Les Badiars avaient leur dernier village à Demba-Coly, sur une des branches du Niéri-kô, non loin de Farigué-Toumbala, habité alors par les gens du Tenda. D’origine mandingue, ils ont complètement disparu du Bondou.

Les Oualiabés étaient des Malinkés originaires du Bambouck. Ils avaient quelques villages à l’ouest de la Falémé ; les principaux étaient Goundiourou, près de Sambacolo, et Miromguikou, près de Koussan-Almamy. Leur village principal était Goubaïel, sur le Niéri-kô. Les almamys leur firent une guerre acharnée et les chassèrent du pays. Ils se sont réfugiés à l’ouest du Niéri-kô et sur les bords de la Gambie et y ont fondé l’état de Ouli. Kakoulou, sur la Falémé, était encore un village de Malinkés. Il était habité par les familles des Contoukobés. Chassés par les Sissibés, ils sont allés fonder le gros village de Tambacounda (Ouli), où leurs descendants habitent encore.

Les Bakiris, dont le chef portait le titre de Tunka et résidait à Tuabo, sur le Sénégal, dans le Guoy, étaient avant l’arrivée de Malick-Sy les maîtres du pays. Le royaume du Tunka s’étendait depuis le Sénégal jusqu’au marigot de Tunka-Souté (île du Tunka), entre Sénoudébou et Débou. Le Kaméra actuel lui était soumis. Les Bakiris peuvent être considérés comme un rameau de la race mandingue voisin des Sarracolés. Ils parlent, du reste, la même langue.

Le reste du Bondou, et particulièrement la rive gauche de la Falémé, depuis Sénoudébou environ, était habité par des Malinkés du Bambouck.

Telle était la situation du Bondou au moment où y arriva le marabout toucouleur-torodo Malick-Sy. C’est de lui que date la véritable histoire de ce pays, histoire dont bien des côtés touchent à la légende et au merveilleux, mais qui n’en est pas moins fort intéressante.

Histoire du Bondou.

D’après les renseignements que nous avons pu nous procurer, ce serait vers 1681 que Malick-Sy vint définitivement s’établir dans le Bondou. Il est le fondateur incontesté de ce royaume.

Malick-Sy, torodo-toucouleur, naquit, on ne sait trop en quelle année, à Souïma, village du Fouta-Toro qui se trouve à quelques kilomètres de Podor. Son père était un des grands marabouts du pays et son grand-père avait été chef d’une tribu toucouleure du Toro.

Si l’on en croit certains griots et certains marabouts très versés dans l’histoire des peuplades du Soudan, la famille de Malick-Sy serait très ancienne. Elle descendrait d’un chérif ou d’un marabout nommé Ibnou-Morvan, qui serait venu dans le Toro on ne sait trop à quelle époque. Les griots et les marabouts ne possédant pas de documents écrits, il est fort difficile de préciser les dates. Quoi qu’il en soit, ils s’accordent tous pour dire qu’Ibnou-Morvan aurait eu des démêlés, on ne sait trop pourquoi, avec quatre chefs de tribus voisines. Il en serait résulté une guerre longue et acharnée, qui aurait obligé Ibnou-Morvan à quitter le Sahel pour venir s’établir à Souïma. Y séjourna-t-il quelque temps seulement, ou bien s’y fixa-t-il définitivement, on n’en sait trop rien. Toujours est-il qu’il s’y maria avec une femme du Toro. On sait que les chérifs, quand ils sont en voyage, ont l’habitude de se marier dans les villages où ils désirent séjourner quelque temps. De ce mariage, il eut un fils auquel il donna le nom de Hamet. Dès lors, on perd absolument les traces d’Ibnou-Morvan. Hamet donna le jour à deux fils : N’Diob-Hamet et Daouda-Hamet, et à deux filles : Maty-Hamet et Tiéougué-Hamet.

L’aîné, N’Diob-Hamet, donna le jour à une nombreuse famille qui devait, dans la suite, prêter un grand secours aux descendants de Malick-Sy, comme nous le verrons plus loin.