Kantora

CHAPITRE XI

Le Kantora. — Limites, frontières. — Aspect général. — Hydrologie. — Orographie. — Constitution géologique du sol. — Flore, productions du sol, cultures. — Faune, animaux domestiques. — Populations. — Ethnographie. — Rapports du chef avec ses administrés. — Situation politique actuelle. — Rapports avec les autorités françaises. — Émigration.

Le Kantora est situé sur la rive gauche de la Gambie. C’est un pays relativement peu étendu et aujourd’hui absolument dépeuplé. Il eut, paraît-il, au commencement du siècle, une grande prospérité, et d’Almada, géographe portugais, rappelle qu’il y avait autrefois à Kantor un marché qui était dans ces régions ce qu’était sur les confins du Sahara celui de Tombouctou. C’est ce marché qui a donné son nom à la région environnante et pendant longtemps ce pays n’a été connu que sous le nom de pays de Kantor ou Kontor. Jusqu’en 1879 il fut, pour ainsi dire, oublié. Gouldsbury le visita très superficiellement à cette époque et le trouva désert. En 1888 les quelques habitants qui y sont restés vinrent d’eux-mêmes à Kayes nous demander notre protection, et, en 1889, Briquelot visita Son-Counda. En 1891, le lieutenant Tête poussa une pointe jusque-là et c’est quelques mois après lui que nous y passâmes. Nous avons pu recueillir sur ce pays quelques notes qui ne seront pas sans intérêt pour le lecteur.

Les limites du Kantora sont assez nettement établies, sauf au Sud, où une ligne fictive le séparerait du Fouladougou de Moussa-Molo (autrefois pays de Ghabou). Toutefois, nous pouvons dire d’après les renseignements que nous nous sommes procurés, qu’il serait compris entre les 15° 50′ et 16° 27′ de longitude Ouest et les 13° 3′ et 13° 16′ de latitude Nord. Il est bien entendu que nous donnons là ses limites extrêmes. Il est séparé à l’Est du pays de Damentan par la Gambie et environ vingt kilomètres du Koulontou ou rivière Grey, à partir de son embouchure dans la Gambie. Au Nord, la Gambie le sépare du Ouli jusqu’aux environs de Tambacessé. A l’Ouest, il est séparé ainsi qu’au Sud du Fouladougou par une ligne fictive qui, partant de la Gambie entre Piraï et Tambacessé, passerait non loin de Cissé-Counda et de là se dirigerait directement à l’Ouest jusqu’à la Rivière Grey ou Koulontou.

Aspect général. — L’aspect général du Kantora diffère suivant qu’on le parcourt dans sa partie Est ou dans sa partie Ouest. A l’Est, on ne rencontre que de vastes plaines marécageuses et absolument stériles. Du reste, à part un petit village de Sarracolés situé aux environs de Son-Counda, toute cette région est absolument inhabitée, et d’après les renseignements qui m’ont été donnés, elle aurait toujours été déserte. Il en est tout autrement de la partie Ouest. Ce pays présente plutôt un aspect montagneux. La terre y est fertile et c’est là uniquement où s’élevaient autrefois les nombreux villages du Kantora disparus aujourd’hui, soit par la guerre, soit par l’émigration. La végétation y est magnifique et rappelle celle des Rivières du Sud. Il n’en est pas de même de la partie Est, où on ne voit qu’une brousse épaisse et quelques rares arbres rabougris.

En résumé, le Kantora appartient dans sa partie Est aux pays de plaines et de marécages et dans sa partie Ouest aux pays de montagne, si toutefois on peut appeler ainsi les nombreuses collines qui le parcourent.

Hydrologie. — Le Kantora appartient tout entier au bassin de la Gambie, et tous les marigots qui l’arrosent sont tributaires de ce fleuve. Nous commencerons la description de son hydrologie au point où sa frontière vient couper la Gambie entre Tambacessé et Piraï. Un peu en amont de ce village elle reçoit le marigot de Suisma, dont la branche principale passe à Oualiba-Counda. Ce marigot est formé de deux branches. La seconde, moins importante que la première, coule dans une étroite vallée que dominent deux rangées de collines parallèles au cours du marigot et qui est excessivement fertile. Elle est maintenant inhabitée. Jusqu’au marigot de Fania, nous ne trouvons plus que de petits cours d’eau sans importance, mais qui n’en contribuent pas moins à augmenter la fertilité de cette région. Le marigot de Fania débouche dans la Gambie, non loin de Yabouteguenda. Il passe tout près de la grande mare de Nébourou, coupe la route de Son-Counda à Damentan et s’étale en un vaste marais aux environs des ruines de Sadofou. Le marigot de Soubasouto, dont l’embouchure n’est située qu’à deux kilomètres de celle du précédent est de peu d’importance.

A partir de ce point, nous entrons dans la région Est du Kantora. Bien qu’également très arrosée, elle est, vu la nature elle-même du sol, absolument stérile. On peut dire qu’une ligne droite passant par Yabouteguenda et Son-Counda, et coupant la ligne frontière au Sud, forme la séparation entre ces deux parties du Kantora. On trouve d’abord en procédant de l’Ouest à l’Est le marigot de Kokou, profond, vaseux et d’un passage difficile, puis celui de Médina, non loin duquel se trouve la grande mare de Palama. Le marigot de Demba-Sansan a son point d’origine non loin du village de Toubinto dans le Fouladougou. Vers le milieu de son cours, il s’étale en une vaste mare de même nom que lui, puis se rétrécit peu à peu pour venir déboucher dans la Gambie, à quelques kilomètres seulement du marigot de Médina. A peu de distance du Demba-Sansan, se trouve le marigot de Tabali. Il coule sur un lit de petits cailloux ferrugineux très fins. Non loin de l’extrême pointe du grand coude que forme la Gambie en cet endroit, se trouve l’embouchure du marigot de Canafoulou et enfin à quelques kilomètres de là on trouve le Koulontou ou Rivière Grey.