Cette monographie a été extraite et préparée à partir de sa version publiée dans le Bulletin de la Société de géographie commerciale de Bordeaux, no 17, 1894.
CARTE DU BONDOU D’APRÈS LES TRAVAUX du Capitaine ROUX de l’Infanterie de Marine et du Docteur RANÇON Médecin de Première Classe des Colonies
Supplément au BULLETIN de SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE COMMERCIALE DE BORDEAUX du 6 Août 1894
LE BONDOU
Étude de géographie et d’histoire soudaniennes.
Il y a quelques années, un superbe noir, à la figure intelligente et fine, excita à un haut degré la curiosité de la capitale. Sa haute taille, le burnous dont il se drapait fièrement, le petit bonnet de cotonnade dont il était coiffé éveillaient dans l’esprit des passants une admiration sympathique. Ce qui cependant étonnait le plus, c’était de voir briller sur sa poitrine la croix de chevalier de la Légion d’honneur dont le rouge ruban de soie moirée tranchait d’une façon éclatante sur la blancheur immaculée de son manteau. Une suite nombreuse de noirs africains l’accompagnait dans ses promenades et ses visites, et un officier, au teint bruni par le soleil des tropiques, lui servait de cicerone. Les revues illustrées lui consacrèrent plusieurs de leurs dessins les mieux réussis, et nos plus grands journaux publièrent sa biographie et contèrent ses hauts faits.
Mais, en France, tout s’use rapidement, et les hommes les plus illustres n’y acquièrent guère que la célébrité d’un jour. Un simple fait divers, une première à sensation, un procès scandaleux suffisent pour passionner l’opinion publique et lui faire oublier son idole de la veille. Aussi notre personnage fut-il rapidement délaissé, et, aujourd’hui, son souvenir s’est complètement effacé de la mémoire de ceux qui lui firent jadis une si brillante réclame.
C’était pourtant une curieuse figure et un étrange caractère que le prince Sissibé, Ousman Gassy, almamy du Bondou.