Quelques rares officiers que leur service ou les devoirs de leurs fonctions appellent dans les régions qu’il commanda, se souviennent encore des services qu’il a rendus à la France en Afrique et savent qu’il a succombé, dans toute la force de l’âge, victime de ce terrible climat du Soudan, au cours de la glorieuse campagne que dirigea contre le sombre Ahmadou, sultan de Ségou, le colonel Archinard.
Il en est bien moins encore qui connaissent l’empire sur lequel il régna. Jusqu’à ce jour, on n’a pu recueillir sur sa géographie et son histoire que des données absolument incomplètes et le nom de Bondou sous lequel on le désigne n’éveille guère dans l’esprit de la grande majorité du public qu’une image bien vague et bien incertaine de paysages tropicaux, de brillants horizons et de sombres villages brûlés par un soleil ardent, au milieu desquels errent de leur pas mélancolique et grave de noirs adeptes de la religion du prophète.
Nous ne connaissons que deux auteurs qui se soient occupés de cet intéressant pays, et encore les mémoires qu’ils lui ont consacrés, tout captivants qu’ils soient, sont-ils fort incomplets. En 1884, M. J.-J. Lamartiny, négociant au Sénégal, conseiller général, qu’une mort prématurée a trop tôt enlevé, il y a quelques années, à l’estime de ses concitoyens, publia, sous les auspices de la Société de géographie commerciale de Paris, une monographie qui, à l’époque où elle parut, a pu être considérée à juste titre comme une véritable nouveauté géographique et historique. Neuf ans plus tard, en 1893, notre excellent ami, le capitaine Roux, de l’infanterie de marine, alors commandant du cercle de Bakel, dans une brochure éditée à Saint-Louis du Sénégal, reprit cette étude au point de vue purement historique et les documents nouveaux qu’il y fit connaître jetèrent un jour tout particulier sur le passé de ce petit empire africain.
Mais ces deux importantes relations, dont les récits de notre ami, le prince Sissibé, Abdoul-Séga, chef de Koussan-Almamy, l’un des plus anciens et des principaux villages du Bondou, forment, pour ainsi dire, toute la substance, ne sont que des essais de grande valeur que nous avons pu, au cours de nos voyages au Soudan, compléter d’une façon méthodique aux différents points de vue de la géographie, de l’histoire, de l’ethnographie et de la sociologie.
C’est ce nouveau travail que nous avons l’honneur de présenter à ceux qu’intéressent les questions coloniales, en les priant de vouloir bien lui accorder toute la sympathie et toute l’indulgence avec lesquelles ils ont accueilli nos précédentes études.
Limites, frontières. — En y comprenant le Tiali, le Nieri, le Diaka et le Ferlo, ses provinces tributaires, le Bondou est à peu près situé entre les 14° 20′ et 15° 50′ de longitude à l’ouest du méridien de Paris et les 13° 12′ et 14° 45′ de latitude nord. Dans ses plus grandes dimensions, il mesure environ de l’est à l’ouest 190 kilomètres et du nord au sud 170 kilomètres. Sa superficie dépasse 33,000 kilomètres carrés. Ces chiffres ne sont, bien entendu, qu’absolument approximatifs, car, dans l’état actuel des choses, il n’est guère possible de donner de ce pays des mensurations rigoureusement exactes.
Il n’a pas, pour ainsi dire, de frontières naturelles. Elles ne sont formées presque partout que par une ligne fictive déterminée par les travaux des différentes missions qui se sont succédé dans ces régions. Elle passe au nord à environ 3 kilomètres au sud du village d’Allahina. De là elle se dirige vers le sud-sud-est jusqu’au marigot de Samba-Kouta qu’elle coupe pour s’orienter vers l’est jusqu’à la rivière Falémé. Ce cours d’eau sert de frontière au Bondou jusqu’au petit village de Guita situé sur sa rive droite à environ 7 kilomètres au nord-nord-est de Sénoudébou. De Guita, la ligne de démarcation suit une direction générale sud, coupe de nouveau la Falémé à 10 kilomètres au sud-sud-est du village de Bountou. Là, elle oblique vers le sud-ouest et est ainsi orientée jusqu’au confluent du Fala-Koulou et du marigot de Boumba. Puis, elle remonte vers le nord-ouest jusqu’au Mahel-Sanou qui sert de limite au Bondou dans ces régions jusqu’à son confluent avec le Niéri-Kô. De ce point, la ligne de démarcation se dirige directement au nord-ouest, suit pendant quelques kilomètres le petit marigot de Koromadji jusqu’au point où il se jette dans le Sandougou ou Badiara. Brusquement, elle oblique alors vers le nord, suit cette orientation jusqu’à ce qu’elle rencontre le marigot de Tiangol-Ouoloff. A partir de là, elle se dirige d’une façon générale vers le nord-nord-est jusqu’en un point situé à huit kilomètres environ du petit village de Allah-Lewi, d’où elle rejoint le point initial en formant un coude dont la convexité est dirigée vers le sud. Cette ligne frontière n’a pas moins de 625 kilomètres de développement.
Le Bondou confine au nord au Guoy, au nord-est au Kamera, à l’est au Gadiaga, au pays de Farabana et au Niagala ; au sud-est au Bélédougou et au désert de Tandaba qui le sépare du Badon, au sud au pays de Gamon, au Tenda-Touré et au Ouli ; au sud-ouest au Ouli, à l’ouest au Kalonkadougou dont le sépare une vaste étendue de steppes absolument stériles et inhabitées, et enfin au nord-ouest au désert du Ferlo et au Damga.
Aspect général. — L’aspect général du Bondou est plutôt celui d’un pays de plaine que celui d’une région montagneuse. Les reliefs du sol y sont, en effet, peu nombreux et de peu d’importance. On peut à ce point de vue le diviser en cinq régions bien distinctes. La région nord est de beaucoup la plus accidentée. Elle est sillonnée de nombreuses collines peu élevées qui enserrent des vallées d’une étonnante fertilité, mais où ne peuvent guère être cultivées que des espèces indigènes.
La région est comprend toute la partie de la vallée de la Falémé qui s’étend à peu près depuis le village de Bountou au sud au village de Balou au nord. Elle est bien arrosée par de nombreux marigots. Le sol y est fertile et couvert surtout sur les rives de la rivière et celles des marigots d’une riche végétation.