. Ce tata, à en juger par les pans de mur qui sont encore debout, devait avoir au minimum une hauteur de quatre mètres et une largeur de deux mètres à la base et un mètre vingt-cinq centimètres au sommet. D’après les renseignements qui m’ont été donnés, c’était un des plus importants de la région.

Enfin, à neuf heures trente-cinq minutes, exténué et mourant de soif, j’aperçois avec plaisir les toits pointus de Koussalan, but de l’étape, où nous mettons pied à terre peu après. Il était temps, je ne tenais plus à cheval. J’avais mis trois heures et demie pour faire les 12 kilom. qui séparent Oualia de ce dernier village. Je n’avais pu marcher avec l’allure qui m’était habituelle, obligé de me reposer fréquemment.