Ahmadou-Sy, fils d’Ahmady-Gaye et frère de Toumané-Mody, monta régulièrement sur le trône du Bondou à la mort de l’almamy Saada. C’était le plus âgé des Sissibés. La branche de Boulébané, s’appuyant sur son grand âge qui le rendait incapable de bien gouverner, ne voulait pas de lui, mais les Sissibés de Koussan réussirent à le faire nommer almamy. Profitant de sa faiblesse, ses ennemis pillèrent et confisquèrent les biens de quelques malheureux, cherchant aussi à les soulever contre lui. Leurs plans furent déjoués, car après un an de règne, Ahmadou-Sy mourait, âgé de quatre-vingt-dix ans.

Il avait continué la guerre contre les Sarracolés et les Malinkés. Il poussa même une pointe jusqu’au cœur du Kaméra. Le chef du village de Makhana, sur le Sénégal, avait depuis longtemps des démêlés avec son collègue de Magal-Lagaré. Se sentant trop faible pour lutter contre lui, il implora l’appui de l’almamy du Bondou et vint à Koussan se mettre sous la protection d’Ahmadou-Sy. Celui-ci donna quelques troupes à son neveu Séga-Toumané, fils de Toumané-Mody, qui marcha immédiatement contre Magal-Lagaré et s’en empara sans coup férir. Le village fut mis au pillage et Séga rentra à Koussan sans être inquiété.

L’almamy Ahmadou-Sy laissa en mourant quatre fils, dont un seul vit encore à Sénoudébou, Séga-Ahmadou. Les trois autres, Ahmady-Ahmadou, Toumané-Ahmadou et Moussa-Yéro, suivirent El-Hadj-Oumar et moururent dans le Ségou.

Oumar-Sané et Ahmady-Gaye (guerre civile).
El-Hadj-Oumar dans le Bundou (1853-1857).

A la mort d’Ahmadou-Sy, le trône du Bondou donna lieu à d’ardentes compétitions et à des dissensions si profondes entre les deux branches royales de Boulébané et de Koussan-Almamy, qu’elles dégénérèrent en une guerre civile longue et acharnée qui mit le Bondou à deux doigts de sa perte et fut une des causes les plus importantes du démembrement et de la dépopulation de ce grand pays.

L’héritier légitime du trône était Oumar-Sané, fils d’Ahmady-Aïssata et frère de l’almamy Saada. Il ne fut pas reconnu par les Sissibés de Boulébané. Escorté par les fils de l’almamy Saada, ses propres neveux, il alla se mettre sous la protection des Sissibés de Koussan-Almamy, qui le proclamèrent et le firent rentrer à Boulébané.

Le fils aîné de l’almamy Saada, Ahmady-Saada, se retira alors à Gabou, à 25 kilomètres environ de Bakel. Boubakar-Saada et ses autres frères restèrent à Sénoudébou. Tout en contestant à leur oncle ses droits au pouvoir, ils protégeaient un prince nommé Ahmady-Gaye, fils d’Ousman-Coumba-Tounkara, un des sept princes sissibés qui, à la mémorable défense de Dara-Lamine, avaient préféré la mort à la captivité. Séga-Toumané, fils aîné de l’almamy Toumané-Mody et chef de la branche de Koussan, fit tous ses efforts pour faire comprendre à Ahmady-Saada que la loi du pays s’opposait formellement à ce qu’un autre qu’Oumar-Sané fût proclamé almamy. Ce fut en vain ; Ahmady-Saada s’y refusa net et persista dans la première résolution qu’il avait prise de proclamer Ahmady-Gaye, sous prétexte que l’almamy Saada, son père, l’avait, en mourant, désigné comme son successeur. Il le fit reconnaître par son parti et vint s’établir avec lui et ses partisans dans le Lèze-Bondou, à Gabou.

La guerre ne tarda pas à éclater entre les deux partis. Les Sissibés de Koussan levèrent une armée qui, sous la conduite de Toumané-Samba, vint attaquer à Fissa-Daro Ahmady-Saada qui s’y était enfermé avec de nombreux guerriers, grossis d’un contingent de Bambaras du Kaarta. L’armée de Koussan tenta l’assaut de Fissa-Daro, mais fut repoussée à plusieurs reprises. Toumané-Samba fut mortellement atteint. Ses hommes, terrifiés, battirent en retraite, l’abandonnant sur le champ de bataille. Ses meilleurs guerriers perdirent la vie dans cette affaire. Un autre Sissibé de Koussan, nommé Baïla-Malick, fils de Malick-Coumba et cousin de Samba-Toumané, fut compté au nombre des morts.

Cependant, à force d’insistances et de pourparlers, les notables du Bondou parvinrent à opérer un rapprochement entre les Sissibés. La ruine et la désolation s’étaient abattues sur le pays, et tout le peuple se croyait forcé de le quitter, si une solution ramenant la paix n’intervenait pas rapidement. Des démarches furent alors tentées ; les deux partis décidèrent qu’un grand palabre aurait lieu à Diamwély, au centre du Bondou, dans lequel on choisirait un seul des deux almamys pour le pouvoir. Il aurait comme successeur immédiat son compétiteur présent. L’accord était presque sur le point de se conclure, lorsque apparut dans le Bondou le prophète El-Hadj-Oumar.

Ce marabout fameux, cet homme qui, hier encore obscur et inconnu, réussit à fanatiser la plus grande partie du Soudan occidental et à créer de toutes pièces le plus grand empire noir qui ait jamais existé en Afrique, naquit vers la fin du XVIIIe siècle à Aloar, près Podor, d’une famille de Toucouleurs Séléiobés. Dès son jeune âge, il se distingua par une grande réputation de sainteté et attira ainsi autour de lui bon nombre de disciples. Pour se rendre encore plus célèbre, il songea à aller se purifier à la Mecque ; mais il était sans ressources et dut solliciter des marabouts de Saint-Louis les moyens d’accomplir son voyage ; en 1825, il vint au chef-lieu de notre colonie, où les musulmans lui firent un chaleureux accueil et le comblèrent de présents. L’année suivante, il se mettait en route à travers l’Afrique pour se rendre à la ville sainte. Pendant toute la durée de ce long et pénible voyage et jusqu’en 1842 on n’entendit plus parler de lui. A cette époque, il revint dans le Ségou, prêchant, prophétisant et vendant très bien ses gris-gris réputés miraculeux.