Le Sycomore (Ficus sycomorus, L.), Ulmacées, est moins abondant que ce dernier. Les Égyptiens s’en servaient pour fabriquer des cercueils et pour sculpter des figures qui remontent jusqu’aux temps les plus reculés. Il peut être employé pour la menuiserie. Il en est de même des espèces angustissima, L., macrophylla, Desf., laurifolia, Lamk., racemosa, L., etc., etc. Le Ficus ferruginea, L., que les Mandingues de la Gambie appellent Scotto, donne un bon bois pour la menuiserie. Mais il faut écorcher l’arbre dès qu’il est abattu, car, dans le cas contraire, il est rapidement attaqué par les insectes. Quant au Banyan (Ficus religiosa, W.), qui est si commun dans le Badon, le Niocolo et le Dentilia, il donne un bois assez dur et de couleur jaune sale dont on peut faire usage pour la menuiserie et le tour.

Le Benténier (Eriodendron anfractuosum, D. C.), Malvacées, croît, de préférence, sur les plateaux élevés, mais riches en terre végétale. Relativement rare dans les plaines, on le rencontre surtout dans le Kalonkadougou et le Bambouck. C’est un bel arbre de 15 à 20 mètres d’élévation, à tige droite, se terminant par un bouquet de rameaux au feuillage touffu et toujours vert. Feuilles palmées, à cinq et huit folioles entières, lancéolées, dont la face supérieure est d’un vert foncé, et la face inférieure blanchâtre et légèrement veloutée. Fleurs grandes, jaunâtres. Calice à cinq divisions irrégulières, corolle à cinq pétales, étamines en nombre variable. Le fruit est une capsule à cinq loges contenant un nombre indéfini de graines qu’entoure une bourre dense qui ressemble à de la laine. Son bois est tendre et léger, facile à travailler. Les indigènes l’emploient pour construire des pirogues d’une seule pièce. Il pourrait être employé dans les charpentes comme madriers.

Le Canéficier (Cassia fistula, L. ; Cathartocarpus fistula, Pers.), Légumineuses césalpinées, donne un bois léger, rougeâtre ou gris rougeâtre, à grain grossier, de peu de durée et très facile à travailler. Il pourrait être utilisé pour la marqueterie et la tabletterie. Les indigènes s’en servent pour confectionner des pilons et mortiers à couscouss et des manches d’outils.

Il existe encore dans tout le bassin de la Gambie un grand nombre d’autres végétaux dont le bois pourrait être utilement employé. Nous citerons particulièrement le Tamarinier (Tamarindus Indica, L.), Légumineuses césalpinées, dont le bois dur, dense, solide et liant, est bon pour le charronnage. On s’en sert beaucoup à Kayes pour faire des couples d’embarcation. Le Khoss (Nauclea inermis, H. Bn. ; Nauclea africana, Walh), Rubiacées, donne un bois facile à travailler, d’assez longue durée et se fendant peu. Il est utilisable pour la menuiserie et pour la charpente ; mais ses dimensions sont assez restreintes. Le Rhatt (Combretum glutinosum, Perr.), Combrétacées, est très bon pour la menuiserie. De même que le Souroure (Acacia species, L.), Légumineuses mimosées, le Nété (Parkia biglobosa, H. Bn.), Légumineuses mimosées, le Touloucouna (Carapa touloucouna, Guil. et Perr.), Méliacées, donne un bois peu attaquable par les insectes. Il pourrait être employé pour les charpentes s’il ne se fendait pas aussi facilement. Il peut être utilisé pour de petits travaux de menuiserie. Le Dank (Detarium microcarpum, Guill. et Perr.), Légumineuses césalpinées, dont le bois est excessivement dur, peut être utilisé pour les constructions navales. Le Khad-Kred (Cratæva Adansonii, D. C., ou religiosa, Forst), Capparidacées, possède un bois dur à grain fin, bon pour le tour. Le N’taba (Sterculia cordifolia, Guill. et Perr., Kola cordifolia, Rob. Brown), Malvoïdées sterculiacées, dont le bois est dur et difficilement attaqué par les insectes, pourrait être avantageusement employé pour les grandes constructions navales. Le bois du Téli (Erythrophlæum guineense, Afz.), Légumineuses césalpinées, est très dur et incorruptible. Il se conserve longtemps dans l’eau. Il est tellement serré, dur et compact, qu’il résiste même au feu des incendies que les indigènes, pour défricher, allument dans la brousse. Il pourrait être utilisé pour les pilotis, les constructions navales et les grandes charpentes. Les noirs, à cause de ses propriétés toxiques, ne l’utilisent en aucune façon. Le Cordia macrophylla, V., Borraginées, serait précieux pour l’ébénisterie, car sa texture est fine et serrée, il se polit facilement. Le Gardenia Jovis Tonantis, Hiern., Rubiacées, est ainsi nommé parce qu’il possède, disent les indigènes, la propriété de conjurer la foudre. Les noirs du sud du bassin de la Gambie, les Diolas particulièrement, en plantent, dans ce but, des rameaux au sommet de leurs cases. Son bois est lourd, très durable, compact et jaunâtre. Il peut être employé avec avantage pour l’ébénisterie et le tour, car il se fend difficilement même sous l’action de la chaleur. Il en est de même du Mabolo (Conocarpus racemosa, L. ; Laguncularia racemosa, Gærtn.), Combrétacées, du Mboull (Sapindus saponaria, L., et du Kener (Sapindus senegalensis, Poir.), Sapindacées. Le bois du Baobab (Adansonia digitata, L.), Malvacées, est mou et léger. Les indigènes s’en servent pour construire des pirogues d’une seule pièce. Je me rappelle avoir lu, dans je ne sais quel livre, que les noirs l’employaient pour fabriquer des cercueils. Jamais, de mémoire d’homme, dans n’importe quel village indigène du Sénégal ou du Soudan, le cadavre d’un noir n’a été enfermé dans un cercueil quelconque pour être inhumé. L’auteur faisait allusion sans doute à ce fait que, dans certaines régions, le Djolof, par exemple, on avait l’habitude de creuser dans le tronc des baobabs la sépulture des griots. Cette caste si méprisée y est, de ce fait, exclue des cimetières communs. On jugera par là combien sont grandes les dimensions que peut atteindre ce végétal.

