On pensait qu’il allait venir briguer la dignité d’almamy du Fouta-Toro, mais il se dirigea vers le Fouta-Djallon et se construisit à Dinguiray un tata pour y enfermer ses richesses. De tous côtés affluèrent des cadeaux qui étaient immédiatement convertis en armes et munitions.

En 1847, il visita son pays natal et poussa jusqu’à l’escale du Coq, où les traitants de Saint-Louis lui firent un accueil enthousiaste et obtinrent même un bateau à vapeur pour le ramener chez lui.

El-Hadj reprochait souvent leur apathie aux gens du Fouta et irritait en même temps les princes, qui tentèrent de le faire assassiner.

Au mois d’août 1847, il se rencontrait à Bakel avec MM. de Grammont, gouverneur du Sénégal, et Caille, directeur des affaires politiques, et, en présence de Paul Holle, il leur tint ce langage : « Je suis l’ami des blancs, je veux la paix, je déteste l’injure. Quand un chrétien a payé la coutume, il doit pouvoir commercer librement. Le jour où je serai almamy du Fouta, construisez-moi un fort. Je disciplinerai le pays et nous aurons des relations amicales. »

De retour dans le Fouta-Djallon, la tête remplie de projets, il redoubla d’activité pour attirer à lui le plus possible de partisans. Quand il crut le moment venu, il envoya une députation au chef de Tamba, village situé sur les frontières du Bondou, du Bambouck et du Fouta-Djallon, pour obliger les habitants à embrasser la religion du prophète. Ses messagers furent éconduits. El-Hadj, furieux, résolut de s’emparer de force de ce point stratégique, et au mois d’août 1852 il se rendit maître de Tamba, dont il massacra presque tous les habitants.

Pour donner un prétexte à ses entreprises ambitieuses, il disait bien haut que la gloire de Dieu et la conversion des infidèles étaient les seuls motifs qui le poussaient à faire la guerre.

En 1853, il pénétra dans le Bambouck, qu’il suivit de village en village, appelant et prêchant les habitants, pendant que ses émissaires parcouraient le Khasso, le Bondou et le Guidimakha.

En 1854, il était devant Farabanna ; il appela les chefs et les retint sous une cause quelconque pour faire gouverner la ville par un de ses marabouts, avec ordre de détruire les tatas devant lesquels étaient venues s’échouer les forces du Bondou, du Bambouck et du Khasso.

Désormais libre de ses mouvements, il fit de Farabanna le centre de ses opérations, et, se posant en arbitre souverain, il convoqua dans sa nouvelle capitale tous les chefs des pays environnants. Ceux du Guoy, du Khasso, du Guidimakha, du Fouta, les Sissibés de Boulébané et de Koussan répondirent à son appel. Ces derniers soumirent à son arbitrage le différend qui les séparait et les avait armés les uns contre les autres. El-Hadj, pour la forme, proclama almamy Oumar-Sané, et trouva le moyen de faire cesser les luttes intestines qui désolaient le Bondou, en le supprimant pour ainsi dire et en emmenant ses princes et leurs sujets à sa suite. « Laissez-là, leur dit-il, vos querelles, que je réglerai à mon retour. Pour le moment, vous devez me suivre à la conquête des pays infidèles. » Les Bondounkés sont comme les autres peuples de race noire et musulmans, ils s’acclimatent vite avec le fanatisme, et ils n’attendaient qu’une occasion favorable pour se ranger sous la bannière du faux prophète. Le plus grand nombre des Sissibés se réunit donc aux contingents d’El-Hadj-Oumar, qui leur déclara qu’il ne restait plus aucun pouvoir que celui de Dieu, qu’il représentait. Les habitants, fatigués d’être sous les ordres de chefs qui leur imposaient de lourdes charges, suivirent le grand marabout dans le Nioro, abandonnant ainsi leur pays, qui devint la proie de ses talibés (disciples).

Ahmady-Saada, désespéré, rentra malade à Gabou et y mourut peu après. Quant aux deux almamys, ils suivirent El-Hadj et moururent à ses côtés. Oumar-Sané fut tué au siège de Médine en laissant un fils, Abbas-Oumar, qui mourut à Nioro. Ahmady-Gaye succomba à Yellimané. Il laissa deux fils : Oumar-Ahmady-Gaye, qui mourut sans régner, et Abdoul-Ahmady-Gaye, qui vit encore à Diamwély, près de Boulébané.