A cette époque, le point où se faisait le principal commerce de la région était le village de Kounguel. Il y avait alors là une escale de grande importance, où se trouvaient de nombreux chalands et même quelques bricks de commerce. Silman-Moladiou, pensant être secouru par les traitants de Kounguel, refusa un beau jour de payer à l’almamy du Bondou l’impôt qu’il lui devait verser en échange de la protection dont celui-ci le couvrait. Moussa-Gaye se vit donc forcé de prendre les armes contre son ancien allié et marcha contre Bakel. Silman-Moladiou s’enfuit au premier choc. La légende rapporte que la grosse pierre que l’on voit encore suspendue au rocher qui se trouve au bas de la tour de la Montagne-aux-Singes, à Bakel, a été déplacée par les secousses que lui ont imprimées les pieds des chevaux de l’almamy Moussa, lors de l’attaque de Bakel. Son neveu, nommé Sambouddou-Malick, fils de son frère Malick-Aïssata, fut mortellement atteint dans le milieu même du village, entre la position actuelle du poste et l’endroit nommé « L’Hôpital ». Il mourut dans cette même journée.

Moussa-Gaye, maître de la situation, imposa un impôt aux commerçants qui viendraient trafiquer à Bakel et à Kounguel. Avant son avènement au trône, il était, du reste, allé à Saint-Louis et avait pu, au préalable, traiter cette question avec les administrateurs des compagnies qui avaient alors la direction du pays.

Dans la dernière année de son règne, il marcha encore contre les Bakiris, mais fut repoussé à l’attaque qu’il dirigea contre Goulmy. Il rentra alors à Dara, où il mourut peu après. Il laissait deux fils : Oumar-Moussa, qui donna naissance aux Sissibés de Belpounégui, près Sénoudébou, et Malick-Moussa, qui mourut tout enfant.

Séga-Gaye (1790-1794).

Séga-Gaye, frère de Moussa-Gaye et héritier direct, selon les lois en vigueur, succéda à l’almamy défunt. A peine fut-il installé sur le trône du Bondou, qu’il eut à réprimer les désordres soulevés par les mécontents, qui avaient fait cause commune avec ses ennemis. Il continua contre les Bakiris la guerre commencée par son frère, et le village de Sangalou ayant méconnu son autorité, il s’en empara, après un brillant assaut, mit à mort un grand nombre de guerriers et emmena en captivité les femmes et les enfants.

Le tunka de Tuabo ne se sentant plus assez fort pour lutter contre l’almamy du Bondou, alla solliciter l’appui de celui du Fouta, Abdoul-Kader. Celui-ci venait d’être élu almamy par les notables Foutankès. Originaire du Bondou, il était né à Diamwély, près de Boulébané, et avait été chassé du Bondou par l’almamy Moussa à la suite des craintes qu’inspirait son fanatisme religieux. Son autorité reconnue de Dembakané à Dagana, il résolut de venger l’injure dont il avait été victime de la part des Sissibés. L’occasion se présentait belle. Il ne la laissa pas échapper. Sur ces entrefaites, les Bambaras du Ségou envahissaient le Kaarta, et ses habitants, obligés de chercher un asile dans le haut Galam, faisaient prévenir de leur arrivée le roi du Fouta. Abdoul-Kader refusa de les recevoir, et leva une armée pour les chasser, lorsque ceux-ci, informés de ses mauvaises dispositions, rebroussèrent chemin et rentrèrent chez eux en brûlant plusieurs villages pour se venger du refus de protection de l’almamy du Fouta.

Iman, chef d’un des villages incendiés, marabout estimé, vint se plaindre à Abdoul-Kader que Séga-Gaye avait enlevé sa femme et sa fille pour en faire ses concubines et lui avait brûlé tous ses livres sacrés, si nombreux, disait-il, qu’il y en aurait eu la charge d’un âne. Au nom de Dieu et du prophète, il adjurait Abdoul-Kader de lui faire rendre justice.

Celui-ci se rendit alors à Marsa, à l’est de Gabou, avec une armée de 20,000 hommes. Grand-prêtre de la religion de Mahomet, et tenant à montrer le respect qu’il avait pour le culte, il somma Séga-Gaye de venir lui rendre compte de sa conduite. Soit par crainte, soit par confiance, l’almamy du Bondou répondit à l’appel d’Abdoul et le rejoignit à Marsa. Dès son arrivée, le roi du Fouta fit saisir son ennemi sans vouloir l’entendre et le condamna à l’exil dans le Toro. Séga-Gaye sortit ; mais à peine avait-il fait cent pas hors du camp qu’il était assassiné par les hommes d’Abdoul et son corps jeté dans un marais, en présence des guerriers du Bondou, qui, en nombre insuffisant, ne purent protéger leur chef.

A l’annonce de sa mort, les Bondounkès se trouvèrent embarrassés pour lui désigner un successeur, et, subissant l’influence d’Abdoul-Kader, nommèrent roi le fils de Paté-Gaye, Ahmady-Gaye, homme absolument nul.

En même temps, un parti considérable proclamait Ahmady-Aïssata, frère de Séga-Gaye, et héritier légitime du trône.