Les indigènes du Tenda, du Diébédougou et du Konkodougou font bouillir les feuilles du m’bolon-m’bolon, les réduisent en pâte qu’ils mangent avec leur couscouss ou bien s’en servent pour fabriquer une sorte de sauce verdâtre dans laquelle ils trempent leur poignée de couscouss, ou de riz avant de la manger. Le goût de ce condiment rappellerait un peu celui des épinards. Il est cependant moins fade.
Parmi les arbres fruitiers, on remarquera tout particulièrement les Dattiers, Papayers, Bananiers, Citronniers, Orangers. Ces végétaux sont trop connus pour que nous en parlions plus longuement. De même, nous ne citerons que pour mémoire : le Karité, le Laré ou Saba, le Baobab dont nous ferons dans les chapitres suivants une description aussi complète que possible, et le Kola qui ne se rencontre pas dans ces régions, mais dont les noix y sont importées de Sierra-Leone et de Konakry et consommées en grande quantité par les indigènes. Nous ne nous occuperons ici que du Nété, du N’taba, du Dougoura, du Seno, du Cantacoula et de la vigne du Soudan dont l’histoire botanique est encore peu connue.
Le Nété ou Néré (Parkia biglobosa, H. Benth.) est une belle légumineuse de la tribu des Parkiées. On la trouve en grande quantité dans le Bambouck, le Bélédougou et la Haute-Gambie. Il est facile de la reconnaître à ses feuilles profondément découpées, qui ressemblent à s’y méprendre à celles de certaines de nos fougères, et à ses fleurs d’un beau rouge foncé et disposées en forme de boule à l’extrémité des jeunes rameaux. Son fruit est une gousse d’une belle dimension en tout semblable à nos plus beaux haricots. Il contient une douzaine de graines entourées d’une pulpe jaune relativement assez compacte et abondante. Cette pulpe est très parfumée. Sèche, elle forme une sorte de farine que les indigènes mangent volontiers pendant la disette. Les fruits poussent au nombre de huit ou dix au maximum à l’extrémité des jeunes rameaux. Ce végétal fleurit de juin à août et ses fruits ne sont guère comestibles avant le mois de mars de l’année suivante. Son bois est généralement peu employé.
N’taba. Le N’taba, que les Ouolofs appellent encore N’Dimb, est une Malvoïdée de la famille des Sterculiacées. C’est le Sterculia cordifolia, Cav. ou Kola cordifolia, Rob. Brown, ainsi nommé parce que ses feuilles sont en forme de cœur. C’est un des plus beaux végétaux de l’Afrique tropicale. On le reconnaît aisément à son tronc énorme, à ses feuilles excessivement larges et à son fruit absolument caractéristique. Ce fruit, qui vient à l’extrémité des jeunes rameaux, la forme d’une gousse volumineuse, dont les valves charnues s’ouvrent à la pression par son arête convexe. Son extrémité libre est munie d’une sorte d’appendice charnu en forme d’aiguillon de 0m06 environ de longueur. Quand il est mûr, il a une couleur rouge clair qui ne peut laisser aucun doute. Il renferme une douzaine de graines polyédriques noyées dans une pulpe jaunâtre, savoureuse et excessivement parfumée. C’est un des meilleurs desserts que j’aie rencontrés au Soudan, et souvent nous nous en sommes régalés. Les fruits sont accouplés au nombre de trois, cinq ou sept en faisceaux et adhèrent fortement au pédoncule et à la tige qui les porte. Ils tombent rarement et, pour les cueillir, on est obligé de sectionner le rameau qui les porte.
Cet arbre acquiert des proportions gigantesques. Nous en avons vu dans le Ouli, le Sandougou, le Kantora, à Mac-Carthy, etc., etc., des spécimens vraiment remarquables. Dans ces régions, c’est l’arbre à palabres préféré dans tous les villages, et son épais feuillage est recherché pendant les heures chaudes de la journée.
Le n’taba habite, de préférence, les terres riches en humus et les terrains à latérite. On ne le trouve, pour ainsi dire, jamais sur les bords des marigots. Et, pourtant, il affectionne tout particulièrement les régions humides. Aussi est-il excessivement rare dans les régions sablonneuses et les steppes du Soudan. C’est surtout dans le sud de nos possessions qu’on le rencontre, de préférence, dans le Sandougou, le Ouli, le Konkodougou, le sud du Diébédougou, le Damantan, le Niocolo, le pays des Coniaguiés et des Bassarés, etc., etc. Il se prête cependant assez volontiers à la culture dans des régions plus septentrionales. Ainsi, à Bammako, notre excellent ami M. le vétérinaire Körper a obtenu, à ce sujet, des résultats surprenants et a pu acclimater absolument ce végétal sur cette partie des bords du Niger. Il ne faut pas oublier que le n’taba est le congénère du kola. Il est donc permis d’espérer que l’on pourra arriver un jour à cultiver ce dernier végétal dans les régions où croît le premier.
