Hydrologie. — On ne rencontre dans l’île ni marigots ni rivières. Pendant l’hivernage, il existe parfois, surtout quand la crue du fleuve est très prononcée, une sorte de petit cours d’eau qui, dirigé du Nord au Sud, fait communiquer les deux bras du fleuve. Il est à peu près situé vers la partie médiane de l’île, et ne coule guère que pendant deux ou trois mois au plus. Dans les parties Est et Ouest sont de grands marais qui les rendent absolument inhabitables.

Pour les usages domestiques, on ne fait guère emploi que de l’eau du fleuve, qui, bien filtrée, est loin d’être mauvaise. On trouve aussi, dans les deux villages qui s’y sont construits, quelques puits ; mais l’eau qu’on en retire contient une grande quantité de matières terreuses, qui, surtout pendant l’hivernage, la rendent impropre à la consommation. La masse d’eau souterraine est peu profonde, ce qui se comprend aisément, l’île étant peu élevée au-dessus du fleuve. On la trouve à environ 3m50 de profondeur.

Orographie. — Il n’y a pas trace de collines, le terrain est absolument plat, sauf dans la partie moyenne, où la ville est construite sur une sorte de croupe élevée de 1m50 au plus au-dessus des terrains environnants.

Constitution géologique du sol. — Le sous-sol de l’île de Mac-Carthy appartient tout entier aux terrains de formation secondaire. Les roches qu’on y rencontre, grès, quartz simples ou ferrugineux, conglomérats à gangue silico-argileuse ne permettent pas d’en douter. Cette ossature est recouverte dans les parties Est et Ouest, d’une épaisse couche d’argiles compactes qui forment le fond des marais. Dans la partie centrale et aux environs de Boraba, c’est de la latérite formée par la désagrégation des roches cristallines. Aux environs de la ville commerciale, la roche se montre à nu et l’on peut y remarquer de beaux échantillons de grès, quartz et quelques schistes lamelleux. Cette dernière roche est cependant assez rare. Les rives de l’île sont couvertes d’alluvions anciennes et récentes qui s’étendent à environ 150 mètres vers l’intérieur. Elles sont bien plus abondantes sur la rive Nord et sur la rive Sud. Il résulte, du reste, des observations qui ont été faites, que, chaque année, cette rive empiète sur le fleuve, tandis qu’au Sud c’est, au contraire, la Gambie qui s’avance de plus en plus dans les terres.

Climatologie. — De ce que nous venons de dire de la situation géographique, de l’hydrologie et de la constitution géologique du sol de l’île de Mac-Carthy, nous pouvons aisément conclure ce que doit être son climat. Sa longitude et sa latitude la placent naturellement dans les climats chauds par excellence. La température y est naturellement élevée, surtout pendant la saison chaude. Pendant l’hivernage, au contraire, le thermomètre n’y monte jamais bien haut. Il ne dépasse guère trente à trente-deux degrés centigrades. Mais l’atmosphère y est absolument saturée d’humidité et d’électricité. Aussi cette saison y est-elle des plus pénibles à supporter, et c’est à cette époque de l’année que les Européens y sont le plus éprouvés. L’hivernage y est précoce et les premières pluies apparaissent au commencement de mai. Elles sont toujours très abondantes et durent jusqu’au mois de novembre. Les vents de Sud-Ouest règnent pendant toute cette saison. Durant la période sèche, au contraire, de novembre à mai, soufflent les vents brûlants d’Est et de Nord-Est. A cette époque, le rayonnement nocturne est tel que, pendant les mois de novembre, décembre et janvier, il n’est pas rare de voir le thermomètre descendre parfois jusqu’à dix degrés et même au-dessous. On comprend combien de semblables variations sont pernicieuses à la santé. De plus la constitution géologique du sol contribue puissamment à augmenter l’insalubrité de l’île. Les marais des parties Est et Ouest, l’imperméabilité du sous-sol qui ne permet pas aux eaux de s’écouler en font un des coins les plus malsains du globe. C’est ce que dans sa sollicitude pour ses employés, la Compagnie française a bien compris. Aussi a-t-elle décidé que ses agents de Mac-Carthy iraient chaque année se retremper à Bathurst et éliminer au bord de la mer le poison qu’ils y absorbent. Grâce à cette mesure et à un grand confortable, ils peuvent sans trop souffrir y résider plusieurs années.

