Saba (liane à caoutchouc).
A, feuilles. — B, feuilles et fruits.
Le Delbi est une liane de la famille des Apocynées dont le feuillage rappelle celui du Laré et du Saba dont nous avons parlé plus haut. Il croît de préférence sur les hauts plateaux et en moins grande quantité sur les bords des rivières, fleuves et marigots. On le trouve partout au Soudan. Ce sont les peuples de race Peulhe qui lui ont donné le seul nom sous lequel nous la connaissions. Elle n’acquiert que rarement de grandes dimensions et son pied a, tout au plus, 6 à 8 centimètres de diamètre. Ses fleurs blanches ont à peu de chose près les caractères macroscopiques de celles du Laré, et, comme elles, ressemblent à celles du jasmin dont elles rappellent un peu l’odeur. Le fruit est un follicule sec qui contient environ 25 à 30 graines comprimées. Il est mûr vers la fin de mars. Son aspect grêle et chétif ne permet pas de la confondre avec le Laré. Comme cette dernière, elle laisse découler à l’incision un suc blanc laiteux, très aqueux et qui poisse les doigts. Nous serions tentés de croire que ce n’est autre chose qu’un caoutchouc de mauvaise qualité. Pendant la saison sèche, ce suc fait absolument défaut. On n’en trouve que pendant l’hivernage et encore en très petite quantité. Les indigènes, du Niocolo notamment, se servent des feuilles pour panser certains ulcères de mauvaise nature. Nous ne voyons pas trop quelle pourrait être leur action thérapeutique. Cette plante doit être, d’après le professeur Heckel, le Vahea Heudelotii A. D. C.
Le Bonghi, ainsi nommé par les peuples de race Peulhe, est appelé Nombo par les Bambaras et les Malinkés. C’est encore une belle liane de la famille des Apocynées. Elle croît de préférence dans les bas-fonds humides, et est très rare. Nous ne l’avons trouvée en grande quantité qu’aux environs de Dalafine dans le Tiali. On la rencontre, il est vrai, un peu partout au Soudan. Mais elle est partout très clairsemée. Elle acquiert de grandes dimensions surtout dans les terrains très humides, et elle est facile à reconnaître à son port majestueux et au dôme de verdure qu’elle forme au-dessus des végétaux auxquels elle s’attache. Son feuillage rappelle celui du Laré et celui du Delbi, mais ses fleurs ne permettent pas de la confondre avec ces deux dernières lianes. Au lieu d’être blanches elles sont rosées, volumineuses et leur calice est hypocratérimorphe. Elle donne à l’incision un suc blanc laiteux, aqueux et qui poisse les doigts. Contrairement au Delbi, elle en laisse découler en toutes saisons, mais en bien plus grande quantité pendant l’hivernage que pendant la saison sèche. A cette époque de l’année, c’est à peine s’il vient sourdre, peu après l’incision, quelques rares gouttelettes qui se coagulent immédiatement et donnent un produit ayant l’aspect de celui que l’on obtient du Laré. Pendant l’hivernage, au contraire, le rendement est bien plus considérable, sans cependant égaler ce que l’on obtient du Laré. Les indigènes n’emploient le Delbi à aucun usage. Cette plante, d’après l’opinion du professeur Heckel, serait le Vahea florida F. Mueller.
Le Barambara est un petit arbuste qui croît, de préférence, sur les plateaux rocheux, dans les terrains pauvres et dans l’interstice des roches. Il nous a semblé être une Combretacée, mais nous ne saurions l’affirmer. Ses feuilles sont peltées, de petites dimensions. Leur face supérieure est d’un vert pâle et leur face inférieure blanchâtre est couverte de poils qui donnent au toucher la sensation du velours. Cette couleur caractéristique du feuillage permet de reconnaître la plante de loin. Son port est celui d’un petit arbuste d’un mètre soixante centimètres de hauteur au plus. Si on écrase les feuilles dans la main, elles dégagent une odeur vireuse très prononcée. Les fleurs sont jaunâtres, toujours peu nombreuses, et les fruits ont l’apparence d’une drupe très coriace. La tige est cylindrique, généralement courte, et les rameaux s’en détachent à trente centimètres au plus du sol. Il vient par touffes de huit à dix pieds au plus. Les jeunes rameaux sont polyédriques, à côtes très prononcées. Leur écorce est vert pâle, tandis que celle des rameaux principaux et de la tige est plutôt blanchâtre. Cet arbuste est très commun dans tout le Soudan. Ses rameaux servent partout aux indigènes pour se nettoyer les dents. Voici comment : on en coupe un fragment d’environ quinze centimètres de longueur. Son diamètre ne doit pas avoir guère plus d’un centimètre au grand maximum. On mâche une des extrémités de façon à en faire une véritable brosse avec laquelle on se frotte ensuite les dents. Ce procédé est excellent.
