Les Malinkés du Kantora ne diffèrent en rien des autres Malinkés. Ils sont aussi sales et aussi dégoûtants ; ivrognes et fainéants, ils sont absolument abrutis à la fois par l’abus de l’alcool et par le qui-vive sur lequel ils vivent sans cesse.

Rapports du chef avec ses administrés. — Ils sont ce que sont les rapports des chefs avec leurs sujets dans tous les pays Malinkés. Le chef ne possède aucune autorité et ne jouit, pas plus que les autres habitants du village, d’aucune prérogative particulière. Il est absolument inutile. C’est l’anarchie la plus complète. Tout le monde commande et personne n’obéit. Le chef actuel, Kouta-Mandou, vieillard de 65 ans environ, s’est plaint, quand j’y suis passé, de la situation qu’il subissait et de l’opposition qu’en toutes circonstances lui faisaient ses principaux notables. Malgré moi, il me fallut, à sa prière, en faire l’observation aux intéressés dans un grand palabre.

Situation politique actuelle.Rapports avec les autorités françaises. — Comme on le voit, la situation de ce pays jadis prospère est loin d’être belle aujourd’hui. Sans cesse harcelés par les Peulhs et les gens du Foréah qui viennent leur enlever des hommes et des femmes jusque sous les murs du village, ils ne peuvent sortir de leur enceinte que le fusil sur l’épaule. De plus, Moussa-Molo qui, depuis quelques années, les laissait en paix, après les avoir plusieurs fois attaqués en pure perte, a repris contre eux l’offensive. Pendant mon séjour à Son-Counda, il s’est avancé à deux jours de marche du village avec une forte colonne, et, s’il n’a pas attaqué, c’est uniquement parce qu’il a appris ma présence dans le pays.

Le Kantora avait été placé sous le protectorat de la France à la suite d’un traité conclu le 23 décembre 1888 à Kayes par le chef d’escadron d’artillerie de marine Archinard, alors commandant supérieur du Soudan français, avec les mandataires de Couta-Mandou, chef du pays. Au point de vue administratif, politique et judiciaire il relevait du commandant du cercle de Bakel.

Depuis cette époque, par le traité du 10 août 1889, nous avons cédé à l’Angleterre toute la région Ouest du Kantora jusqu’à Yabouteguenda.

Emigration. — Les Malinkés du Kantora, pendant mon séjour à Son-Counda, m’avaient manifesté leur intention bien formelle d’émigrer en masse sur la rive droite de la Gambie pour fuir les attaques incessantes de Moussa-Molo et les rapines de gens du Foréah. La tranquillité qui régnait dans les régions du Ouli et du Sandougou, soumises à notre autorité, les engageait à venir s’y fixer et à se rapprocher de leurs alliés naturels. L’arrangement conclu avec l’Angleterre les décida. Voulant rester Français, ils viennent d’abandonner leur pays et se sont réfugiés dans le Ouli. De leur côté les Sarracolés de Diara-Counda sont retournés dans le Bondou, leur pays d’origine. Le Kantora est aujourd’hui désert, et il ne sera guère possible de le repeupler que si l’on met Moussa-Molo dans l’absolue impossibilité de nuire.



SON-COUNDA