Le n’taba est peu utilisé par les indigènes. Dès qu’ils sont mûrs, les fruits sont mangés avec avidité par les enfants. Dans certaines régions, à Missira (Sandougou) notamment, il m’a été dit que ces fruits étaient parfois employés avec succès contre certaines diarrhées rebelles. Je n’ai jamais eu à le constater.
Le n’taba, suivant les régions qu’il habite, fleurit du mois de janvier au mois de mars, et les fruits arrivent à maturité du commencement de juin à la fin de juillet. Il porte des feuilles pendant toute l’année. Il a été introduit à la Guyane (Maroni).
Dougoura. — Le dougoura est un bel arbre, qui atteint des proportions énormes, et qu’à la forme de sa graine j’ai cru reconnaître appartenir à la famille des Térébinthacées. Son tronc volumineux, droit, élancé, s’élève parfois à 6 ou 8 mètres de hauteur. Il émet à ce niveau des branches maîtresses énormes qui donnent elles-mêmes un grand nombre de rameaux. Son écorce est épaisse, profondément fendillée, et si on y pratique une incision intéressant toute son épaisseur, il en découle un suc blanc, laiteux, épais, poissant les doigts et exhalant une odeur prononcée de térébenthine. Son bois est blanc, dur, et parfois les indigènes s’en servent pour fabriquer des mortiers à couscouss. Ses feuilles, peu épaisses et peu touffues, sont d’un vert tendre, luisantes, et leur forme rappelle un peu celle de l’acacia de nos jardins. Je n’en ai jamais vu la fleur. Le fruit est des plus caractéristiques et permet de reconnaître de loin l’arbre qui le porte. Il croît à l’extrémité des jeunes rameaux. Sa forme et sa couleur rappellent celles du citron. Sa grosseur est celle du poing à peu près. Quand il est vert, il adhère fortement à la tige qui le porte. Il tombe à maturité complète et, sous les arbres, le sol en est parfois couvert, car il est excessivement abondant. Son épicarpe, relativement épais, laisse couler à l’incision une notable quantité de suc blanc, semblable à celui que l’on obtient en incisant le tronc, mais plus fluide. La membrane qui le recouvre est mince, luisante et de la couleur d’une peau de citron arrivé à maturité. Le sarcocarpe est formé par une pulpe abondante, d’un jaune clair, dans laquelle sont noyées les graines qu’entoure un spermoderme membraneux peu résistant. Cette pulpe, très savoureuse, est fort appréciée des indigènes et nous nous en sommes fréquemment régalé. Les graines sont volumineuses. Chaque fruit en contient dix ou douze au maximum. Elles ont la forme d’une grosse fève dont les cotylédons énormes se séparent aisément. Elles sont entourées d’une enveloppe brune qui se détache facilement lorsqu’elles sont restées quelques heures à l’air et au soleil. L’embryon, très volumineux, est très apparent. C’est une Burséracée dont il n’a pas été possible de faire la détermination exacte à cause de l’absence des fleurs. Ce fruit est très rafraîchissant et constitue une précieuse ressource pour les indigènes de ces régions qui, dans les temps de disette, en font une abondante consommation.
Séno. — Le séno (Bambara et Malinké) est un végétal sur lequel je ne saurais trop attirer l’attention de ceux qui sont appelés à voyager au Soudan français. C’est un arbuste de taille moyenne qui, par son port, son feuillage, ses fruits et ses fleurs, rappelle absolument une rosacée du genre Prunus. Jusqu’à ce jour, je l’avais considéré comme tel, n’ayant pu constater que ses caractères macroscopiques. Mais, après un examen attentif, M. Cornu, professeur au Muséum d’histoire naturelle de Paris, est arrivé à le déterminer exactement. C’est une Olacinée du genre Ximenia. M. le professeur Heckel, de la Faculté des sciences de Marseille, la rapproche du Ximenia americana et l’a nommée Ximenia Seno, D. C.