Je crois que c’est à son fréquent emploi que les noirs doivent de conserver si longtemps à leurs dents leur éclatante blancheur. De plus, le tannin qui s’y trouve en grande quantité contribue beaucoup à conserver aux gencives leur fermeté et leur tonicité. Beaucoup de végétaux servent à cet usage, mais au Soudan particulièrement, c’est le barambara qui jouit de la plus grande faveur. Sur tous les marchés on trouve ces petites tiges de bois. Elles se vendent couramment cinq centimes les cinq. Les Ouolofs leur donnent le nom de Sottio. Les Malinkés de la Haute-Gambie vantent les propriétés fébrifuges de ses racines. Ils les emploient fraîches ou sèches en décoction et en macération. Dans le premier cas, si on se sert de racines fraîches, on en prend environ deux cents grammes de petits fragments munis de leur écorce. On fait macérer pendant vingt-quatre heures dans environ un litre d’eau. D’autre part, on fabrique avec la même quantité que l’on fait bouillir dans deux litres et demi d’eau une légère tisane. La macération est administrée au début de l’accès de fièvre et la tisane entre les accès. Cette médication donnerait, paraît-il, de bons résultats. Nous n’avons jamais été à même de les constater. Si, au contraire, on emploie la racine sèche, on la réduit en petits fragments que l’on pile de façon à en faire une poudre assez grossière. On prend environ cent grammes de cette poudre que l’on met à macérer pendant vingt-quatre heures dans environ 750 gr. d’eau. Pour la tisane, on met à bouillir dans deux litres d’eau à peu près cinquante grammes de cette poudre que l’on a, au préalable, enveloppée dans un petit morceau d’étoffe. L’administration se fait comme ci-dessus. La racine fraîche serait, paraît-il, plus active que la racine sèche.
19 décembre. — La nuit se passe sans incidents, et, à 5 heures 15 du matin, nous levons le camp et nous nous mettons en route pour Damentan. Jusqu’au jour, la marche est relativement lente. Mais dès que la lumière se fait nous reprenons bientôt notre allure ordinaire. A 7 heures, pendant la halte, j’expédie deux hommes au village pour annoncer mon arrivée au chef. Nous traversons successivement et sans difficultés les marigots de Samasindio et de Boulodiaroto. A 8 heures 40, nous sommes au marigot de Damentan où coule une eau limpide et claire. Les bords de ces marigots sont couverts de superbes télis. Aussi est-il impossible d’y faire boire nos chevaux. Il est 11 heures 40 quand nous arrivons enfin en vue du village. Au pied du petit monticule sur lequel est construit Damentan, nous traversons une seconde fois le marigot de ce nom sur un pont des plus primitifs. Ce pont est simplement formé d’une longue pièce de bois qui repose sur les deux rives. Des pieux plantés dans le fond du marigot la dépassent d’un mètre et demi environ. Ils sont attachés au pont lui-même à l’aide de cordes de baobab et à leur extrémité supérieure sont fixés par le même procédé de l’un à l’autre des bambous qui servent de parapet. Il n’y en a que du côté gauche du pont. Aussi faut-il faire pour le traverser des merveilles d’équilibre. Le passage se fait sans aucun accident. Mes hommes passent sans difficultés avec leurs charges sur la tête. Mais, il faut desseller les chevaux et les conduire à la nage sur l’autre rive. Nous y trouvons le fils du chef que son père a envoyé à notre avance. Il est en grande tenue de guerre et accompagné de plusieurs de ses hommes armés comme lui jusqu’aux dents. Il nous souhaite la bienvenue et nous conduit au village dont toute la population nous regarde avec des yeux étonnés. Je constate avec plaisir que c’est dans sa case même que je suis logé. La case de mes hommes et celle de Sandia et d’Almoudo sont voisines de la mienne.
La distance qui sépare le marigot de Konkou-Oulou-Boulo de Damentan est de 27 kilomètres 800 environ et la route suit une direction générale qui est à peu près S.-S.-E. Toujours des argiles compactes. Il n’y a qu’à quelques kilomètres avant d’arriver à Damentan que nous trouvons un peu de latérite. La flore a également peu varié. Nous ne signalerons seulement comme végétaux nouveaux que quelques rares échantillons de Karités qui se trouvent entre le marigot de Boulodiaroto et celui de Damentan. Ce sont les premiers que nous ayons rencontrés depuis notre départ de Nétéboulou. Je crois devoir à ce propos donner ici un résumé succinct des observations que j’ai faites sur ce précieux végétal et, si possible, le faire connaître au lecteur dans tous ses détails.
Le Karité[19] est un bel arbre de la famille des Sapotacées. C’est le Butyrospermum Parkii Don. Il est très facile à reconnaître dans la brousse à ses feuilles d’un vert sombre, poussant en touffes verticillées à l’extrémité des rameaux et à ses fruits qui sont connus et fort appréciés non seulement des indigènes, mais encore des Européens qui vivent au Soudan. Sa pulpe est très savoureuse et sa graine sert à confectionner un beurre végétal dont nous parlerons plus loin. Il en existe au Soudan deux variétés, le Mana et Shee. C’est cette dernière qui est de beaucoup la plus commune. Elle est facile à distinguer de sa congénère. Voici, du reste, leurs caractères principaux : à première vue, on pourrait aisément les confondre, mais un examen attentif suffit pour dissiper rapidement cette erreur. L’écorce du Mana est blanc grisâtre. Ses feuilles sont moins vertes que celles du Shee. Son bois est moins rouge, sa couleur se rapproche plutôt du jaune. Son fruit a bien la même forme que celui du Shee, mais sa graine, au lieu d’être ovale, est ronde, enfin, caractère distinctif capital, à l’incision, il ne laisse dégoutter aucun suc en quelque saison et en quelque circonstance que ce soit.
Karité ou Shee (Butyrospermum Parkii). Feuilles d’après nature.
(Dessin de A. M. Marrot).