C’est vers cette époque que le Bondou prit son nom d’un puits qui avait été creusé à l’endroit où se trouve actuellement Boubaïa. Deux versions sont données sur l’origine du nom de Bondou. Suivant la première, lorsque Malick-Sy suivi de ses élèves arriva en cet endroit, il existait un puits qui appartenait à une femme nommée « Coumba ». Ce puits s’effondrant chaque jour, les élèves durent le réparer et il fut désigné sous le nom de « Bondou-Coumba » (puits de Coumba). Réparé ensuite par Boubou-Malick, on donna à l’endroit où ce puits avait été creusé le nom de « Bondou-Bonadou-Malick-Sy » (puits réparé par Boubou-Malick-Sy). De là serait venu, par extension, le nom de Bondou donné au pays soumis à l’autorité des descendants de Malick-Sy. La deuxième version laisserait encore croire que Malick-Sy aurait creusé un puits en avant de Ouro-Daouda, puits auquel on aurait donné le nom de Bondou-Bâ (puits du pré ou grand puits), d’où par élision on aurait fait Bondou.

Pendant qu’il s’installait à Boubaïa près de Bondou-Coumba, Boubou faisait en même temps construire à Féna, à un kilomètre environ du village actuel de Koussan-Almamy, un solide tata (forteresse) dans lequel il installait, sous les ordres de son fils Maka-Guiba ou Maka-Djiba, un grand nombre de captifs appelés à défendre les alentours contre les attaques des Malinkés.

Il ne tarda pas à se mettre en campagne et s’empara de plusieurs villages malinkés riverains de la Falémé et situés dans la partie sud de Sénoudébou.

Réussissant partout, Boubou-Malick-Sy ne savait se contenir, et après avoir reçu des tributs considérables des Malinkés, il marcha quand même de nouveau contre eux et entraîna ses guerriers contre le village de Samba N’gala, dont on voit encore les ruines entre Goundiourou et Diddé, à l’est de Koussan-Almamy. Ce village fut pris d’assaut et les habitants furent tous massacrés ou emmenés en captivité. Mais le succès coûta cher à Boubou-Malick-Sy : il fut mortellement blessé à la poitrine. Ses hommes le portèrent sur la tête pour le ramener à Ouro-Alpha. Il mourut en route à Ouassa, entre Sambacolo et Soumourdaka.

Interrègne (1718-1728).

Boubou-Malick-Sy laissa quatre enfants : Toumané-Boubou-Malick-Sy, qui mourut peu après son père ; Mody-Boubou-Malick-Sy, qui donna naissance aux Sissibés de N’Dagor et d’Amaguié ; Maka-Boubou-Malick-Sy, plus connu sous le nom de Maka-Guiba ou Maka-Djiba, et enfin Alioum-Boubou-Malick.

Boubou-Malick-Sy mort, ses enfants se trouvèrent sans défense. Leurs oncles Mody-Malick et Toumané-Malick, à cette nouvelle, s’étaient enfuis dans le Fouta-Toro, d’où ils n’osèrent jamais revenir.

Les Malinkés, sentant bien combien était en ce moment précaire la puissance des Sissibés, envahirent le Bondou. A leur approche tous les membres de la famille de Malick-Sy s’enfuirent dans le Toro, à l’exception toutefois de Maka-Guiba. De plus, les Guirobés, forts du droit que leur donnait le traité conclu avec Malick-Sy, revendiquèrent le pouvoir suprême. Les Torodos-Tambadounabés, de leur côté, faisaient valoir des droits égaux. En un mot l’anarchie la plus complète régnait dans le Bondou.

Craignant pour ses jours, Maka-Guiba alla se cacher chez les Tiambés ou Torodos de Fissa-Tiambé. Pendant dix ans, il resta sous la tutelle d’un chef des Guénars. Les Guirobés, qui appréhendaient sa majorité, le firent rechercher. Ils firent demander au chef des guerriers, chez lequel le jeune prince était caché, s’il existait encore quelque part un rejeton de la famille des Sissibés. Celui-ci, sentant que les Guirobés, qui abhorraient cette famille, n’auraient pas manqué de le faire disparaître, répondit négativement.

Ayant atteint l’âge de trente deux ans, Maka-Guiba résolut de réclamer ses droits au commandement. Le Bondou était alors gouverné par les Guirobés, qui, n’ayant aucune autorité, en étaient arrivés à laisser à chaque village son indépendance. Maka-Guiba se rendit alors dans le Toro rejoindre ses frères, ses oncles et ses cousins, les descendants de N’Diob-Hamet, oncle de son aïeul Malick-Sy, et qui n’avaient jamais quitté Souïma. Il leur exposa le projet qu’il avait formé de reconquérir le Bondou, et leur demanda de se joindre à lui pour continuer l’œuvre de Malick-Sy, leur ancêtre. Ses oncles et ses frères n’osèrent pas se hasarder dans une entreprise aussi périlleuse et qui avait déjà fait tant de victimes dans leur famille. Mais les fils de N’Diob-Hamet lui promirent le concours le plus absolu.