Les princes sissibés qui avaient suivi El-Hadj combattirent à ses côtés pendant toutes ses campagnes. Nous ne rééditerons point ici tout ce qui a été dit au sujet du grand marabout. Sa vie et ses hauts faits sont aujourd’hui trop connus. Nous prierons seulement le lecteur que cela pourrait intéresser de vouloir bien se reporter au récit qu’en a fait, dans la relation de son Voyage au pays de Ségou, le grand explorateur, M. le lieutenant de vaisseau Mage. Jusqu’à ce jour, il n’a rien été fait de plus complet sur cette partie de l’histoire du Soudan, et nous nous contenterons simplement de rapporter ce qui touche de près au royaume du Bondou. On n’ignore pas qu’après la prise de Yellimané, la capitale des Massassis-Coulibalys, rois du Kaarta, El-Hadj fit exécuter 200 des plus nobles Bambaras qu’il avait faits prisonniers. Boubakar-Saada, l’un des fils de l’almamy Saada, qui, comme ses parents, avait suivi le faux prophète, ne put faire autrement qu’intercéder pour ses oncles. Il était, en effet, fils d’une princesse Massassi que son père avait épousée comme gage d’alliance avec les Bambaras du Kaarta. Cette démarche le rendit suspect aux yeux d’El-Hadj. De plus, les talibés le dénoncèrent comme partisan des infidèles. Il fut alors pris et gardé à vue par les gens du marabout. Sur le point d’être mis à mort, il réussit à s’échapper et vint à Médine, où il rencontra le lieutenant-colonel du génie Faidherbe, qui le prit sous sa protection et qui, voyant le Bondou sans chef et dans l’anarchie la plus complète, le nomma almamy, le 5 octobre 1855.

Au commencement de mars 1856, une bande de Toucouleurs de l’armée d’El-Hadj revenant du Kaarta et commandée par deux grands marabouts du Fouta nommés Belli et Tierno-Allioun, forçait le Bondou à se soulever de nouveau contre nous et contre son almamy. Ils s’emparèrent de Bordé, village situé près de Bakel et qui avait hésité à prendre parti pour eux. Enhardis par ce succès, ils vinrent enlever le troupeau du poste. On courut après eux et on leur tua 50 hommes. On leur prit 400 captifs qu’ils ramenaient de leur guerre sainte, 14 chevaux, des bœufs, des ânes et du butin qu’on mit 4 jours à transporter à Bakel. Les deux chefs toucouleurs restèrent sur le champ de bataille.

A la suite de ces événements, Boubakar reprit la campagne avec 3 ou 400 partisans, et M. Girardot, commandant de Sénoudébou, se réunit à lui. Ils détruisirent le village de Débou qui s’était révolté et y firent plus de 400 prisonniers. Peu de jours après, le commandant de Sénoudébou brûlait le village Touldéouoro, aidé par Boubakar-Saada. Ils ne perdirent que 2 hommes et en tuèrent 30 à l’ennemi, entre autres un prince sissibé nommé Boubakar-Malick.

Le 5 avril 1856, 500 Bondounkés cherchèrent à enlever le troupeau de Sénoudébou ; 50 hommes du poste, 80 du village et 100 Malinkés les repoussèrent vigoureusement. Par suite de cette agression, on alla quelques jours après brûler Naïé, où plus de 200 prisonniers périrent dans les flammes. On fit aussi quelques prisonniers, entre autres un grand marabout d’El-Hadj, chef de la bande qui avait attaqué le troupeau du poste et qui fut fusillé sur-le-champ.

Le 7 avril, le village sous le poste est attaqué de nouveau et l’ennemi repoussé.

Le 7 mai, à sept heures du matin, le fort et le village de Sénoudébou furent encore assaillis par plus de 2,000 hommes. Le combat se prolongea jusqu’à six heures du soir. L’ennemi fut de nouveau repoussé.

Le 21 du même mois, un marabout du Fouta-Djallon, avec une armée de 4,000 hommes du Bondou, du Kaméra, du Fouta, tenta une nouvelle attaque ; après une fusillade de cinq heures, il se retira à 3 kilomètres, laissant trois morts.

Dans la nuit du 23, il fit une nouvelle attaque sans résultat. Enfin, le 24 à onze heures, divisé en trois corps, l’ennemi vint tenter un nouvel assaut. Trois fois repoussé, il abandonna le champ de bataille à deux heures de l’après-midi, laissant 35 morts et emmenant beaucoup de blessés. 200 hommes du poste et du village le poursuivirent et ramenèrent une dizaine de prisonniers.

Juin 1856. Boubakar-Saada est envoyé par le commandant de Bakel pour brûler le village d’Alana, entre le Guoy et le Fouta, qui avait tué un de nos courriers.

Août 1856. Tout le Bondou se soumet à Boubakar-Saada et lui donne des otages.