Cette mission était composée de MM. Parent, officier du génie, chef ; Menu-Dessables, Paul Holle, commandant du fort de Bakel, et Potin-Patterson, agent de la Compagnie.

Saada convoqua à Sénoudébou tous les Sissibés de Boulébané et de Koussan-Almamy pour leur transmettre la proposition du gouvernement français. Elle fut combattue par ces derniers : « Si vous laissez les blancs, disaient-ils à l’almamy, s’installer chez nous, nous ne serons bientôt plus maîtres de nos femmes et de nos captifs ; nous voulons commercer avec eux, mais nous n’entendons pas qu’ils soient nos maîtres. Du reste, vous êtes souverain, décidez et nous nous inclinerons. »

L’almamy répondit à ces observations : « Le Bondou m’appartient, à moi donc de décider. Je veux que les blancs s’établissent dans notre pays. »

Le fort fut vite construit, et à peine les bastions furent-ils élevés que chacun se trouva garni d’une pièce de canon. A cette vue Saada devint furieux : « J’avais permis, disait-il, l’établissement d’un comptoir et non d’un fort armé. »

Ce fut seulement au mois d’août 1847 que M. de Grammont, gouverneur du Sénégal, vint à Sénoudébou et eut une entrevue avec Saada, qui persistait toujours pour l’enlèvement des canons.

Paul Holle, qui accompagnait le gouverneur, très lié avec le roi du Bondou qui avait grande confiance en lui, crut devoir essayer de son influence et lui dit : « Almamy Saada, vous avez à Boulébané deux canons que vous a donnés Duranthon et ils vous servent à protéger vos biens de tout pillage. Pourquoi ne voulez-vous pas que nous protégions par les mêmes moyens les grandes valeurs que nous allons déposer dans notre comptoir ? Si nous n’avions rien pour intimider les voleurs, ils viendraient prendre nos marchandises et feraient ainsi une mauvaise réputation à votre pays. »

Ces paroles et un cadeau persuadèrent Saada, et les canons restèrent.

Les richesses du Bondou et les produits qu’on en tirait avaient captivé la Compagnie de Galam, qui espérait qu’à proximité des mines de Kéniéba, les seules connues, on pourrait tenter la création d’ateliers de lavage des terres aurifères ; mais les difficultés que l’on rencontra firent abandonner ce projet, dont les résultats étaient fort douteux. Déjà, en 1843, une mission avait été envoyée pour faire l’hydrographie de la Falémé et visiter les mines d’or de Kéniéba. M. Raffenel, officier du commissariat de la marine, en faisait partie et eut à rédiger le journal de route. La mission rendit visite à l’almamy Saada à Boulébané. L’accueil qu’elle en reçut fut cordial. Elle eut surtout à se louer de son fils Boubakar, qui lui offrit l’hospitalité à Sénoudébou.

L’almamy Saada mourut dans les derniers jours de l’année 1851. Cette année-là les sauterelles avaient envahi le Bondou et y avaient fait de grands ravages. Il laissa six enfants : Ahmady-Saada, mort à Gabou sans avoir régné ; Boubakar-Saada, qui régna ; Ciré-Soma, mort sans régner et dont le fils vit encore à Sénoudébou ; Koli-Mody, mort tout récemment dans le Macina ; Ousman-Saada, mort sans avoir régné, et enfin Oumar-Penda, qui régna et fut tué par le marabout Mahmadou-Lamine.

Ahmadou-Sy (1852-1853).