En montant sur le trône, après la mort de son père, Ahmady-Gaye prit le premier le titre d’Almamy (le puissant). Ses prédécesseurs, comme nous l’avons dit, n’étaient que des Elimanes (chefs de religion). Il avait hérité de grandes richesses, et ses sujets purent jouir d’une vie paisible et se livrer à l’agriculture et à l’élevage des troupeaux.

Ahmady-Gaye avait pris le royaume craint et respecté des voisins ; et, pour asseoir davantage sa prépondérance, il obligea le Ouli à signer avec lui un traité d’alliance, et fit avec les Bakiris plusieurs arrangements heureux.

Mais le Bambouck et le Tenda, se sentant menacés, lui déclarèrent la guerre, et l’amenèrent à marcher sur Farabanna, dont il dut abandonner le siège après avoir vainement tenté l’assaut. Il fut plus heureux dans le Tenda. En peu de jours, il s’y empara de plusieurs villages et soumit complètement le pays.

Ce fut à son retour de sa campagne dans le Tenda qu’Ahmady-Gaye fit construire à Koussan-Almamy, à 7 ou 8 kilomètres de Miranguikou, place forte des Malinkés, un tata formidable pour se défendre des pillards et des ennemis de sa famille, qui, excités par des marabouts, tentaient de fomenter des révoltes. Pour les réprimer, il envoya de suite son frère Paté-Gaye, qui, arrivé devant un village du Ferlo, dont les portes étaient fermées, les fit enfoncer, et ayant mandé le chef, le fit mettre à mort. Chaque village eut à payer un impôt de quatre vaches toutes les fois qu’un Sissibé y recevrait l’hospitalité. Malgré leur soumission, il maintint cette amende à tous les villages du Ferlo, et parvint ainsi à apaiser les troubles que des ambitieux avaient voulu faire naître.

Plus tard, il se présenta deux fois, avec une forte armée, devant Farabanna, et mourut sans avoir pu se rendre maître de cette forteresse, mais après avoir eu la satisfaction de voir les murs de Koussan-Almamy complètement terminés. Ce fut à Dara, prés de Gatiari, qu’il s’éteignit, en laissant dans tout le Bondou un souvenir fort respecté.

Ahmady-Gaye est le premier des souverains du Bondou qui ait fait quelque chose, au point de vue de l’administration du pays. Il édicta des lois sur la perception des impôts et réglementa les droits de douane. Il organisa une sorte de police et établit un code de justice conforme au Coran, dans lequel étaient stipulées les peines à infliger à ceux qui enfreindraient la sainte loi ou qui se rendraient coupables envers la société. En d’autres termes, il essaya d’appliquer le Coran dans toutes les circonstances où cela était possible.

Ahmady-Gaye laissa sept enfants mâles : Ahmady-Makomba, qui fut tué à Dellafra (Tenda) ; Toumané-Mody, Malick-Coumba, Ahmadou-Sy, qui régnèrent ; Abderrahaman-Ahmady-Gaye, Séga-Ahmady-Gaye, qui périrent à Dara-Lamine, et Salif-Ahmady-Gaye, qui mourut à Boulébané.

L’aîné, Ahmady-Makomba, était seul fils d’une femme libre ; les autres avaient pour mère une captive. Aussi Ahmady-Makomba refusa-t-il de partager ses biens avec ses frères et fut-il reconnu comme chef de la famille.

Moussa-Gaye (1785-1790).

Moussa-Gaye, frère d’Ahmady-Gaye, le plus âgé de la famille royale, succéda à son frère, en vertu des lois de succession. Son règne fut surtout marqué par la guerre qu’il fit au Guoy. Ce fut vers cette époque que le chef des Diaybès, N’Diaye-Gauki, vint s’établir à Bakel, sous la protection de l’almamy du Bondou. Ahmady-Gaye continua à couvrir de son autorité son successeur, Silman-Moladiou. C’était vers l’époque de la première occupation de ce poste par les Anglais. Le tunka de Tuabo revendiqua comme lui appartenant les terrains de Bakel et voulut percevoir les droits que les Anglais s’étaient engagés à payer comme location au chef de ce village. De son côté, Silman-Moladiou prétendait que, ces terrains ayant appartenu à ses ancêtres, c’était lui qui devait percevoir l’impôt. Mais, se sentant trop faible pour pouvoir soutenir la lutte contre le tunka, il vint demander l’assistance de l’almamy du Bondou. Sur ces entrefaites, une épidémie s’étant déclarée parmi les hommes qui composaient la garnison du poste, et presque tous les soldats étant morts, le commandant dut abandonner Bakel et regagner la côte avec six ou sept hommes seulement. La cause de discorde disparut donc. Quelque temps après, un gérant de la Compagnie du Sénégal revint occuper Bakel.