Flore.Productions du sol.Cultures. — La flore de Mac-Carthy est peu variée ; mais, par contre, les essences botaniques que l’on y rencontre, s’y développent rapidement et y acquièrent des dimensions que, seuls, peuvent atteindre les végétaux propres aux régions tropicales. Les végétaux les plus communs sont : le caïl-cédrat (Khaya Senegalensis A. de Juss.), le tamarinier (Tamarindus indica Lin.), le baobab (Adansonia digitata Lin.), le fromager (Bombax ceiba Lin.), le rônier (Borassus flabelliformis Lin.), le n’taba (Sterculia cordifolia Cav.), enfin une grande variété de ficus et de légumineuses. Mais, nous le répétons, ces végétaux, vu l’exiguité de l’île, y sont en minime quantité. On ne les trouve guère que dans la partie centrale. A l’Est et à l’Ouest, à part le rônier, ils sont relativement rares.

Il y a peu de champs cultivés. Le sol se prête peu à la culture. On ne trouve des lougans qu’aux environs des villages, encore sont-ils de peu d’étendue. Un peu de mil et de maïs, et voilà tout. Par contre, chaque habitant possède autour de son habitation de petits jardinets où sont cultivés avec grand succès, tabac, courges, calebasses, tomates indigènes, patates douces, manioc. Les papayers, citronniers, goyaviers, bananiers s’y sont très bien acclimatés et y sont cultivés avec grand succès. Dans les régions Est et Ouest se trouvent de belles rizières. Enfin, chaque factorerie, ainsi que les fonctionnaires, possèdent de beaux jardins où l’on récolte quelques légumes d’Europe, choux, salades, radis, oignons, etc., qui font les délices de ceux que leurs affaires ou leurs fonctions forcent à résider dans le pays.

Faune, animaux domestiques. — La faune est des plus pauvres. Quelques rares singes, venus là on ne sait pourquoi, quelques pigeons, tourterelles, bécassines et perdrix grises, une grande variété d’oiseaux de toutes sortes, au plumage varié. Pas d’animaux nuisibles ; mais, par contre, une quantité énorme de moustiques, surtout pendant l’hivernage. Quelques rares serpents non venimeux et une grande variété de lézards. Le fleuve est très riche en poissons dont les espèces sont excessivement nombreuses. Quelques-unes sont excellentes et constituent une ressource précieuse pour la table. Mais, par contre, il est absolument infesté de caïmans. Il en est qui sont réellement énormes et qui deviennent un véritable danger pour les baigneurs. Aussi ne s’y plonge-t-on jamais. Les hippopotames s’y montrent aussi fréquemment ; mais ils habitent de préférence les marigots voisins.

Parmi les animaux domestiques nous citerons particulièrement les chiens, chèvres, moutons, poulets, canards. Les bœufs viennent surtout de la terre ferme, selon les besoins de l’alimentation. Les chevaux y vivent difficilement. Pendant le séjour que nous y avons fait, nous n’en avons vu que trois, celui du gouverneur et deux autres qui appartenaient à la Compagnie française.

Le Protopterus annectens, ou Mudfisch des Anglais, ou Schlammfisch des Allemands, ou poisson de vase. — Nous serions incomplets si nous ne mentionnions pas ici cette espèce de poisson si bizarre, qui se niche dans la vase du fleuve et des marigots avoisinants et qui peut pendant plusieurs mois vivre en dehors de tout liquide, à l’air libre. C’est le Protopterus ou poisson de vase que les Anglais désignent sous le nom de Mudfisch, les Allemands Schlammfisch. Par sa constitution et ses mœurs, il se distingue des poissons proprement dits et forme pour ainsi dire un ordre particulier intermédiaire entre les poissons et les batraciens. Nous verrons plus loin qu’il a en effet des caractères communs à ces deux classes.