Le marabout lui fit des gris-gris ainsi qu’à sa femme, et quatre mois après elle devint enceinte. Le roi fut au comble de la joie, et la considération que Malick-Sy retira de cet heureux événement ne fit qu’augmenter non seulement à la cour du roi, mais encore dans tout le royaume. Il fut comblé de cadeaux par Farègne qui le retint pendant quatre ans à Diara, durant lesquels Malick-Sy sut gagner les cœurs de tous les notables et ramassa une grande fortune.
Mais une autre idée le retenait encore à la cour du roi Diawara, et c’était elle qui était la cause principale et le seul but de son voyage.
Un jour, on ne sait comment ni par qui, Malick-Sy avait appris qu’un grand chef des pays du nord-est et du Fouta-Toro possédait un sabre merveilleux doué de ce privilège étrange : « Que quiconque verrait sa lame et l’aurait longuement contemplée était sûr de monter tôt ou tard sur le trône, quand même serait-il le dernier des hommes, de n’importe quel pays et de n’importe quelle condition que ce soit. » Malick avait appris dans ses voyages que ce chef n’était autre que Farègne, roi des Diawaras, dont la résidence était Diara, capitale du Touroungoumé. Ce fut alors qu’il entreprit ce long voyage. Il n’avait que deux compagnons, le griot Layal et un forgeron de ses amis, nommé Tamba-Kanté, qui portait sur la tête sa peau de bouc remplie de livres saints et de gris-gris.
En arrivant près de Diara, ils avaient rencontré un chasseur qui revenait de la chasse. Celui-ci leur souhaita le bonjour et leur demanda où ils allaient. Malick-Sy lui ayant répondu poliment à toutes ses questions, le chasseur lui dit : « Marabout, qui que tu sois, je veux être de ta compagnie. Je marcherai avec toi partout où tu iras ; je ferai tout ce que je pourrai pour t’être utile. » Ce fut ainsi qu’il recruta un troisième compagnon auquel il donna le nom de Terry-Kafo, dont les descendants devaient, dans la suite, rendre de grands services aux petits-fils de Malick-Sy. Terry-Kafo signifie mot à mot : un compagnon de plus.
Ce sont ces trois hommes qui ont été les premiers compagnons de Malick-Sy. Ce sont eux qui ont partagé toutes ses fatigues, ses veilles, ses infortunes et ses travaux. Ce sont eux aussi qui ont été les plus récompensés, et, de nos jours encore, leurs descendants sont toujours, de préférence à tout autre, l’objet des faveurs des almamys.
Mais revenons au sabre miraculeux, à la recherche duquel Malick-Sy était allé jusqu’à Diara, uniquement dans le but de le contempler, afin que la prédiction se réalisât au profit de son ambition.
Partout, on désignait cette arme merveilleuse sous le nom de oualé. Le grand service que Malick-Sy venait de rendre au roi lui donnait, on le comprend, les plus grandes facilités pour mettre son projet à exécution.
Il profita de la grande joie qui régnait à la cour du roi Farègne et dans le cœur de sa femme, jusque-là stérile et qui se voyait enceinte, pour pénétrer chez elle et lui demander un service. Il lui promit que, si elle le lui rendait, il lui donnerait un gris-gris qui aurait pour vertu de lui permettre de devenir mère de sept garçons et d’autant de filles.
La reine lui demanda alors ce dont il s’agissait, en lui promettant de faire tout ce qu’elle pourrait pour lui être utile.
« Voici ce que je désirerais, lui dit alors Malick-Sy. J’ai appris que le Oualé était ici, chez toi, dans ta case. Eh bien ! j’ai oublié quelques paroles d’un verset du Coran qui me serait de grande utilité pour mes gris-gris. Je te prierais donc de me faire voir ce sabre où sont inscrits tous ces versets dont j’ai besoin. Ceux mêmes qui s’appliquent à ton cas y sont inscrits. »