Départ de Mac-Carthy. — En route pour le Kalonkadougou. — Diamali. — La vigne du Soudan. — Canouma. — Le Fonio. — Le Fromager. — Counté-Counda. — Arrivée à Demba-Counda. — Fatigue extrême. — Bonne réception. — Le village. — Son chef. — Je suis forcé d’y rester deux jours. — Description de la route de Mac-Carthy à Demba-Counda. — Géologie. — Botanique. — Bizarre superstition. — Départ de Demba-Counda. — Arrivée à Kountata, premier village du Kalonkadougou. — De Kountata à Diambour. — Beaux lougans. — Les puits de Diambour. — Belle réception. — Le village. — Massa-Diambour. — Séjour à Diambour. — Départ pour Goundiourou. — Arrivée à Goundiourou. — Village en ruines. — Oseille et tomates indigènes. — Description de la route de Diambour à Goundiourou. — De Goundiourou à Daouadi. — Guiriméo. — Mansa-Bakari-Counda. — Saré-Dadi. — Daouadi. — Aspect du village. — Un courrier rapide. — Lettre de M. Frey. — Description de la route de Goundiourou à Daouadi. — La gomme et les gommiers. — La gomme de Kellé. — De Daouadi à Coutia. — Boulou. — Coutia. — Massa-Coutia. — Aspect du village. — Les tisserands. — Description de la route de Daouadi à Coutia. — Le coton. — Les Niébès-Ghertés ou Tigalo-N’galo. — Patates douces.

27 novembre. — Ce fut le 27 novembre seulement que nous pûmes nous remettre en route. Malgré une nuit de fièvre et d’insomnie, bien que la température fût excellente, je me décidai quand même à partir. J’étais intimement convaincu que dès que nous aurions atteint des régions plus septentrionales et des plateaux plus élevés, nous verrions rapidement disparaître les accidents palustres dont nous avions souffert à Mac-Carthy. Ma faiblesse était devenue extrême, en peu de jours ma figure avait pris le cachet paludéen caractéristique de la côte occidentale d’Afrique. MM. les agents font tous leurs efforts pour me retenir ; mais je refuse absolument leur bonne invitation. Je ne puis rester plus longtemps, j’estime que j’ai assez perdu de jours et il faut enfin partir, si je ne veux pas tomber plus sérieusement malade et peut-être être obligé de rentrer en France sans avoir accompli ma tâche.

Donc, le 27 novembre, à 7 heures du matin, nous quittons la factorerie. MM. les agents viennent m’accompagner de l’autre côté du fleuve où m’attendent mon cheval et mon palefrenier. Là, après les avoir remerciés de leur bonne hospitalité, je monte à cheval, et, à mon grand étonnement, je me hisse avec bien moins de peine que je ne l’aurais cru. A Lamine-Coto, je trouve tout préparé pour le départ, et après avoir remercié le chef d’avoir donné l’hospitalité à mes hommes et lui avoir prouvé par un beau cadeau toute ma reconnaissance, nous nous mettons en route pour Demba-Counda, village distant de seize kilomètres environ et où j’avais décidé de faire étape ce jour-là.

Diamali. — A 7 h. 50, nous traversons le petit village Toucouleur de Diamali. Sa population est d’environ 150 habitants. Ce sont des Toucouleurs-Torodos qui y émigrèrent à peu près à la même époque que ceux de Oualia et de Dinguiray. Tout le long de la route, je constatai l’existence de nombreux pieds de « Vigne du Soudan », de différentes espèces.

Vigne du Soudan. — Ce végétal est très commun au Soudan. Je l’ai trouvé un peu partout mais particulièrement aux environs de Kayes, à Koundou, à Niagassola, dans le Bondou, le Tiali, le Niéri, le Ouli, le Bélédougou, le ravin de Soknafi, non loin de Bammako, etc., etc. Nulle part il n’est cultivé et croît partout spontanément. Il affectionne particulièrement les terrains bas, humides et surtout les forêts les plus épaisses et dont le sol est le plus riche en humus. J’ai remarqué que les pieds qui croissaient sur les plateaux portaient rarement des fruits. Ils étaient brûlés par le soleil avant d’avoir produit, et n’arrivaient jamais à complet développement.

La vigne du Soudan ressemble beaucoup, comme port, aux vignes américaines et surtout aux espèces Othello et Hundinckton que l’on cultive actuellement en France, mais elle est loin d’atteindre les dimensions qu’elles acquièrent sous nos climats. C’est surtout par le feuillage qu’elle s’en rapproche le plus.

Elle fleurit vers la fin de juillet ou le commencement d’août, ses fruits arrivent à maturité complète vers la fin d’octobre ou au commencement de novembre. Les grappes en sont généralement peu nombreuses et peu fournies. Nous avons souvent vu des pieds adultes qui n’en portaient aucune.

Jusqu’à ce jour on en a déterminé cinq espèces principales, les Vitis Lecardi, Durandi, Faidherbi, Chantini et Narydi. Les trois dernières sont les plus productives. Le Vitis Faidherbi donne un raisin jaunâtre, et la Vitis Narydi un raisin très doré ; quant à l’espèce Lecardi, qui est surtout très commune sur les bords du Niger, elle produit un grain violet noirâtre qui n’a que peu de saveur.

Les grains de toutes les espèces de vigne du Soudan sont petits. Leur grosseur ne dépasse pas celle d’un gros pois. La pulpe est peu abondante et les graines très volumineuses. C’est, du reste, la caractéristique de la majeure partie des fruits non cultivés des pays chauds. Cette pulpe a légèrement le goût du raisin, et encore n’arrive-t-on à le découvrir qu’avec la plus grande bonne volonté. On a fait à ces végétaux une réputation qu’ils sont loin de mériter, et certains utopistes leur ont attribué une importance que dans l’état actuel des choses, ils sont loin d’avoir. Peut-être arrivera-t-on, par la culture, à les améliorer et à en augmenter la production, mais bien des siècles s’écouleront encore avant qu’on ait pu en tirer un produit qui puisse rappeler de loin les vins de nos plus mauvais crûs.

A neuf heures, nous faisons halte au village Toucouleur de Canouma. Canouma est un village de 350 habitants, bien bâti, propre et habité par des Toucouleurs-Torodos émigrés du Fouta, à la suite d’Ousmann-Celli, le chef de Oualia. Ils s’étaient d’abord fixés dans ce dernier village, mais des différends étant survenus entre eux et le chef, ils partirent et vinrent s’établir à Canouma. Dès mon arrivée, le chef et les principaux notables vinrent me saluer. Je trouve là également le frère du chef de Demba-Counda, venu au-devant de moi pour me conduire dans son village. Après une halte d’un quart d’heure pendant lequel nous pûmes nous désaltérer, grâce à l’amabilité du chef qui, dès que j’eus mis pied à terre, m’avait envoyé deux calebasses d’excellent lait, nous nous remettons en route. Non loin de Canouma, nous laissons un peu sur notre droite un petit village Peulh, enfoui, comme ils le sont tous, au milieu du mil. Quand nous passons devant ses cases, qui s’élèvent à deux cents mètres de la route environ, les femmes et les enfants sont occupés à récolter le Fonio. C’est la saison, du reste. Le riz a disparu et est remplacé par cette céréale, que, dans certaines régions, les indigènes lui préfèrent.