Les constructions sont peu nombreuses dans la ville commerciale. On n’y trouve guère que la factorerie française, la factorerie anglaise, l’église protestante, quelques magasins et enfin la demeure du gouverneur. De toutes ces constructions, la factorerie française est de beaucoup la mieux comprise et la plus confortable. C’est une vaste maison construite avec galeries et vérandahs, appropriée aux pays chauds et où l’on reçoit un accueil charmant et une large hospitalité. D’immenses magasins en dépendent, et l’on y trouve toutes les installations que nécessite le commerce tout particulier de ces régions. La factorerie anglaise est moins confortable. La résidence du gouverneur est un pavillon carré, construit en pierres avec rez-de-chaussée et étage. Il est à galeries et à arcades. Jusqu’à ce jour, il était assez mal entretenu. Le gouverneur actuel, M. Syrett, y faisait faire de grandes et utiles réparations pendant le séjour que nous avons fait à Mac-Carthy.

George-Town a dû être autrefois un centre de population et de commerce bien plus important qu’il ne l’est aujourd’hui. On peut s’en faire une idée par les ruines que l’on y rencontre à chaque pas : ruines de l’ancien palais de justice, de l’hôpital, de casernes, de maisons particulières, toutes constructions faites à grands frais avec la pierre ferrugineuse du pays, qu’il faut aller chercher au loin sur la terre ferme, et avec ciment et chaux, soit importés d’Europe, soit fabriqués avec des coquilles d’huîtres que les côtres apportent de Bathurst. C’est encore le mode de construction employé aujourd’hui.

Le ville indigène est bien tracée. Les rues sont larges et bien entretenues devant les habitations, mais le milieu est sale et les herbes y poussent à discrétion. Elle se compose de huttes indigènes construites à la mode du pays, en chaume et en bambous. Entre les cases, les habitants font de petits jardinets où ils cultivent du tabac, des courges, calebasses, etc. ; mais avec ce même manque de soin dont le noir fait toujours preuve partout.

Nous avons dit plus haut de quels éléments se composait la population de George-Town. Tout ce monde-là parle anglais, et dans les relations journalières ne se sert absolument que de cette langue. La plupart des habitants sont protestants, et le dimanche est observé comme dans la ville la plus puritaine d’Angleterre. Le pasteur est un noir qui fait partie de la Mission de Bathurst.

Boraba (300 hab.). — A 3 kilomètres environ à l’Est de George-Town se trouve le petit village de Boraba. Il est habité par des Mandingues uniquement. Ils vivent là paisiblement et se livrent à la culture de leurs lougans de mil, patates, riz, arachides. Ils ne viennent guère à George-Town que pour y chercher ce dont ils peuvent avoir besoin.

Les aborigènes de Mac-Carthy sont, avons-nous dit plus haut, les Mandingues. D’où sont-ils venus ? Sans nul doute directement du Manding. La légende nous apprend, en effet, que Moussa-Mansa, fils de Soun-Djatta, le héros mandingue, à son retour du pèlerinage qu’il fit à La Mecque, s’avança jusqu’à Yan-Yan M’Bouré (c’est le nom que les indigènes donnent à Mac-Carthy), après avoir ravagé le Gamon, le Tenda, le Ouli et le Niani. Mais nous croyons aussi qu’à ces premiers colons, compagnons de Moussa-Mansa, vinrent dans la suite se joindre d’autres familles venues du Ghabou et du Ouli. Ce qui nous le ferait supposer avec juste raison, c’est qu’à Yan-Yan M’Bouré, on ne trouve pas seulement des Keitas, mais aussi des Camaras, des Niabalis et des Dabos. Or, toute famille dont un ancêtre a fait partie à un titre quelconque des colonnes de Soun-Djatta ou de ses descendants, ne manque pas d’ajouter à son nom celui de Keita et souvent même de substituer ce dernier au premier. On peut donc affirmer que les familles qui ont conservé leurs Diamous primitifs (nom de famille) ne sont pas venues à la suite des conquérants Mandingues issus du sang de Soun-Djatta. Quoi qu’il en soit, les Mandingues de Mac-Carthy se sont conservés purs de tout mélange. Musulmans farouches, ils vivent renfermés dans leur petit village de Boraba et n’ont que de rares relations avec leurs voisins.

Industrie, Commerce. — Il n’y a à Mac-Carthy aucune industrie. Nous n’y avons trouvé que quelques forgerons indigènes et quelques charpentiers attachés aux maisons de commerce.

Par contre, les transactions commerciales qui s’y font ont une réelle importance, et tout permet d’espérer qu’elles ne feront que prendre chaque année une extension plus considérable. Nous avons été heureux de constater que la plus grande partie du commerce actuel était entre des mains françaises. Grâce à son influence dans ces régions et aux procédés qu’elle emploie, la Compagnie française de la côte occidentale d’Afrique a su monopoliser presque toutes les affaires qui s’y font. Nous avons pu nous procurer des chiffres exacts, que nous tenons à rapporter ici et qui ne permettront pas de douter un instant de l’extension du commerce français dans ces régions. Ce commerce se compose presque uniquement d’échanges de produits du pays contre des étoffes, du sel, tabac, poudre, verroterie, etc., etc. Les principaux produits achetés sont exportés en Europe. Ce sont des arachides, peaux, cire, caoutchouc, ivoire.

En 1890, les quantités traitées ont été environ :