X. — Végétaux pouvant être employés à d’autres usages industriels.

Les végétaux de cette catégorie sont relativement peu nombreux, et après ce que nous avons dit au cours de ce mémoire, il ne nous reste plus que quelques rares essences à signaler à l’attention du lecteur.

Le Tabac. — La variété de tabac qui est cultivée dans le bassin de la Gambie et dans tout le Soudan français est la Nicotiane rustique, ou tabac à feuilles rondes (Nicotiana rustica, L.), Solanacées. Il diffère sensiblement du Nicotiana tabacum, L. C’est une plante glutineuse et velue, dont les feuilles sont ovales, obtuses, pétiolées. Les fleurs sont en cimes paniculées denses. La corolle, d’un vert jaunâtre, est à tube court et velu. Son fruit est une capsule arrondie. De toutes les Solanacées, c’est la plus commune au Soudan, et celle qui est cultivée avec le plus de soin. Elle croît surtout à merveille dans les terrains riches en humus et aime un climat chaud et humide. On conçoit dès lors qu’elle prospère d’une façon remarquable dans tout le bassin de la Gambie.

Le terrain dans lequel cette plante est cultivée est préparé avec un soin méticuleux et on n’y voit jamais le moindre brin d’herbe. De plus, chose rare au Soudan, j’ai vu, dans certains villages, fumer avec de la bouse de vache et le crottin des chevaux la terre destinée à recevoir la semence. Les semis sont généralement faits à la fin de juin ou au commencement de juillet. Quand la plante a atteint environ douze à quinze centimètres de hauteur, les pieds sont repiqués dans les jardins préparés ad hoc. Ils sont placés à peu près à trente ou quarante centimètres les uns des autres dans le plus grand ordre. Ils sont sarclés tous les deux jours et arrosés matin et soir avec soin. La récolte des feuilles a lieu dans le courant de janvier, et celle des graines vers la fin de février. Sur les bords des fleuves et rivières, le tabac est cultivé toute l’année. Les eaux, en se retirant, laissent une couche relativement épaisse de limon, qui conserve son humidité pendant longtemps et qui permet au tabac de se bien développer. Cette plante prospère à merveille dans tout le Soudan et ses feuilles y atteignent de remarquables dimensions. Le rendement qu’elle donne est considérable. Il est à peu près de 2,500 kilog. à l’hectare. Les feuilles brutes se vendent sur les marchés couramment 1 fr. 50 le kilog.

Jusqu’à ce jour, il n’a été fait que des essais de culture absolument insuffisants. Rien de systématique et de méthodique n’a été tenté, et pourtant tout permet de croire que des efforts sérieux seraient couronnés de succès et qu’il serait facile d’acclimater dans ces régions les tabacs de qualités supérieures.

Les indigènes prisent et fument le tabac. Mais, avant de s’en servir, ils lui font subir une préparation qui diffère dans les deux cas :