On le trouve dans la plupart des cours d’eau de l’Afrique occidentale, surtout dans la région comprise entre les 5e et 13e degrés de latitude nord. Il affectionne particulièrement les marigots dans lesquels le courant est peu prononcé. On le rencontre également dans les grands fleuves, principalement dans les parties où le courant se fait peu sentir. La Mellacorée, la Casamance et la Gambie, ainsi que les marigots qui en dépendent, sont les fleuves qui en renferment le plus. Il est très commun aux environs de Mac-Carthy et à l’embouchure du Sandougou et du marigot de Countiao.
Grâce à l’obligeance de MM. les agents de la Compagnie française, j’ai pu en expédier en France plusieurs caisses et examiner attentivement ce curieux animal. Mon excellent ami, M. le lieutenant Tête, de l’infanterie de marine, et M. le Dr Bonnefoy, médecin de 2e classe de la marine, ont pu également l’observer. Ils ont bien voulu me communiquer leurs notes à son sujet. Elles m’ont été d’un précieux secours pour rédiger ce qui suit et pour compléter l’étude rapide que j’en avais faite[17].
Les Protopterus appartiennent à l’ordre des Dipneustes dipneumones. La peau est écailleuse, — cinq branchies tripinnatifides — deux poumons aréolaires, dilatés en avant, rétrécis en arrière, où ils atteignent le cloaque ; ils communiquent par une courte trachée membraneuse, avec le dehors, au moyen d’une glotte s’ouvrant dans le plancher du pharynx ; cœur à ventricule simple, oreillette simple ; appareil génital femelle plus semblable à celui des batraciens qu’à celui des poissons. Au lieu de nageoires, quatre extrémités irrégulièrement cylindriques, longues de cinq à dix centimètres ; les deux antérieures prennent naissance à l’extrémité postérieure de la tête ; les deux postérieures s’étendent à la naissance d’une queue lancéolée. — La couleur de la peau est gris brun, sale. Elle est semée de taches sombres. Le squelette est cartilagineux, sauf la tête, qui est seule ossifiée. La colonne vertébrale est formée d’une tige cylindrique, subcartilagineuse, revêtue d’une gaîne fibreuse et d’une série de pièces neurales disposées en toit au-dessus de la moelle épinière. Ces pièces sont soudées entre elles, sur la ligne médiane, où elles portent une apophyse épineuse styliforme. L’articulation de la tête est effectuée par un seul condyle.
Pendant l’hivernage, ces sortes de poissons vivent dans la vase, au fond des marais, des marigots et du fleuve. Ils se nourrissent de petits poissons et autres animaux aquatiques. Quand les marais commencent à se dessécher, ils font un trou dans la vase molle et y fixent leur demeure. Là, le poisson de vase se replie en deux par une demi-révolution sur lui-même, et la queue vient recouvrir la tête comme un bonnet. A ce moment, les glandes de la peau sécrètent un liquide gluant qui se dessèche et forme une enveloppe imperméable, membraneuse, couleur feuille-morte, et laissant seulement à nu l’ouverture de la bouche. L’animal tombe alors dans une sorte de léthargie qui va durer pendant toute la saison sèche. Il n’en sortira que pendant l’hivernage suivant, lorsque les pluies auront détrempé le sol.
Le moment propice pour s’en emparer est l’époque pendant laquelle il est plongé dans son sommeil léthargique, c’est-à-dire du mois de novembre au mois de juin. Il faut alors découper autour de son nid une motte de vase de la grosseur d’un beau melon, en ayant bien soin de ne pas toucher à ses parois. Cette motte de terre sèche rapidement, devient compacte et très dure. On peut la conserver ainsi pendant sept ou huit mois à l’air libre sans que l’animal en souffre. Il est facile de s’en assurer en examinant de temps en temps la petite ouverture qui y est ménagée pour la bouche. Tant qu’on y constatera la présence de cette partie du corps, le poisson sera vivant. Si elle manque et si le trou apparaît béant, il sera mort. En effet, dès qu’il a cessé de vivre, la tête retombe au bord du nid et l’orifice buccal n’est plus apparent. Il suffit de plonger la motte de vase en entier dans l’eau pendant quarante-huit heures environ pour voir l’animal reprendre toute sa vitalité.
Il ne vit que dans l’eau douce, à une température de 12 à 25 degrés, au plus. L’eau saumâtre lui est funeste, surtout quand elle est très chargée de chlorure de sodium. On ne le trouve, pour ainsi dire jamais dans les marais salants et à l’embouchure des fleuves. Il est inconnu dans le Sénégal, la Falémé, le Niger et le Tankisso.
Le meilleur procédé pour l’expédition en Europe, est d’emballer les mottes dans de la paille bien sèche, paille de riz ou de Fonio, ou à défaut dans des feuilles exemptes de toute humidité. La caisse où on les mettra doit être solide, à couvercle grillagé et percée partout de trous nombreux, de façon à laisser librement circuler l’air. Les Protopterus ainsi expédiés sont arrivés en parfait état en France. M. le professeur Vaillant, au Muséum d’Histoire Naturelle, à Paris, et M. le Dr Heckel, professeur à la Faculté des Sciences de Marseille, ont pu réussir à les conserver. J’ai appris dernièrement que M. le Dr Burckhardt, de Berlin, était en train de faire également des essais d’élevage à l’aquarium de cette ville. Jusqu’à présent, je ne connais pas encore les résultats obtenus dans ce sens.
Ethnographie ; populations. — Relativement à son étendue, Mac-Carthy est peu peuplée. Il n’y a pas plus de quinze cents habitants, soit environ vingt-cinq par kilomètre carré. On n’y trouve que deux centres de population : George-Town et Boraba.
George-Town (1,200 habitants), est située vers la partie centrale de l’île, sur sa côte Nord. Sa population se compose d’éléments les plus divers ; un seul Européen, deux au plus, agents de la Compagnie française, des mulâtres anglais venus de Bathurst et de Sierra-Leone, des Ouolofs, des Malinkés, des Akous de Sierra-Leone et quelques Toucouleurs. De tous ces peuples, les Malinkés ou Mandingues sont indigènes ; les autres n’y sont qu’importés et n’y sont venus qu’à la suite des commerçants qui les emploient, ou pour y faire eux-mêmes du commerce à leurs risques et périls.
La ville par elle-même se compose de deux parties, l’une construite en pierres ; c’est la ville commerciale ; l’autre construite à la mode indigène, c’est la ville noire.