Maka-Guiba ne se rebuta pas et, à la tête des quelques guerriers que lui avaient procurés ses cousins, il pénétra dans le Bondou. Il se rendit directement à Boubaïa, fit réunir les notables guirobés et guénars, et leur fit connaître ses prétentions. Les Guénars firent une vive opposition ; et après une guerre civile de courte durée, et dont il sortit vainqueur, son autorité fut reconnue, et il fut proclamé élimane, au détriment des ayants droit, qui avaient fuit et déserté la cause de Malick-Sy.

Maka-Guiba (1728-1764).

Pendant les trente-six années que dura son règne, le Bondou acquit une grande prospérité. Maka-Guiba dicta ses conditions aux peuples voisins. Son premier souci, après avoir assis son autorité, fut de marcher contre les Malinkés, meurtriers de son père. Le village de Miranguikou, sur la route de Koussan-Almamy à Diddé, tomba sous ses coups. Le chef, Sambou-Ahmady-Toumané, s’enfuit devant le vainqueur et se réfugia sur la rive droite de la Falémé, dans le Niagala, où il fonda le village de Farabanna.

Poursuivant ses succès, Maka-Guiba fit élever à Dara et à Diomfou des tatas qui devaient tenir incessamment Sambou en éveil et lui disputer le pays. Lui-même s’établit à Dara, après avoir confié la garde de Féna à son plus jeune fils, Paté-Gaye, déjà renommé par sa bravoure et son intrépidité. Il songea alors aux Contoukobés, et leur fit des propositions de paix. A cet effet, il envoya auprès de leur chef Niamé une députation chargée de lui demander l’aide de ses esclaves pour faire la récolte d’arachides. Niamé, plein de confiance, rassembla immédiatement tous ses hommes et les mit à la disposition de l’élimane du Bondou. En même temps, Paté-Gaye, suivant les instructions de son père, se dirigeait avec 10,000 hommes sur Kakoulou, résidence du chef des Contoukobés. Il trouva cette ville privée de ses défenseurs, la prit d’assaut et la détruisit de fond en comble. Niamé fut tué et beaucoup de ses sujets furent faits prisonniers. Ceux qui échappèrent allèrent dans le Ouli habiter le village de Tamba-Counda, où l’on trouve encore leurs descendants. Dans cette affaire, Maka-Guiba ramassa un immense butin, qu’il employa à acheter des chevaux et des munitions de guerre.

Quelque temps après, son fils Abdoul-Moussou fut tué à l’assaut de Sambanoura, sur la Falémé, village qui était habité par des Malinkés de la famille des Gassamas, dont on rencontre encore quelques descendants dans le Kantora.

De toutes les guerres que Maka-Guiba eut à soutenir, la plus sérieuse fut celle qu’il eut à faire au roi des Déniankés, Sattigui. Les Déniankés sont des métis Peulhs et Toucouleurs qui habitent sur les bords du Sénégal, entre le Guoy et le Fouta. Venus des environs de Bangassi dans le Fouladougou oriental, ils avaient d’abord émigré dans le Bondou et de là dans le Fouta-Sénégalais. Ce monarque orgueilleux, qui s’intitulait « roi du Fouta », jaloux des victoires des Sissibés et de leur prestige, résolut de leur imposer un tribut. Il écrivit alors à Maka-Guiba une lettre dont voici à peu près le sens, sinon le texte rigoureux :

« De la part du glorieux, du puissant et du redoutable Sattigui, roi du Fouta entier, lui qui a été créé pour être heureux ici-bas et pour être destiné au séjour éternel dans l’autre monde ; la preuve c’est qu’il boit à coupe pleine les douceurs de la vie ; lui qui est si aimable et si charitable pour ses amis, aussi bien qu’il est terrible, redoutable et implacable pour ses ennemis, à son humble et fidèle serviteur Maka-Guiba, qui a la hardiesse de se dire almamy et qui signe comme tel, dont la famille est issue des Torodos, qui n’ont été créés que pour être toujours misérables et pour demander la charité aux autres. Salut !

» Maka-Guiba, j’ai besoin de faire faire par les forgerons des ornements en or pour mes femmes et mes enfants. Il me faut de l’or, et en bonne quantité même ; tu auras donc à m’en envoyer cinq mesures pleines dans le plus bref délai.

» J’ai appris que tu as un cheval arabe tout blanc qui danse beaucoup ; tu auras à me l’envoyer par la même occasion pour un de mes hommes qui n’en a pas.

» J’ai appris que, parmi tes femmes, tu en as une qui sait bien faire le couscous ; il faudra me l’envoyer aussi pour me faire la cuisine, et tout cela de suite, autrement tu me forcerais à venir dans le Bondou.