La mosquée est située à quelques mètres du tata du chef et à l’Est de ce dernier.
C’est une vaste case ronde dont le toit est beaucoup plus bas que celui des cases ordinaires et qui déborde d’environ trente centimètres la partie supérieure de la construction en terre de la case. La porte, unique et qui fait face à l’Ouest, est très basse et il faut se baisser pour y passer. En avant de la porte se trouve une sorte de perron en terre battue haut d’environ vingt centimètres. C’est là où les fidèles déposent leurs sandales avant de pénétrer dans le temple. Cette case est la mieux entretenue du village et son chapeau est refait tous les ans.
Par sa situation, Damentan est donc un village important. C’est là que passent bon nombre de routes commerciales venant du Tenda, du Coniaguié, de Pajady, de Yabouteguenda et du Fouladougou. Aussi, le chef en profita-t-il pendant longtemps pour se livrer à un pillage en règle des caravanes. Aujourd’hui, son ardeur au vol semble s’être un peu apaisée, et les dioulas peuvent passer par Damentan, en payant un fort impôt ; mais ils ne sont plus que très rarement pillés.
Rapports de Damentan avec les pays voisins. — On comprend que par sa situation isolée, la richesse de son sol, ce village soit exposé aux attaques de ses voisins. Damentan est sans cesse en butte aux vols et aux rapines des gens du Coniaguié. Mais il sait leur rendre coup pour coup. Il a été souvent attaqué par des colonnes venues du Fouta-Djallon, mais sa forte position a défié tous les assauts, et il est sorti vainqueur de la lutte. De leur côté, les gens de Damentan ne se gênent guère avec leurs voisins du Tenda et du Kantora. Ils ont été longtemps en lutte ouverte avec eux, et ce n’étaient que vols et pillages. Aujourd’hui, tout semble un peu plus tranquille, et ce monde-là vit à peu près en bonne intelligence.
Je n’ai pas besoin de dire que Damentan et Moussa-Molo sont loin de s’entendre. Le vaincu ne s’est jamais entendu avec le vainqueur. Ils ne sont cependant pas en état d’hostilité ouverte, et même tout semble indiquer qu’ils finiront par s’entendre pour tomber sur les gens du Coniaguié. Il en est de même avec le Fouta-Djallon.
Rapports de Damentan avec les autorités françaises. — Jusqu’à ce jour Damentan est resté complètement en dehors de l’influence française. En leur qualité de musulmans, ses guerriers prirent tous part à la guerre du marabout Lamine contre nous. Aujourd’hui, ils ne demandent qu’à se placer sous notre protectorat. Nous avons dit plus haut ce que nous avons fait dans ce but pendant le court séjour que nous y sommes restés. Nos efforts n’ont pas été vains et les promesses qui m’avaient été faites ont été tenues. En effet, le fils du chef et un des principaux notables m’accompagnèrent jusqu’à Bady (Tenda) à mon retour du Coniaguié. De là ils se rendirent avec Sandia à Nétéboulou où ils eurent une entrevue avec M. le Commandant du cercle de Bakel. J’ignore quel a été le résultat de tous ces pourparlers ; mais je ne doute pas qu’ils aboutissent et qu’une convention en soit la conséquence.
CHAPITRE XIV
Départ de Damentan. — Le guide Fodé. — De Damentan au marigot de Bamboulo. — Itinéraire. — Description de la route. — Le Belancounfo. — Le Raphia vinifera. — Du marigot de Bamboulo au marigot de Oudari. — Itinéraire. — Description de la route. — Rencontre de quatre chasseurs Coniaguiés. — Traces laissées par une troupe d’éléphants. — Le campement de Oudari. — Départ de Oudari. — Passage du marigot. — Les termitières. — Le marigot de Oupéré. — Le marigot de Mitchi. — Belle végétation. — Un pont dans les branches. — Le palmier oléifère (Elæis Guineensis). — Le marigot de Bankounkou. — Nous apercevons le plateau du Coniaguié. — Les lougans. — Frayeur des enfants et des femmes Coniaguiés à mon aspect. — Curiosité des hommes. — Le Bakis. — Iguigni, le premier village Coniaguié. — Karakaté. — Ouraké. — Halte sous un fromager. — Le chef du village, grand-prêtre et gardien du territoire. — Étrange superstition. — En route pour Yffané, la capitale. — Nombreux sentiers, nombreux détours. — Une curieuse escorte. — Arrivée à Yffané. — Halte sous un beau tamarinier. — Le chef Tounkané. — Je suis autorisé à me reposer dans le village Malinké. — Défense à mes hommes et à moi d’entrer dans le village Coniaguié. — Curiosité indiscrète des Indigènes. — Description de la route du marigot de Oudari à Yffané. — Géologie. — Botanique.