Si nous ajoutons à cela un certain chiffre d’affaires au comptant, consistant dans la vente de riz, mil, verroteries, alcools, sel, étoffes, etc., etc., chiffre qui peut s’élever environ à 3,500 ou 4,000 francs par mois, on verra que Mac-Carthy est un centre de commerce assez important. De ce fait, elle mériterait que l’administration anglaise s’en occupât un peu plus et donnât aux commerçants une protection plus efficace.
Ce n’est assurément pas dans l’île que le commerce peut trouver assez de produits pour s’alimenter. Mais de partout on y apporte des denrées en notable quantité, et, de plus, les maisons de commerce envoient dans tous les pays voisins des représentants qui y drainent tout ce qui peut être l’objet d’un trafic quelconque.
Par eau, les communications se font aisément, et, pendant toute l’année, les grands vapeurs y peuvent venir charger. Cela ne contribue pas peu au développement des affaires.
Outre les produits que nous venons de mentionner, les factoreries en achètent encore d’autres qu’elles revendent sur place. Parmi ceux-là, nous citerons particulièrement les Kolas, le beurre de Karité, les étoffes du pays, le mil et le maïs. Le chiffre d’affaires ainsi obtenu est relativement élevé et vient s’ajouter à ceux que nous avons cités plus haut.
Organisation politique et administration. — Les Anglais ont appliqué à Mac-Carthy le système politique qu’ils ont adopté dans la plupart de leurs colonies africaines. Ils ne se mêlent en rien des affaires des indigènes ; mais aussi, dès qu’un conflit éclate, ils savent bien prendre toutes leurs précautions pour que les intérêts de leurs nationaux, de quelque nature qu’ils soient, restent sauvegardés.
Les habitants de l’île de Mac-Carthy sont sujets anglais, de quelque couleur et de quelque nationalité qu’ils soient. Ceci ne s’applique, bien entendu, qu’aux indigènes. L’esclavage, sous quelque forme que ce soit et de quelque nom qu’on le désigne, y est totalement inconnu. Tout captif évadé qui se réfugie à Mac-Carthy est considéré comme un homme libre et est assuré de la protection efficace des autorités anglaises.
On reconnaîtra que cette ligne de conduite, que les Anglais ont adoptée en Gambie à l’égard des indigènes, est bien faite pour leur attirer toutes les sympathies des noirs. Aussi, il faut voir comme les habitants de George-Town se sont, pour ainsi dire identifiés avec leurs gouvernants. Ils ne leur ont pas pris seulement leur langue, mais aussi leurs mœurs, leurs coutumes, et je dirai presque aussi leurs sympathies et leurs antipathies. Rien d’intéressant et d’instructif comme de voir, le dimanche, cette population de Noirs, de races diverses, se rendre en costume Européen au temple protestant. Enfin la meilleure preuve que nous pourrions apporter à l’appui de ce que nous venons de dire, est le respect qu’ils ont su leur inculquer pour la reine Victoria. Le jour de sa fête est jour férié et l’hymne national y est chanté par toute la population indistinctement.
Au point de vue administratif comme au point de vue politique, Mac-Carthy dépend entièrement de Bathurst. L’autorité anglaise y est représentée par un gouverneur qui relève de celui de Bathurst. Il est nommé par le pouvoir métropolitain sur la proposition de ce dernier. Lorsqu’il s’absente, il est remplacé dans ses fonctions par un intérimaire nommé par le gouverneur de Bathurst. Cet intérimaire est généralement un habitant notable anglais de la ville.
Le gouverneur est un fonctionnaire absolument civil, qui tient entre ses mains tous les rouages administratifs et tous les pouvoirs. C’est la seule autorité de l’île. Il est assisté, pour la justice, par une sorte de greffier-secrétaire. Sa juridiction est fort peu étendue et ses pouvoirs très restreints. Au criminel, il ne peut condamner qu’à de légères amendes et n’infliger que quelques jours de prison. Au civil, il remplit à peu près les fonctions de juge de paix. Les affaires graves et importantes sont jugées par les tribunaux de Bathurst, auxquels on peut toujours, du reste, faire appel des jugements rendus par le gouverneur.
Il n’y a pas de garnison à Mac-Carthy. Une dizaine de police-men, commandés par un sergent, sont chargés, sous l’autorité du gouverneur, de maintenir l’ordre. A part ces modestes fonctionnaires, il n’y a dans l’île aucune force militaire constituée, et pour la défense, en cas d’attaque, l’autorité ne dispose que de quelques canons d’un ancien modèle et des quelques fusils dont est armée la police.