Saré-Dadi. — A un kilomètre de là environ se trouve le petit village de Saré-Dadi, dont la population, entièrement composée de Peulhs, ne dépasse pas 60 habitants. Il est, comme tous les villages Peulhs, construit en paille et ne présente rien de particulier que son troupeau de plus de deux cents bœufs. Il possède, en outre, un grand nombre de chèvres et de moutons.
Daouadi. — A 9 h. 20 enfin nous sommes à Daouadi, où nous allons passer la journée et camper. C’est un village de 350 habitants environ. La population est Malinkée de la famille des N’Dao. Il mérite une mention honorable, car il est un peu moins sale que les villages Malinkés visités jusqu’à ce jour et ses cases sont mieux entretenues. Il est entouré des ruines d’un ancien tata qui devait être assez sérieux. A l’intérieur, se trouve un second tata concentrique au premier qui entoure les cases du chef et qui a été tout récemment construit. Je suis bien reçu et bien logé autant qu’on peut l’être dans un village noir. La journée se passe bien pour tout le monde. Je n’ai pas besoin de dire que je reçois de nombreuses visites. Tous les chefs des environs sont venus me saluer, et celui de Coutia, où je dois aller demain, m’a envoyé son fils pour me conduire chez lui ; on n’est pas plus prévenant.
Pendant mon séjour à Diambour, j’avais expédié à Mac-Carthy un courrier pour y aller chercher différents objets qui m’étaient nécessaires et dont j’avais, au moment du départ, oublié de me prémunir. J’étais à peine installé à Daouadi qu’il arriva, ayant accompli la mission dont je l’avais chargé. Il avait fait, aller et retour, cent-dix-huit kilomètres en moins de 24 heures. D’après les calculs que je fis, il avait dû marcher à une allure de près de six kilomètres à l’heure. Ces exemples de vitesse chez les noirs ne sont pas rares. Nous en avons connu qui parcouraient en un temps relativement court des distances vraiment fabuleuses. Quand je lui demandai comment il avait pu faire pour marcher aussi vite, il me répondit qu’il avait « mangé du Kola pendant toute la route et que « cela l’avait fait marcher ». Nous reviendrons dans le cours de cette relation sur cette importante question. Notre homme était bien un peu fourbu en arrivant à Daouadi, mais après d’abondantes ablutions et un massage vigoureux, il repartit dans la soirée pour Diambour, où il habitait. Outre ce que j’avais demandé à Mac-Carthy, M. Frey avait eu l’extrême obligeance de m’envoyer en plus une dizaine de kilogs. de pommes de terre et cent citrons environ. Je n’ai pas besoin de dire avec quel plaisir et quelle reconnaissance j’accueillis ce précieux présent. Ceux qui ont voyagé dans ces contrées déshéritées en seront aisément convaincus. Une lettre fort aimable l’accompagnait. Entre autres choses, elle m’annonçait que M. Joannon était de nouveau malade. M. Frey lui-même gardait le lit depuis mon départ. La fièvre l’avait terrassé le soir même du jour où je les avais quittés. J’appris peu de jours après, avec satisfaction, par un noir qui revenait de George-Town, qu’ils avaient été tous les deux gravement atteints, mais qu’ils s’étaient rapidement rétablis.
La route de Goundiourou à Daouadi ne présente rien de bien particulier. La nature du terrain se modifie de plus en plus et nous n’avons maintenant que des argiles compactes. C’est absolument le sol du Ferlo et du Bondou. Pas de marigots. A partir de Guiriméo, le sol s’élève un peu et Daouadi est situé au milieu d’un plateau d’où l’on aperçoit au loin, vers le Nord et le Nord-Est, quelques petites collines qui paraissent assez boisées.
Le mil, coton, oseille, arachides, tomates sont les plantes alimentaires qui y sont principalement cultivées. La flore devient de plus en plus pauvre. Les Mimosées et les Acacias deviennent de plus en plus fréquents. Par-ci, par-là nous trouvons quelques gommiers et, d’après les dires des habitants, on trouverait aussi, dans la brousse, quelques échantillons du végétal qui donne la gomme de Kellé.
Gomme et Gommiers. — La gomme arabique est l’objet, chacun le sait, de transactions commerciales importantes au Sénégal. Elle y est surtout apportée aux escales du fleuve par les Maures de la rive droite. C’est dans leur pays que les végétaux qui la donnent sont particulièrement abondants. Cette gomme est produite par plusieurs variétés d’Acacias, dont les principales sont les suivantes : Verek, neboueb, adstringens, tomentosa, fasciculata et Seyal. La plus estimée est donnée par l’Acacia Verek G. et P. Cette exsudation n’apparaîtrait que sous l’influence de certaines conditions morbides des végétaux et serait souvent aidée, sinon provoquée par une plante parasite nommée le Loranthus Senegalensis[18]. L’Acacia Verek habite surtout le pays des Maures. Il est très rare dans les contrées situées sur la rive gauche du fleuve. On n’en trouve que quelques échantillons dans le Bondou et le Ferlo. Nous en avons trouvé quelques-uns dans le Kalonkadougou également. Mais ce sont surtout les autres variétés qui y sont plus communes. Elles donnent une gomme généralement peu estimée. Les indigènes, du reste, ne la récoltent pas.
Gomme de Kellé. — Il existe encore, dans le Bondou notamment, le Bambouk et les pays avoisinants, une autre espèce de gomme que les Toucouleurs nomment Kellé et les Malinkés Kelli. Ce n’est pas, à proprement parler, une gomme véritable. Ses caractères la rapprocheraient davantage de la gutta-percha. Il nous a été impossible de nous en procurer. Les indigènes lui donnent, en effet, des vertus remarquables. D’après eux, tout noir qui posséderait dans sa case un fragment de Kellé serait assuré de voir tout lui réussir et d’acquérir une grosse fortune. Aussi, quand ils en possèdent, ils la cachent précieusement avec un soin jaloux. De même, quand ils connaissent l’existence quelque part d’un échantillon du végétal qui la produit, ils se gardent bien d’en faire part à qui que ce soit. Je n’ai jamais pu le voir ; mais j’ai tout lieu de croire, à la description qui m’en a été faite, que ce serait une Légumineuse. Je ne puis cependant pas l’affirmer. Quoiqu’il en soit, cette plante est excessivement rare et regardée comme fétiche dans toutes les régions où on la rencontre.
5 décembre. — A 5 heures 45, nous quittons Daouadi par une température excessivement fraîche et nous nous dirigeons à l’Est-Sud-Est vers Coutia, où j’ai décidé d’aller passer la journée et où je suis attendu.
La route se fait rapidement et sans encombre. A 6 heures 15, nous traversons le petit village de Boulou, dont la population, d’une centaine d’habitants environ, est uniquement formée de Malinkés. Il est entouré de vastes lougans d’arachides. — De Boulou à Coutia, nous marchons au milieu des lougans de mil de ce dernier village. Ils sont immenses et s’étendent à perte de vue. A 7 heures 15, nous mettons pied à terre à Coutia.
Coutia. — C’est un gros village Malinké, dont la population s’élève à 900 habitants environ. Il se compose de deux villages, un gros et un petit, séparés par quelques centaines de mètres à peine. Le village principal, où nous avons campé, est un village Malinké dans toute l’acception du mot. Il est entouré d’un mauvais sagné et son tata tombe partout en ruines. Le tata intérieur qui entoure les cases du chef est cependant bien entretenu et assez sérieux. La place principale du village est encombrée par des ordures et des détritus de toutes sortes.