Grâce à l’initiative de son chef, Sandia, il y existe un petit embryon de commerce. Et pourtant sa situation exceptionnelle devrait en faire un centre important de transactions. Nétéboulou est en effet situé au point de jonction des principales routes qui sillonnent la région. C’est le lieu de passage tout indiqué des caravanes qui se rendent de Bakel, du Bondou, du Bambouck, du Tenda à Mac-Carthy ou à Bathurst ou bien qui en reviennent. C’est là encore que font étape tous les dioulas qui se rendent sur la rive gauche de la Gambie dans le Fouladougou de Moussa-Molo ou qui regagnent Bakel et Médine. Pendant le séjour que nous y avons fait, nous avons pu assister fréquemment à ces arrivées et à ces départs de dioulas et de caravanes, et il ne s’est pour ainsi dire pas passé de jour que nous n’ayons reçu la visite de ces voyageurs. Si nous ajoutons enfin que Nétéboulou n’est distant de la Gambie que de vingt kilomètres et que son marigot est navigable toute l’année jusqu’à Genoto, à 5 kilom. du village, on comprendra aisément que peu d’efforts suffiraient pour en faire le débouché de tout le Ouli, le Tenda et le Diaka. Disons en terminant que la Gambie cesse d’être navigable pour les bâtiments de fort tonnage à quelques kilomètres au-dessus de l’embouchure du marigot de Nétéboulou. Elle est, en effet, en ce point traversée par un barrage rocheux qui s’étend d’une rive à l’autre.
C’est le barrage de Kokonko-Taloto. Ce détail est important à noter, et, de ce fait, nous estimons que Nétéboulou et Genoto sont appelés sous peu à devenir des centres commerciaux qui ne seront pas à dédaigner. Son chef fait, du reste, tout ce qu’il faut pour cela. Il entretient des relations suivies avec la factorerie Française de Mac-Carthy, et j’ai appris que, grâce aux renseignements que j’avais donnés à ce sujet à l’agent qui la dirige, il s’était fait, dans ces parages, sous la direction de Sandia lui-même, des échanges relativement fructueux. Ce n’était là qu’un essai qui a dû être recommencé, cette année, sur une plus grande échelle. Maintenant que la paix la plus profonde règne dans ces contrées, et, étant donné surtout les procédés que la Compagnie emploie vis-à-vis des indigènes, nous ne doutons pas que le succès le plus complet ne vienne couronner les efforts qu’elle n’a jamais cessé de faire pour développer en Gambie notre commerce et notre influence. La cire du Tenda, l’ivoire et surtout les arachides du Ouli suffiront amplement pour alimenter cette escale et seront pour les trafiquants une source de bénéfices sérieux.
Les habitants de Nétéboulou, paisibles agriculteurs, se livrent avec soin à l’élevage des bestiaux. Le village possède un beau troupeau d’une cinquantaine de têtes dont Sandia s’occupe régulièrement chaque jour et dont la plus grande partie lui appartient. J’ai été bien heureux, pendant les quelques semaines que j’y suis resté, d’y trouver, matin et soir, un peu de lait, et de temps en temps un peu de viande fraîche pour réparer mes forces épuisées par la maladie. C’est assurément à ces modestes ressources, qui furent toujours généreusement mises à ma disposition, que je dois de ne pas avoir succombé. Les moutons, chèvres et poulets y sont aussi relativement nombreux et permettent aux habitants de varier un peu leur alimentation. Quant aux chevaux, outre le mien, je n’y en ai jamais vu que deux : celui de Sandia et celui de son frère, Mody-Moussa. Cet animal domestique, est, du reste, assez rare dans toute cette région. Il y vit difficilement et a besoin de grands soins pour pouvoir y supporter les rigueurs du climat.
En résumé, nous estimons, d’après ce que nous y avons vu, qu’il serait facile d’augmenter dans une notable mesure les ressources de ce petit village, d’y attirer les produits des pays voisins, et enfin d’en faire le centre commercial le plus important de la contrée.
Vue prise de la Falémé.
CHAPITRE DEUXIÈME
Départ de Nétéboulou. — Témoignages de sympathie de la population. — En route pour Sini. — Ordre de marche de la caravane. — La plaine de Genoto. — Arrivée à Makadian-Counda. — De Makadian-Counda à Sini. — Arrivée à Sini. — Belle réception. — Le tam-tam. — Le Balafon. — Sérénade. — Le chef du Ouli, Massa-Ouli. — Sa famille. — Description de la route suivie. — Géologie. — Botanique. — Le Nété. — Le Téli. — Le N’taba. — Sini. — Sa population. — Belles cultures. — Départ de Sini. — Canapé. — Lait et beurre en abondance. — Soutoko. — La mosquée. — Villages Peulhs. — Fatigue de la route. — Arrivée à Barocounda. — Départ de Barocounda. — Arrivée à Toubacouta. — Épisode de la guerre du marabout Mahmadou-Lamine-Dramé. — Réception peu cordiale à Toubacouta. — Belle case. — Traces du passage de la mission de délimitation des possessions Françaises et Anglaises en Gambie. — Toubacouta. — L’ancien et le nouveau village. — L’envoyé de Guimmé-Mahmady, le chef du Sandougou. — Beaux lougans. — Belles rizières. — Le marigot de Maka-Doua, frontière du Ouli et du Sandougou. — Description de la route de Sini à Toubacouta. — Géologie. — Botanique. — Le dougoura.